Il y a quelques temps de cela, j'avais présenté la circulaire de Jean-Marc notre premier ministre qui expliquait qu'on allait mettre du logiciel libre de partout, que ce serait formidable. Fleur Pellerin qui après avoir puni Free tente de se faire une réputation à la NKM ce qui n'est pas simple parce que NKM c'est quand même la sœur de PKM et PKM est un grand nom de l'informatique francophone, a déclaré dernièrement que les logiciels libres c'était trop bien ce qui est un bon début pour se faire un nom chez les Geeks. Dans la réponse faite à un député on peut lire :
- Le modèle du logiciel libre repose sur le droit pour un auteur de divulguer son logiciel avec son code source et d'accorder à tous le droit de les utiliser, de les copier, de les adapter et de les redistribuer, en version originale ou modifiée. Oh je connais les lois du logiciel libre
- Elles garantissent le droit d'utiliser, de modifier et de redistribuer le code source d'un logiciel. Oh oui je les connais bien
- Chacun peut ainsi s'approprier la connaissance accumulée, l'enrichir de son propre savoir et en faire profiter la communauté. Je les connais tellement bien que j'en sors les utopies
- En outre, la gratuité très répandue des logiciels sous licences libres contribue à leur diffusion au plus grand nombre. Ce qui éviterait quand même aux élèves de faire du Warez sur des licences payantes du genre Microsoft Office
- Ainsi, avec le modèle du logiciel libre, nul ne peut être exclu de l'accès au savoir et de l'accès à la consommation. Sauf si l'on utilise des formats propriétaires qui ne sont pas lisibles
- les logiciels libres peuvent jouer un rôle moteur pour assurer un plus large accès aux données publiques ; En particulier, ils mettent le plus souvent en oeuvre des standards ouverts qui garantissent l'accessibilité aux données et leur réutilisation ; - les logiciels libres sont des facilitateurs du développement de l'administration électronique ; C'est ainsi notamment que la connaissance de leur code source et la possibilité qui est offerte de les modifier vont dans le sens d'une interopérabilité entre systèmes, un enjeu majeur de l'administration électronique Tu as bien retenu la leçon, peux tu dire le mot Linux ?
- les logiciels libres présentent également des avantages certains pour la maîtrise des dépenses informatiques de l'État. Il est sûr que si l'on fait les économies des licences et si on appliquait ce que demande la circulaire Ayrault à savoir participer financièrement aux développements des logiciels libres tout le monde y serait gagnant.
Quand on lit un tel message, on se dit que la ministre de l'économie
numérique a réellement tout compris au logiciel libre, ses enjeux
philosophiques, ses enjeux économiques, voilà il n'y a plus qu'à.
Cette semaine on pouvait lire sur Framasoft : Tour de France du Numérique pour l'Éducation ou pour Microsoft
?. L'article est écrit par aka, il y a les mots Café
Pédagogique dedans et Microsoft ce qui veut dire que ce n'est pas objectif,
c'est comme si je devais écrire un article objectif sur RMS ou sur Mandriva, je
me sentirai dans l'obligation d'en faire un peu trop. La parabole qu'il fait
d'ailleurs avec Lance Armstrong confirme un peu mon propos quant au parti pris
de l'article, fallait l'oser celle-là. La critique est bien sûr simple, des
gosses avec des outils Microsoft, oh regarde professeur comme j'ai l'air
heureux avec ma tablette Surface que j'ai achetée à 600 € pour faire des
activités pédagogiques qui ne m'apprendront pas à lire, mais c'est pas grave
j'ai les pieds dans le 2.0 et peut être même dans le 3.0. Comme le fait à juste
titre remarquer aka, on a beau vanter les mérites du logiciel libre, montrer
qu'on a bien compris ce qu'il représentait, si c'est sur le terrain faire la
promotion des outils Microsoft, on a certainement raté quelque chose.
Ce qui pose tout de même problème dans l'article d'aka c'est qu'il ne
s'interroge pas sur les moyens qu'a le logiciel libre pour faire le travail de
Microsoft, comment peut s'y prendre le logiciel libre pour faire le même manège
que Microsoft, les stickers, les cadeaux, les jolies affiches. Alors
effectivement si on fait venir RMS pour faire deux heures de conférence devant
des profs qui ne sont pas éclairés au logiciel libre, avec des enfants qui vont
essayer de sauter sur les genoux de RMS en pensant qu'il s'agit du père Noël,
la situation risque d'être un peu complexe. Plus sérieusement à la lecture des
propos de Fleur et de Jean-Marc, il s'agit là d'une volonté de l'état, ce
serait donc à l'état de faire le nécessaire pour faire respecter sa volonté. La
problématique comme vous avez pu le constater c'est que de l'argent
actuellement on en n'a pas, des idées comme toujours, des moyens pour les
réaliser c'est une autre histoire.
Un état qui n'a donc pas les moyens de réaliser, des entreprises aux techniques
commerciales agressives qui ont l'opportunité de s'adresser aux plus grands
pigeons du marché : les enseignants. Depuis que je suis à Clermont l'Hérault je suis
indispensable. Ce n'est même pas de l'égo démesuré d'écrire ceci, j'ai mes
collègues qui me lisent et qui ont l'habitude de me pratiquer, l'égocentrisme
avec, je suis incontournable. Pas une journée sans une demande pour un conseil
d'achat, une utilisation d'un logiciel, enfin la routine de l'informaticien,
les élèves viennent me voir aussi. J'ai parfois l'impression d'être un peu le
sage en haut des cinq collines, qu'on cherche pour entendre la bonne parole,
sauf qu'il faut me courir après car j'ai toujours quelque chose à faire. Je ne
vous ferai pas la publicité traditionnelle sur mes réalisations mais allons y
quand même, mon lycée c'est le lycée de rêve du Linuxien, debian à tous les
étages, les enseignants qui ont leurs ordinateurs sous Windows 7 mais c'était
vendu avec travaillent avec des logiciels libres comme Libreoffice, tout le
monde sait ce que c'est Linux dans le bahut. A terme et dans ma volonté de
conquête du territoire, je suppose qu'un ou deux autres établissements du coin
finiront par adapter la même stratégie, et que dans 15 ans quand tous les
établissements agricoles seront tous sous Linux, on pourra reparler de ma
nomination à l'ordre du mérite national agricole. Comprenons donc que sans des
gens comme moi, oui je sais c'est affreux pour les gens qui me détestent, le
libre ne peut pas avancer, les profs qui décident de passer sous Libreoffice,
qui utilisent Geogebra, ces parents d'élèves qui vont installer bénévolement
des Linux dans les écoles de leurs enfants, ces techniciens un peu éveillés qui
ont envie de se faire violence. Si des gens comme moi ne sont pas dans la
place, que se passe-t-il, on signe pour des milliers d'euros au premier
commercial Microsoft qui passe et c'est normal, on ne peut pas demander aux
chefs d'établissements, aux professeurs d'être des experts en tout. Le
fonctionnement des initiatives libres ne peut se faire que s'il y a une prise
en charge, on sait chez moi que si tout saute ou que si le portable truc ne se
connecte pas au wifi ou si l'on ne voit plus les fenêtres dans la barre des
taches que quoi qu'il arrive sous 24 heures c'est réparé.
Il y a donc là une interrogation quant à l'accompagnement du logiciel libre et
surtout qui accompagnerait. Qui connaît les entreprises qui proposeraient ou
qui seraient à même de proposer un service similaire à celui de
Microsoft ? Personnellement il ne m'en vient que trois à l'esprit,
Linutop dont
je trouve les produits trop chers mais comme je le précise de façon
systématique, je ne suis pas dans la même démarche du tout en un qui marche,
ryxeo qui me semble-t-il ne
propose que des solutions logicielles et pas du hardware, aytechnet qui a fait tous les
sites internet de la Châtaigneraie dans le Cantal et qui est dernièrement
intervenu sur mon Ipfire laissée dans mon précédent lycée. Alors que le libre
mine de rien au travers des blogueurs, de certains sites phares comme Framasoft
ou Linuxfr a une visibilité peu commune qui ne cessera de s’accroître en ces
temps de crise, il n'existe aucun portail spécifique à l'éducation, qui
énumérerait les solutions pour devenir libre, faisant référence aux techniciens
libres à travers la France, etc ...
On ne peut donc jeter la pierre aux enseignants qui démarchés Microsoft
utilisent des produits Microsoft car ils ne comprennent pas les enjeux du
libre. On ne peut pas jeter la pierre à Microsoft qui a les moyens d'avoir des
commerciaux et qui légitimement signe des contrats, il faut bien vivre. On peut
jeter la pierre à l'état qui n'a pas compris que parfois pour gagner de
l'argent, il fallait en dépenser un peu, l'embauche de référents spécialisés
dans les technologies libres et du pas cher de façon générale dans toutes les
académies pour donner une vision globale et faire de vraies économies. On peut
jeter la pierre à la communauté libre francophone qui n'a pas fait un portail
géant de l'éducation avec du logiciel libre accompagnée d'un annuaire des
professionnels du libre à travers la France.
Même si l'on connaît les dérives de la centralisation, des trop gros qui
retournent leur veste en laissant tout le monde sur le carreau (Ubuntu,
Mandriva, voir les épisodes précédents), le morcellement de la communauté
française montre que cela bloque tout de même lors de la réalisation de projets
d'envergure nationale où nous serions tous gagnants. Le libre a malheureusement
toujours fonctionné ainsi, il ne faut donc pas s'étonner dès lors que malgré
les bonnes intentions les sociétés aux formats propriétaires remportent les
marchés à la fin.
