Je sais en gros ce que je vais enseigner l'an prochain, puisque je repasse à 18 heures, ah que tu étais belle mon année sabbatique, ma semaine des trois jours, je te regretterai, un peu moins la paye de caissière chez Carrefour. Il faut savoir que dans l'enseignement agricole, nous avons un temps d'avance sur le reste du monde et que derrière chaque enseignant ne se cache pas le gardien du temple de sa matière mais un homme orchestre. En effet dès lors que vous remplissez votre mi-temps dans votre matière, pour le reste vous pouvez enseigner n'importe quoi, ma collègue de maths (maman), me disait que dans sa longue carrière elle avait enseigné le sport. On pourrait rétorquer qu'on y voit une abbération pédagogique, mais le niveau de l'enseignement professionnel qui chez nous démarre en 4ème ne nécessite pas des compétences extraordinaires pour un adulte qui sait ce que veut dire enseigner, les contenus restent accessibles, dans la mesure du raisonnable. Tout ça pour dire qu'avoir un Master de mathématiques pour enseigner des fractions à un 4ème, c'est sortir le marteau pour tuer une mouche, tout ça pour dire que la flexibilité de l'enseignement devrait être largement réfléchie toujours dans la mesure du raisonnable, je crois que le gars qui a son Master de mathématiques peut prendre le risque d'enseigner de la science physique ou de l'informatique au collège sans être totalement incompétent.
La limite du raisonnable se situe dans l'homme et dans ses limites, celles qu'il a l'intelligence de voir, je serais incapable pour ma part d'enseigner le sport ou la cuisine vu mon physique et le nombre de kebabs mangés, la réalisation d’œuvres artistiques pour lesquelles il suffit de voir les couleurs de mon blog pour comprendre, l'anglais avec mon accent de basque espagnol, je pense en outre pouvoir m'aligner sur de l'histoire ou du français avec aisance, la biologie dans la douleur, mais cessons ici le suspense, voici le programme de l'an prochain : mathématiques en 4ème, en 3ème, de l'informatique à partager avec ma collègue en 4ème et en 3ème selon les compétences soit un total tout de même de 13 heures dans ces classes, je connais déjà des professeurs applaudissant derrière leur écran saluant la performance du gladiateur. Ici je sais faire, que ce soit en mathématiques ou en informatique, tout est prêt, la seule différence c'est que je connais mieux le type d'élèves, ce qui fait que je sais ce que je dois mettre en place dès le début de l'année et pas détruire mes cours d'un coup de baguette magique quatre mois après la rentrée. Ici, le cœur de la bataille reste avant tout l'organisation des élèves, ce qui nous renvoie aux réflexions de la dernière fois. Nous enchaînons sur les mathématiques en terminale BAC PRO, emmener les élèves à l'examen, ce sera plus facile l'an prochain puisqu'il s'agit cette année de la première promotion de BAC PRO 3 ans et que nous verrons donc le premier sujet de maths, ce qu'on attend d'eux, en espérant que ce ne soit pas du niveau de l'épreuve 0 proposée sinon on arrivera à 3 de moyennes vu la complexité du sujet pour les élèves. Les différences entre le BAC PRO deux ans et la terminale du BAC PRO trois ans sont réduites pour ma part, j'aurai la joie d'enseigner au moins les logarithmes et les exponentielles, le calcul intégral, il faudra en outre que je me remette aux probabilités que je n'ai pas pratiquées depuis un moment.
La vraie nouveauté, le défi, ce qui va ranimer mon intellect dépéri c'est ça : Education socioculturelle MG1. Je vous donne rapidement le programme :
- Objectif 2.1 - Observer et analyser des situations de communication interpersonnelle pour améliorer ses relations sociales et professionnelles
- Objectif 2.2 - Identifier les enjeux de la communication médiatisée pour se situer dans la vie sociale, civique et culturelle
- Objectif 2.3 - Pratiquer une approche concrète du fait artistique
Je viens d'acheter le livre, car ce qui est pratique chez nous c'est que nous ne sommes jamais noyés dans la masse d'ouvrages, un livre c'est déjà beaucoup.
La préparation pour cette matière qui est "nouvelle" pour moi, on y viendra plus loin, c'est d'abord s'imprégner du référentiel, ce que je compte faire dans ce long week-end, le lire, le relire encore, faire émerger le sens. La semaine prochaine, j'irai voir les collègues qui ont enseigné la matière pour échanger, faire émerger d'autres idées, comprendre comment eux l'ont perçu, le partage collaboratif c'est l'essence même du métier. Il faudra en outre délimiter le travail à réaliser en terminale où j'enseignerai et celui à faire en première avec ma collègue. Ensuite la lecture du livre et enfin le passage à l'acte. Pour ma part, la rédaction d'un cours c'est comme la rédaction d'un billet du blog, il doit atteindre la maturation nécessaire, et ensuite ça coule de source, nombreux sont les billets écrits dans ma tête sur la plus belle route de France. Il y a par contre quelques paramètre plus pénibles, notamment la gestion du temps à calculer, avec une matière qui permet de mener de nombreux projets, il faut essayer de ne pas trop se disperser et de tenir les délais, c'est le plus difficile, avoir de la rigueur.
La première partie de ce référentiel, c'est la base même de la communication, on y fait référence aux formes de la communication, la différence par exemple entre un poème et une lettre de licenciement, le fait que le vocabulaire employé n'est pas le même, j'imagine qu'il faut prendre en compte au moins l'écrit et l'oral, montrer les différences entre les différentes situations. Il faut être capable de faire ressortir l'importance du non verbal, Nicolas Sarkozy commentant le fait que François Bayrou votera à titre personnel pour François Hollande est un bon exemple, la bouche déformée par la colère que l'homme essaye de dissimuler ou expliquer par exemple pourquoi la fille qui vous parle passe son temps à se passer la main dans les cheveux (33 ans sans enfant et inscrite depuis 6 mois sur Meetic). Enfin, la communication de l'élève en elle-même, la préparation de l'élève à différents entretiens, embauche ou téléphonique, mais aussi en réunion, avec aussi la remédiation et le diagnostique, comme aller en chemise Hawaïenne et en short à son oral c'est une communication non-verbale pourtant très précise. Ici j'arrive déjà à dessiner certaines choses, je vois déjà comment on pourra exploiter nos élèves dans la réalisation de sondages, je vois déjà comment nous allons pouvoir contribuer à l'observatoire sur le numérique ou encore contacter les anciens élèves, des entreprises, faire des simulations d'entretien d'embauche, c'est assez riche. Ici je suis gêné par l'intervention dans les différents types de réunion, j'en vois seulement deux : le foutoir général où tout le monde essaie de prendre la parole, le monologue avec un gars qui montre un diaporama pendant que tout le monde fait autre chose.
La seconde partie fait ressortir l'étude de l'image, de la bande dessinée satirique par exemple, ou de l'image politique, en passant par la publicité, c'est un très intéressant sachant qu'on demande à chaque fois de les placer dans un contexte historique ce qui laisse envisager la pluri avec le collègue de la matière. Une analyse des médias, de leur évolution, internet et nécessairement twitter (élève follow moi sur @cyrborne), apprendre à repérer les différents médias sur le web, les blogs (hummm cyrille-borne.com) et enfin débattre sur la notion de média dans la démocratie, est-il normal par exemple qu'un président dissimule au regard du monde alors que la presse est au courant une fille illégitime par exemple. Intéressant puisque globalement il s'agit d'une partie dédiée à l'analyse, il est noté dans le référentiel qu'il est important que l'élève se forge sa propre opinion. Pas de véritable difficulté ici si ce n'est le choix d'éléments diversifiés et pertinents, la gestion des débats risque d'être par contre plus houleuse, mais elle permettra de refaire des retours sur le comportement en réunion, sur les codes de la communication, un gain de temps et un réinvestissement des connaissances, classe.
Le meilleur pour la fin puisqu'il s'agit d'initier les élèves à des formes artistiques, d'analyser une œuvre et d'en réaliser une. A la lecture de l'intitulé je me faisais déjà peur en pensant aux impressionnistes et à ce genre de choses, mais il est noté : Les trois sous-objectifs ci-dessous sont traités en relation avec un seul domaine d’expression choisi par le professeur d’éducation socioculturelle (arts plastiques ou cinéma, audiovisuel ou expression dramatique, spectacle vivant ou musique, son, chanson) ce qui fait que je peux éviter le cubisme si j'ai bien compris. Je pourrais imaginer une année sur la chanson en considérant par exemple le RAP en expliquant les origines, la crise des banlieues, on pourrait écouter et disséquer des chansons de suprême NTM de façon très pédagogique, et même de façon très sérieuse Détenteur de la mégaphrase, j’ouvre le bal Inventeur de la sodomie verbale, J’ouvre aussi les trous d’balles, peut-être pas celle là finalement. Le problème ici c'est la réalisation puisqu'en m'embarquant dans le thème de la chanson, il faudrait écrire un RAP et le chanter, la production n'ayant d'intérêt que si on met en ligne derrière. Je ne me ferme pas totalement la porte puisqu'on pourrait imaginer trouver un intervenant ou même directement des compétences au niveau des élèves sachant que certains font des performances en terme de danse de rue à gros niveau. Ici encore la question du temps entre en œuvre, il faut faire attention à ne pas se perdre dans un projet pharaonique sachant qu'il n'y a que 1h30 de cours par semaine. Je pense démarrer par la photo, avec une expo à la clé, ce qui me forcera à aller un peu plus dans l'utilisation de Gimp ou faire un documentaire, une présentation du lycée, recueillir des témoignages de jeunes sur un sujet à définir, ce nous donnera de la doc kdenlive et une réutilisation intensive de 2ManDVD, je pourrai même m'offrir l'histoire du cinéma et diffuser Star Wars.
Tout ceci est encore frais dans mon esprit, ça bouillonne (de culture) un peu dans tous les sens, mais c'est intéressant, cette matière permet de mettre en œuvre l'utilisation des techniques informatiques qui me sont chères mais aussi de communication que je pratique au quotidien, ma communication de prof, d'informaticien ou de blogueur, une occasion d'écrire certaines choses. A suivre donc, ça et d'autres choses, les premières productions, idées, réflexions devraient arriver dans les prochaines semaines, j'accepte d'ailleurs toutes les propositions sérieuses, si tu es rappeur du côté de Clermont l'Hérault, tu m'intéresses.


