C'est tamplan qui m'a envoyé l'article, après quelques recherches sur le web, c'est assez
camouflé dans le reste des articles sur la Hadopi. Il est écrit : Mais
il se pourrait que les fichiers sous licence libre (Creative Commons) puissent
être « valorisés » (c'est à dire rendus payants) car selon Pierre
Lescure leur « libre circulation risquerait de freiner le développement de
l’offre légale ». Certains ont commencé à s'énerver sur la toile car on
pourrait imaginer que les licences libres seraient dans l'obligation d'être
payantes, pour exemple, Libreoffice ne serait plus gratuit mais obligatoirement
payant. La phrase ne veut rien dire, elle n'est pas applicable et ne sera pas
appliquée, c'est comme si on imposait tous les bénévoles de France de se faire
payer pour participer à une quelconque œuvre caritative, il n'y a donc pas de
quoi s'affoler, on pourra toujours jouer sur les mots. Il s'agit de plus d'une
mission, une simple mission, elle se contente d'explorer des pistes.
J'ai dernièrement commencé mon cours sur les médias, un cours libre de
droit d'ailleurs, et c'est une réalité, tout le travail que je fournis c'est
autant de bouquins en moins pour ceux qui vendent, pour ceux à qui mon cours
suffit, en même temps c'est pas bien compliqué il n'y a qu'un bouquin. La vraie
question de la gratuité du modèle libre, une vraie fausse gratuité car nous
avons vu de nombreux exemples qui permettaient de vendre si ce n'est du libre,
mais du service autour de libre, ce n'est pas le frein qu'il met face à l'offre
égale mais éventuellement qu'il crève le modèle payant, Pierre Lescure ne va
pas assez loin dans son raisonnement. Imaginez que tous les profs de France
décident d'arrêter d'imaginer gagner de l'argent de façon directe avec la
fabrication d'un livre mais qu'ils se mettent à distribuer leurs cours
gratuitement et librement sur internet, les maisons d'éditions pourront mettre
la clé sous la porte. Que notre bon ami Pierre Lescure se rassure rime riche en
ure, ce jour n'est pas arrivé, déjà il faudrait pour commencer que les profs
mettent sérieusement leurs cours sur la toile sans avoir honte du regard que
peut porter autrui. Les secteurs en fait où le libre menace réellement l'offre
légale sont finalement peu nombreux, l'écrit en fait, je pense. La musique, le
cinéma, le jeu vidéo, tout ce qui nécessite un vrai investissement financier à
la base, un travail qui peut difficilement être solitaire, le besoin d'une
vraie chaine de production, je pense que ces secteurs ont encore de longs
moments "professionnels" à vivre.
Le péril en la demeure c'est réellement tout ce qui touche à l'écrit, et c'est
d'ailleurs les mauvaises questions que se posent la commission Lescure, on
cherche des solutions dans une concurrence qui viendrait de la gratuité et ou
du piratage, ce qui est une forme de gratuité, on ne cherche pas les solutions
dans l'incompétence des acteurs. Si par exemple on considère l'expression même
"valoriser les licences libres", je m'interroge sur les compétences des
journalistes, ou ceux qui prétendent l'être, je viens de passer une dizaine
d'article, on retrouve de façon systématique l'expression mais en aucun cas on
a demandé une explication, on reste sur du flou, du vague qui ne peuvent
qu'apporter des interrogations mais en aucun cas des solutions. Comment peut-on
se prétendre informaticien, qualifié et laisser passer quelque chose d'aussi
énorme sans demander de précisions qui peuvent se traduire par une
incompréhension des gens de la mission, pourquoi pas, Openoffice faisait
bien office de pare-feu pour les membres d'un gouvernement précédent.
Si d'ailleurs c'est l'écrit qui est menacé, pour ma part, ce n'est pas un
hasard. De plus en plus de sites d'actualité truffés de fautes d'orthographes,
d'informations dupliquées, de contenus pauvres, des contenus que n'importe quel
blogueur est capable de produire aujourd'hui, uniquement pour son plaisir
parfois. Si l'on considère le journal d'un avocat par exemple, le site est gratuit, les textes ne
sont pas en CC, on a là un professionnel qui aborde son métier de façon
certainement plus authentique et plus concrète que n'importe quel journaliste
spécialisé de la profession. Marianne dans un article que je ne trouve plus
faisait le lien entre la presse écrite et l'usine de Florange, il fallait y
comprendre que les efforts pour taxer Google et les grosses sociétés de
l'internet étaient un acte désespéré d'un secteur qui refuse de disparaitre ou
de muter. La comparaison est bien sûr trollesque et certainement déplacée, il
n'est peut être pas inintéressant d'avoir encore de la sidérurgie en France, en
outre il est certain que l'internet est en train de faire glisser les médias
écrits vers du gratuit total et que les formules payantes pour l'instant sont
un échec.
Où sont les autocritiques ? Où sont les remises en question du
secteur ? Elles n'y sont pas, c'est pour cela qu'on va jusqu'à pointer du
doigt le libre et sa légendaire gratuité et taxer tout ce qui bouge pour faire
survivre le secteur sans pointer sur ce qui semble pourtant évident pour
beaucoup : l'écrit payant n'apporte pas aujourd'hui une plus-value
par rapport à l'écrit gratuit. La remise en question devrait être
profonde, nationale et individuelle, au lieu de chercher toujours les
responsables ailleurs, il est peut être temps de changer d'optique et
s'interroger sur l'incompétence des différents secteurs d'activité français. Ce
qui est certain c'est qu'un modèle économique qui marchera sera un modèle qui
arrêtera de prendre les gens pour des imbéciles, cette notion d'équité dont on
ne veut plus entendre parler, de moralité, c'est elle j'en suis sûr qui fera
demain la différence.
Edit 21h40 : le démenti est publié sur Numerama qui a fait son travail de journaliste, on aurait pu
s'en douter.
A propos
Je m'appelle Cyrille BORNE et au moment où j'écris ces lignes j'ai 37 ans, je suis professeur de mathématiques au Lycée Agricole le Cep d'Or de Clermont L'Hérault, accessoirement j'en suis aussi le dictateur informatique. Je raconte ici mes nombreuses expériences, qu'elles soient pédagogiques ou informatiques, sans détour, réussites ou échecs cela n'a pas d'importance pourvu qu'on les partage.
Enfant je n'ai jamais rêvé de devenir président de la république, par contre je rêvais de parcourir mers et océans. Comme il faut toujours réaliser ses rêves d'enfant j'ai navigué de-ci de-là et connu de nombreuses îles. Le besoin de larguer les amarres est toujours présent et, chaque fois que possible, je mets le cap ailleurs.
L'informatique ? elle n'a jamais été un rêve pour moi mais un outil indispensable lors de la création de ma première boite. Informatisé en 1987 si je me souviens bien ; alors il fallait se débrouiller avec les moyens du bord. Gnu/Linux ensuite car la liberté y était pratiquement totale. Même maintenant ce goût de liberté domine dans le choix de mes os, ou plus précisément de mes distributions. Debian principalement.
Aucun goût pour le prosélytisme mais une envie de partager avec, en point de mire essentiel, l'envie que chaque utilisateur puisse rester maître de sa machine et, chaque fois que cela est possible, fasse en toute connaissance de cause ses propres choix.
Merci à Cyrille de nous permettre de tracer un petit bout de route ici.
cep
J'ai fait mes débuts dans l'image par le cinéma et la sémiologie. La rencontre, fin des années 90, avec le photographe brésilien Renato Assis (1952-2012) m'a réorienté définitivement vers la photographie.
Après une (trop) longue parenthèse exclusivement littéraire (formation doctorale et enseignement), j'ai travaillé dans le milieu artistique (danse, musique...) avant de m'engager dans une approche documentaire plus humaniste centrée essentiellement sur les violences et les exclusions.
L'informatique est avant tout, pour moi, un merveilleux outil de partage et de développement des connaissances.
Christophe