Cyrille BORNE et Associés

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2013 fév. 25

De la valorisation des licences libres

C'est tamplan qui m'a envoyé l'article, après quelques recherches sur le web, c'est assez camouflé dans le reste des articles sur la Hadopi. Il est écrit : Mais il se pourrait que les fichiers sous licence libre (Creative Commons) puissent être « valorisés » (c'est à dire rendus payants) car selon Pierre Lescure leur « libre circulation risquerait de freiner le développement de l’offre légale ». Certains ont commencé à s'énerver sur la toile car on pourrait imaginer que les licences libres seraient dans l'obligation d'être payantes, pour exemple, Libreoffice ne serait plus gratuit mais obligatoirement payant. La phrase ne veut rien dire, elle n'est pas applicable et ne sera pas appliquée, c'est comme si on imposait tous les bénévoles de France de se faire payer pour participer à une quelconque œuvre caritative, il n'y a donc pas de quoi s'affoler, on pourra toujours jouer sur les mots. Il s'agit de plus d'une mission, une simple mission, elle se contente d'explorer des pistes.

J'ai dernièrement commencé mon cours sur les médias, un cours libre de droit d'ailleurs, et c'est une réalité, tout le travail que je fournis c'est autant de bouquins en moins pour ceux qui vendent, pour ceux à qui mon cours suffit, en même temps c'est pas bien compliqué il n'y a qu'un bouquin. La vraie question de la gratuité du modèle libre, une vraie fausse gratuité car nous avons vu de nombreux exemples qui permettaient de vendre si ce n'est du libre, mais du service autour de libre, ce n'est pas le frein qu'il met face à l'offre égale mais éventuellement qu'il crève le modèle payant, Pierre Lescure ne va pas assez loin dans son raisonnement. Imaginez que tous les profs de France décident d'arrêter d'imaginer gagner de l'argent de façon directe avec la fabrication d'un livre mais qu'ils se mettent à distribuer leurs cours gratuitement et librement sur internet, les maisons d'éditions pourront mettre la clé sous la porte. Que notre bon ami Pierre Lescure se rassure rime riche en ure, ce jour n'est pas arrivé, déjà il faudrait pour commencer que les profs mettent sérieusement leurs cours sur la toile sans avoir honte du regard que peut porter autrui. Les secteurs en fait où le libre menace réellement l'offre légale sont finalement peu nombreux, l'écrit en fait, je pense. La musique, le cinéma, le jeu vidéo, tout ce qui nécessite un vrai investissement financier à la base, un travail qui peut difficilement être solitaire, le besoin d'une vraie chaine de production, je pense que ces secteurs ont encore de longs moments "professionnels" à vivre.

Le péril en la demeure c'est réellement tout ce qui touche à l'écrit, et c'est d'ailleurs les mauvaises questions que se posent la commission Lescure, on cherche des solutions dans une concurrence qui viendrait de la gratuité et ou du piratage, ce qui est une forme de gratuité, on ne cherche pas les solutions dans l'incompétence des acteurs. Si par exemple on considère l'expression même "valoriser les licences libres", je m'interroge sur les compétences des journalistes, ou ceux qui prétendent l'être, je viens de passer une dizaine d'article, on retrouve de façon systématique l'expression mais en aucun cas on a demandé une explication, on reste sur du flou, du vague qui ne peuvent qu'apporter des interrogations mais en aucun cas des solutions. Comment peut-on se prétendre informaticien, qualifié et laisser passer quelque chose d'aussi énorme sans demander de précisions qui peuvent se traduire par une incompréhension des gens de la mission, pourquoi pas, Openoffice faisait bien office de pare-feu pour les membres d'un gouvernement précédent.

Si d'ailleurs c'est l'écrit qui est menacé, pour ma part, ce n'est pas un hasard. De plus en plus de sites d'actualité truffés de fautes d'orthographes, d'informations dupliquées, de contenus pauvres, des contenus que n'importe quel blogueur est capable de produire aujourd'hui, uniquement pour son plaisir parfois. Si l'on considère le journal d'un avocat par exemple, le site est gratuit, les textes ne sont pas en CC, on a là un professionnel qui aborde son métier de façon certainement plus authentique et plus concrète que n'importe quel journaliste spécialisé de la profession. Marianne dans un article que je ne trouve plus faisait le lien entre la presse écrite et l'usine de Florange, il fallait y comprendre que les efforts pour taxer Google et les grosses sociétés de l'internet étaient un acte désespéré d'un secteur qui refuse de disparaitre ou de muter. La comparaison est bien sûr trollesque et certainement déplacée, il n'est peut être pas inintéressant d'avoir encore de la sidérurgie en France, en outre il est certain que l'internet est en train de faire glisser les médias écrits vers du gratuit total et que les formules payantes pour l'instant sont un échec.

Où sont les autocritiques ? Où sont les remises en question du secteur ? Elles n'y sont pas, c'est pour cela qu'on va jusqu'à pointer du doigt le libre et sa légendaire gratuité et taxer tout ce qui bouge pour faire survivre le secteur sans pointer sur ce qui semble pourtant évident pour beaucoup : l'écrit payant n'apporte pas aujourd'hui une plus-value par rapport à l'écrit gratuit. La remise en question devrait être profonde, nationale et individuelle, au lieu de chercher toujours les responsables ailleurs, il est peut être temps de changer d'optique et s'interroger sur l'incompétence des différents secteurs d'activité français. Ce qui est certain c'est qu'un modèle économique qui marchera sera un modèle qui arrêtera de prendre les gens pour des imbéciles, cette notion d'équité dont on ne veut plus entendre parler, de moralité, c'est elle j'en suis sûr qui fera demain la différence.

Edit 21h40 : le démenti est publié sur Numerama qui a fait son travail de journaliste, on aurait pu s'en douter.

2013 janv. 19

Lectures indigestes, à la recherche de la lecture contradictoire ou plus évoluée

La nouvelle du moment où j'écris ce billet alors qu'il neige à gros flocon dans l'Hérault à moins de 1 heure de la plage et de Montpellier et vous me permettrez de dire que c'est n'importe quoi d'avoir quitté le Cantal pour avoir son jardin tout blanc et de ne plus avoir de pneus neige, c'est que Windows 8 est un bide, que les ordinateurs ça se vend plus, que la tablette Windows RT c'est de la daubasse vendue à peine à un million d'exemplaires et que les tablettes ça roxe de façon générale sauf Microsoft, article type.

Cet article comme à l'instar de 90% de ses collègues lance les chiffres sans véritable analyse, à mon sens nous sommes en présence de l'effet Wikipedia pour une part. Sur Wikipedia, on a annoncé de façon assez régulière que c'était la fuite des participants parce que chez Wikipedia on est méchant sans imaginer un quart de seconde une autre hypothèse celle du "pas besoin". J'ai dernièrement écrit un billet sur le rip de DVD en 2013 et sans mauvais jeu de mot le rip c'est quand même un peu R.I.P. Si j'avais été contributeur sur Wikipedia, j'aurais écrit cette page et je n'aurais plus écrit car j'estime qu'à part étoffer un peu, il n'y a plus rien à écrire sur le sujet. Combien de sujets sont-ils dans le même cas, "pas besoin" d'en dire plus sur une espèce disparue, sur une fleur, sur l'amiga 500 ou sur un vague auteur mort qui n'écrira plus, est-il trop compliqué de comprendre qu'il arrive parfois d'avoir fait le tour de la question et qu'il n'y a plus rien à écrire. La pratique qui consiste à tirer sur les ambulances ou tirer sur tout ce qui bouge, je n'en suis pas l'inventeur et on se tromperait de croire que c'est mon fond de commerce, l'objectivité nous amène parfois à d'autres conclusions que celles qu'on essaie de nous présenter.

Il serait idiot de croire que les tablettes n'ont pas d'attrait, que les ventes de tablettes n'ont pas d'incidence sur les ventes de PC, mais est ce suffisant de mettre dans la balance les simples ventes et d'en tirer les conclusions. D'abord force est de constater qu'aucune enquête ne parle de prix, qu'on sait qu'android explose en terme de statistiques mais en aucun cas on sait s'il se vend de la tablette à 600 € ou de la tablette à 150. Allez je prends les paris par rapport à mon entourage, tout ce qui s'est acheté autour de moi c'est de l'entrée de gamme, les gens succombent au produit parce qu'on est sur de l'accessible, on est pas sur de la machine en entrée de gamme à 350 €. Le fait d'ailleurs que Mac ne domine plus le marché est peut être une preuve supplémentaire, l'Ipad c'est cher. Donc les gens achètent des tablettes, n'achètent pas de PC, tout simplement parce qu'ils n'ont peut être "pas besoin" d'un nouveau PC tout comme ils n'ont "pas besoin" d'un nouveau système d'exploitation car celui qu'ils ont actuellement leur suffit amplement. Donc la tablette Surface prend un bide mais il s'agit d'une tablette vendue en entrée de gamme à 500 € ce qui fait le prix d'un PC ou de trois tablettes pas cher. Si l'on considère actuellement que le marché des tablettes est récent, qu'il n'y a pas ou peu de retour sur les usages, l'ensemble des articles qui enterrent le PC, font le sacre des tablettes, enterrent Microsoft me donne une espèce d'impression d'application collective de la méthode Coué.

L'analyse que je vous livre, à savoir qu'il est peut être un peu trop tôt pour tirer des conclusions quand on ne connaît même pas les usages et les retours, qu'avec une crise profonde un plaisir à 150 € n'est pas le même qu'un plaisir à 600, je vous la livre elle est gratuite, et je vous le dis en toute sincérité, j'aurai voulu voir d'autres choses dans mon agrégateur que le simple duplicata du site voisin répété en x exemplaires. La lecture de mon agrégateur est de plus en plus rapide, le jeu désormais consiste à trouver l'article qui me montrera les choses sous un autre angle, celui qui m'apprendra quelque chose, et ce n'est pas gagné.

Je vais prendre le temps de purger mon agrégateur ou de réorganiser ma veille, je vais commencer déjà par purger les shaarlis. C'est un peu vachard ce que je vais écrire, mais alors que Sébastien Sauvage avait réellement créé un outil génial pour échapper aux sites de microblogging, j'ai au moins 5 shaarlis que je peux supprimer car ils se contentent de dupliquer les liens qu'il distille, à l'instar d'un RT de Tweeter. La perte de personnalité sur le web va au delà de ce qu'on peut penser, non seulement les sites institutionnels dupliquent à volonté les mêmes articles, "les petits" qui pourraient innover copient les uns peu plus gros qu'eux. Sans tomber dans la complainte systématique qui consiste à dire que l'internet c'était mieux avant, on peut dire qu'on ne va pas vers le meilleur, vers l'uniformisation.

2013 janv. 16

Monétisation du logiciel libre, le retour

Voici deux nouvelles qui doivent être discutées

Dans les deux cas ce qu'il faut noter c'est qu'il s'agit d'un logiciel libre disponible sur des plate-formes propriétaires. C'est là où l'on en revient à l’œuf et la poule, à savoir si on ne portait pas les logiciels libres sur les plate-formes propriétaires, est ce que Openoffice / Libreoffice auraient rencontré un tel succès ? Un succès quand même qui a du sens, si le portage sur Windows n'avait pas été réalisé nous ne pourrions pas proposer à nos élèves une alternative à Microsoft Office et nous serions dans l'obligation d'inciter au piratage ou à l'achat d'une licence particulièrement onéreuse. Et pourtant, on ne peut s'empêcher de penser que l'adoption des logiciels libres sur du propriétaire est un frein à l'adoption d'une plate-forme libre, Linux. Concrètement si on avait dit, sur Linux, tout est gratuit, accessoirement libre, peut être que les gens seraient venus en masse ou pas, certainement pas, pas assez accessible.

Nous ne sommes plus au XX° siècle, Linux, le logiciel libre a fait ses preuves, faut-il continuer dans cette stratégie, jusqu'à proposer des interfaces adaptées à Windows 8 qui sera un échec commercial ou développer des navigateurs libres spécifiques à l'empire de l'enfermement Apple. Pour ma part, je pense qu'il est temps de radicaliser le mouvement, en tout cas un minimum, à savoir qu'il n'est peut être pas nécessaire de dérouler le tapis rouge et qu'il serait temps de recentrer l'activité du logiciel libre, sur des plate-formes libres.

J'évoquais Kickstarter, qui a le vent en poupe et je m'étonne de voir peu de projets Linux, beaucoup de jeux, quand certains projets annoncent leur faillite, on néglige totalement ce site qui pourtant présente un intérêt assez saisissant. En décembre 2010, j'écrivais une réflexion quant à l'argent et le logiciel libre et j'imaginais un système à la kickstarter, trop tard pour déposer le brevet puisque le site après vérification existe depuis 2009. Quand on voit le succès pour des projets inutiles, étranges, qui ne donneront rien, on s'étonne de ne pas voir des développeurs libres utiliser en nombre cette plate-forme pour assurer les financements.

Kickstarter c'est réellement un outil qui a du sens. Site très fréquenté, de plus en plus fédérateur, une renommée qui s'installe, aujourd'hui des développeurs connus comme American McGee proposent aux joueurs potentiels de financer son projet. Il y a ici un aspect intéressant puisqu'il permet de sonder les gens avant de se lancer, de gagner de l'argent avant de diffuser, pour celui qui fait donc, si les gens suivent c'est le succès assuré sauf s'il n'est pas à la hauteur des attentes des gens qui ont payé (qui a dit Ouya ?). De la même manière on pourrait imaginer qu'un développeur de logiciel ne code que lorsqu'il estime avoir la somme d'argent nécessaire. Non seulement ça lui permet d'évaluer l'intérêt de son logiciel, de gagner de l'argent sans attendre les dons, de financer d'éventuelles fonctionnalités qu'il n'aurait pas implémentées dans son logiciel.

Attention, je ne dis pas qu'il est nécessaire passer par une monétisation systématique des projets libres, je dis juste que plutôt que d'arriver à des situations aberrantes, l'arrêt de projet, le découragement, la rancune qu'on peut avoir quand on donne beaucoup et qu'on ne reçoit rien. Non seulement la méthode a le mérite de gagner de l'argent, de pondérer l'utilité d'un projet, elle pourrait tout simplement rationaliser le développement du logiciel libre.

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