Ubuntu Christian Edition vient de sortir en version LTS, vous pourriez être
surpris que j'évoque ce fork d'Ubuntu,
ce n'est pourtant pas la première fois. Ubuntu Christian Edition ne se
limite pas à encapsuler tous les programmes bibliques possibles et imaginables,
il ajoute un contrôle parental par défaut assez puissant à son navigateur qui
bloque non seulement les url mais aussi les expressions.


Le filtre fonctionne de façon assez efficace puisqu'il s'agit de Dans Guardian
mais aucun moyen de paramétrage n'est mis en place pour configurer le filtre de
façon fine, il n'y a pas de restriction quant aux logiciels utilisés, au temps
passé devant l'ordinateur, on peut toutefois se féliciter de voir que quelqu'un
pense à la protection infantile dans l'univers Linux.
Je lisais dernièrement l'article de Philippe sur la mort du poste de travail Linux, où il évoque un peu les
bastons dans notre univers, je vais apporter de même ma pierre à l'édifice de
façon très bornienne. Le motif de la baston actuelle c'est une prise de
conscience de certains acteurs du monde libre qui constatent une certaine
division des ressources, ce qu'on synthétisera par chacun fait son truc dans
son coin sans se poser la question de ce qui se passe chez les copains, le
résultat c'est que personne n'arrive à sortir du panier de crabes et qu'on
multiplie les programmes inutiles. Philippe d'ailleurs n'y va pas par quatre
chemins puisqu'il propose de tailler dans l'inutile, dans l'arbre des
distributions comme il dit, qu'il est romantique. Alors que je suis d'habitude
entièrement d'accord avec ce propos et que cela me fait souvent pester de ne
pas avoir un Linux fort quand je vois les poubelles Windowsiennes contaminées
que je croise et qu'on ne sait rien sur Android où tout le monde tire la sirène
d'alarme de la sécurité, il me parait tout de même important de revenir un peu
sur notre bon univers Linuxien.
Souvenez-vous il y a quelques mois, j'écrivais un billet sur
cinnamon aux environs de décembre de l'année dernière. J'évoquais qu'un
fork de plus pour une distribution qui forkait déjà Ubuntu c'était encore le
fork de trop et qu'il finirait dans la boîte à sapin. Les mois se sont écoulés,
nombreux sont ceux qui s'indignent contre Gnome 3 et qui finalement regardent
Cinnamon comme l'une des alternatives possibles surtout lorsqu'ils voient la
boucherie qui va être réalisée dans Nautilus qui naviguera désormais dans vos
fichiers aussi bien que le Titanic. Alors que tout aussi nombreux étaient les
détracteurs de Unity l'interface de Canonical on apprend que
cette dernière va être portée sur Fedora et sur Arch la distribution des elfes
prétentieux. Alors que pendant des années j'ai appelé Xfce le Gnome castré
et que j'ai pesté sur son inutilité, celui-ci vient comme une bouée de secours
pour de vieux utilisateurs comme moi qui pensent qu'un ordinateur n'est pas une
tablette et que les interfaces old school sont encore adaptées.
Ainsi en ce mois de septembre 2012, je me réjouis que des gens aient
fait leur programme dans leur coin sans se préoccuper de ce qui se passe chez
le voisin sinon je serais contraint d'utiliser une interface qui me donne des
nausées. Réjouir est toutefois un terme exagéré, soulagé serait plus
adapté. En fait rien de ceci ne se serait produit si à un moment donné l'équipe
des développeurs de Gnome n'avait pas décidé de basculer toute son interface en
version tablette. Est-ce que la base des utilisateurs a été consultée ? Je
n'en ai aucune idée, il aurait peut-être fallu que je participe à des mailings
listes pour dénoncer dans un anglais approximatif toute idée de changement,
c'est donc peut-être ma faute, j'ai laissé faire. Néanmoins lorsque Facebook
fait des pseudo votes bidons c'est affiché sur tous les sites internet
informatiques, j'ai envie de croire que si on avait voulu consulter les
usagers, les sites Linuxiens auraient relayé l'information.
Pour ma part la moralité est simple, pour éviter cette situation où tout part
littéralement en sucette, il faudrait d'une part, une greffe de cerveau de
certains développeurs, d'autre part une véritable interrogation sur ce qui
manque au bureau Linux pour séduire l'utilisateur de base. La greffe de
cerveau, pour en revenir au cas Gnome, c'est tout simplement construire une
interface quasiment tactile alors qu'aucune tablette Linux un peu sérieuse
n'existe et que le Web en est encore à ses balbutiements dans sa transposition
vers l'internet mobile quand les manques sont encore nombreux dans l'existant.
J'évoquais plus haut le contrôle parental pour Linux, il est totalement
négligé, confortant un peu plus l'image qu'on peut se faire de notre système
d'exploitation, un truc fait pour les spécialistes où les enfants n'ont pas
droit au chapitre. Alors que Linux assure déjà une protection efficace contre
les virus, il est nécessaire de faire des bricolages de folie pour protéger son
enfant de la pornographie et de ce genre de joyeusetés et c'est bien normal,
nos bons développeurs préfèrent s'investir dans les interfaces du futur
abandonnant d'autres
projets.
Tant qu'il n'y aura pas une prise de conscience collective de la part des
développeurs, une prise de conscience qui prend en compte que d'autres
développeurs développent, que des utilisateurs utilisent, qu'il serait bien de
temps à autre de descendre de son nuage pour comprendre quels sont les besoins
des uns et des autres, alors il n'y aura pas de gagnant, seulement des projets
fantasmagoriques d'un côté et des utilisateurs frustrés de l'autre.
A propos
Je m'appelle Cyrille BORNE et au moment où j'écris ces lignes j'ai 37 ans, je suis professeur de mathématiques au Lycée Agricole le Cep d'Or de Clermont L'Hérault, accessoirement j'en suis aussi le dictateur informatique. Je raconte ici mes nombreuses expériences, qu'elles soient pédagogiques ou informatiques, sans détour, réussites ou échecs cela n'a pas d'importance pourvu qu'on les partage.
Enfant je n'ai jamais rêvé de devenir président de la république, par contre je rêvais de parcourir mers et océans. Comme il faut toujours réaliser ses rêves d'enfant j'ai navigué de-ci de-là et connu de nombreuses îles. Le besoin de larguer les amarres est toujours présent et, chaque fois que possible, je mets le cap ailleurs.
L'informatique ? elle n'a jamais été un rêve pour moi mais un outil indispensable lors de la création de ma première boite. Informatisé en 1987 si je me souviens bien ; alors il fallait se débrouiller avec les moyens du bord. Gnu/Linux ensuite car la liberté y était pratiquement totale. Même maintenant ce goût de liberté domine dans le choix de mes os, ou plus précisément de mes distributions. Debian principalement.
Aucun goût pour le prosélytisme mais une envie de partager avec, en point de mire essentiel, l'envie que chaque utilisateur puisse rester maître de sa machine et, chaque fois que cela est possible, fasse en toute connaissance de cause ses propres choix.
Merci à Cyrille de nous permettre de tracer un petit bout de route ici.
cep
J'ai fait mes débuts dans l'image par le cinéma et la sémiologie. La rencontre, fin des années 90, avec le photographe brésilien Renato Assis (1952-2012) m'a réorienté définitivement vers la photographie.
Après une (trop) longue parenthèse exclusivement littéraire (formation doctorale et enseignement), j'ai travaillé dans le milieu artistique (danse, musique...) avant de m'engager dans une approche documentaire plus humaniste centrée essentiellement sur les violences et les exclusions.
L'informatique est avant tout, pour moi, un merveilleux outil de partage et de développement des connaissances.
Christophe


