Rater deux jours de web c'est comme rater six mois d'actualité, il se passe des choses abracadabrantesques, l'arrêt du développement de Thunderbird en fait partie. Sauf qu'après décryptage de l'information, on se rend compte que Thunderbird n'est pas mort mais qu'on lève le pied sur les nouveautés, pour se focaliser sur la stabilité et la sécurité, car en fait pour un peu grossir le trait, Thunderbird est tellement formidable qu'après 600 réunions de brainstorming on ne sait plus quoi ajouter. Il faudrait que je travaille mon anglais pour vérifier si la tournure exacte est celle-ci, mais si l'annonce est faite de la sorte, arrêt des nouveautés, c'est annoncer la mort du logiciel, et c'est pourtant purement psychologique. Alors que je suis utilisateur de Thunderbird depuis une décennie peut-être ou pas loin, que mon épouse est utilisatrice de Thunderbird, que je suis pleinement satisfait du logiciel de messagerie, je vais commencer à me pencher sur les alternatives, car cette annonce pour moi c'est tout simplement la prémisse de la mort à plus ou moins long terme.

En même temps chez Mozilla on a quelques bonnes raisons. D'abord on a du travail, parce que faire la course avec Google Chrome pour se faire passer devant c'est du travail. Et puis avec Mozilla OS ou boot2gecko on se lance un nouveau défi, celui de la conquête des machines par le système d'exploitation et on comprend bien qu'on a besoin de bras. L'argument de la qualité de Thunderbird, d'un Thunderbird au top me fait doucement sourire, il faut un sacré culot pour annoncer que son logiciel est terminé, sauf peut-être pour une technologie dépassée et encore. Là par contre où l'on frise l'hérésie, la dangerosité, c'est d'annoncer que les webmails sont désormais omniprésents et que la bataille est perdue, renoncer à ce combat, c'est rater une mission du logiciel libre, je m'explique. Sans tomber dans le RMS de base, si les mails ne sont pas sur votre poste, ils sont ailleurs, dans le cloud. S'il sont dans le cloud, que propose le logiciel libre, un tas de choses, faire un serveur mail n'est pas bien compliqué, mais une fois de plus on tombe sur la limite de l'auto-hébergement, et quelque chose me fait dire que dans les 20 millions d'utilisateurs, il n'y a pas 20 millions de serveurs qui se cachent.

A l'heure actuelle en 2012, si Mozilla venait à se désengager de sa solution de messagerie, il jetterait en pâture des millions de personnes aux services propriétaires, on serait alors en droit de se demander si la fondation Mozilla reste une institution libre ou si elle devient une entreprise à la Google qui tranche dans les services quand ils ne sont plus assez rentables.