2012 juin 14
Le cancer de mon métier : le partage et la communication
18:00 - Par Cyrille BORNE - Pédagogie - Lien permanent
Le constat
C'est la semaine du partage cette semaine chez Cyrille BORNE, il s'agit cette fois ci à la différence du Warez d'un partage que je qualifierai de bienveillant et surtout de plus en plus urgent. J'étais lundi à la surveillance de l'épreuve de Français du CAPA comprendre le CAP Agricole avec mes collègues de sport et de physique chimie, relis la phrase, trois erreurs se sont glissées à l'intérieur, je te donne un indice, il s'agissait d'une épreuve de Français. L'épreuve se déroulait au lycée Horticole de Gignac, un lycée à une vingtaine de kilomètres de Clermont l'Hérault ma base de rattachement. Je pourrais un jour vous faire un guide du routard de l'établissement scolaire, en quelques minutes, l'accueil, les visages, sont autant d'éléments qui vous donnent une image positive ou très négative d'un établissement scolaire. Les choses étaient plutôt bien faites puisque chaque enseignant extérieur à l'établissement était accompagné d'un enseignant de la maison, pour ma part une prof d'anglais on ne peut plus charmante qui faisait deux têtes de plus que moi. Le dialogue s'installe assez rapidement, on échange, on se raconte brièvement nos vies, nos établissements respectifs, le genre de choses que je fais très facilement étant d'un naturel communiquant (quand j'ai envie), les épreuves se terminent nous ramenons les copies, elle me présente sa collègue de mathématiques qui passe par là, nous faisons nos adieux car nous savons l'un comme l'autre que nous ne nous reverrons certainement plus jamais. Ce genre de situation je l'ai vécue des dizaines de fois dans mon métier, surveillance, correction d'examens ou formations, on sympathise mais le lien ne se fait quasiment jamais. En arrivant à 10 ans de métier, je n'échange qu'avec deux personnes en mathématiques : "maman" depuis cette année qui est mon illustre aînée et nous nous félicitons chaque matin de ne plus être le seul prof de mathématiques de nos établissements respectifs, on fait parfois des petites intégrales au tableau de la salle des profs devant l'indifférence générale, mais on s'en fout, on est heureux, un camarade proche de Toulouse avec qui nous partageons tout depuis une formation sur la disparition du BTA et l'apparition du BAC PRO. En fait deux personnes ce n'est pas exact, j'ai derrière moi une ribambelle de professeurs agrégés de mathématiques avec qui je vis sur internet, il s'agit de deux enseignants de l'enseignement agricole.
Sur le net ce n'est pas réellement mieux, si vous tapez dans google MG4 mathématiques, je compte trois enseignants, dont moi, un qui a fait un site bizarre sans document et un dernier en région parisienne assez comlet. Avec plus de 150.000 élèves, l'enseignement agricole représente bien sûr une goutte d'eau dans l'océan de l'éducation nationale, toutefois n'être que deux pelés à partager les cours en ligne c'est quand même un peu court, pour ne pas dire qu'on se sent très seul. On peut bien évidement me rétorquer comme je l'entends dire assez régulièrement que tout le monde n'a pas que ça à faire, et pourtant je ne peux m'empêcher de penser au temps que j'ai pu gagner grâce aux ressources disponibles sur internet, je pense notamment à Luiz Lopez qui mériterait un coup de main pour la réalisation de son site très XX°ème siècle mais dont les contenus sont très pertinents.
A ce manque de partage s'ajoute le problème de la multiplicité des sites, y compris les sites institutionnels, paradoxe dans un univers où l'on partage peu, on partage mal, je dénombre pour l'enseignement agricole au moins trois sites de référence dont les contenus sont parfois identiques mais où de temps à autre une information transpire, et il faut trouver le bon pore.
Les solutions.
A l'instar des chefs d'établissements qui se réunissent de façon très régulière sous forme de CREAP, on pourrait imaginer des réunions de profs de maths au niveau régional ou sur une zone tous les 6 mois. J'ai écrit prof de maths comme j'aurai pu écrire prof de français, on pourrait envisager des réunions générales ou à thèmes, comme la préparation des CCF, les progressions, la mutualisation des ressources, l'utilisation des nouvelles technologies et j'en passe, plutôt que de travailler tout seul comme un couillon dans son coin. Pour initier la réunion, il faut un coordinateur, c'est certainement là que ça pose problème, c'est une initiative non professorale, le professeur subit les réunions et ne les pose pas, il faudrait donc certainement passer par le chef d'établissement. Le prolongement bien sûr c'est l'internet avec la mise en place d'une plate-forme plus ou moins collaborative mais surtout facile, avec pourquoi pas en point d'orgue le partage sur internet.
Je suis pour ma part trop fraîchement arrivé dans la région pour me lancer dans ce genre d'initiatives, j'ai déjà un travail de dictateur à mettre en place au sein de mon établissement avec l'ENT. A ce propos mes bons sujets sont assez réceptifs, ce qui montre tout de même que lorsque quelqu'un prend les commandes, qu'on dicte, qu'on impose, mais qu'on assiste et qu'on est bien présent, on arrive à trouver de bons échos à toute initiative aussi bouleversante soit elle dans les habitudes. Lorsque dans quelques temps je serais un peu mieux implanté, si les choses sont toujours en l'état, il n'est pas dit que je ne tente pas de fédérer les établissements agricoles du coin, j'ai déjà une porte d'entrée avec l'informatique, pourquoi pas en plus, les mathématiques.
Si vous êtes prof de maths en LEAP, n'hésitez pas à me contacter, je suis pour ma part très partageur et je n'attends pas grand chose en retour.

Commentaires
Je suis entièrement d'accord avec vous. Je suis moi même enseignante dans un établissement qui fait des formations agricoles (mais autre que LEAP) et nous mettons juste en place le Bac pro en 3 ans : du coup tout le monde galère à "visualiser" le programme déroulé sur 3 ans (on faisait un BEPA SAP jusque là). Chaque enseignant de chaque établissement travaillant dans son coin, y compris pour les CCF : quelle galère! Moi je suis pour le partage!! J'interviens plus sur les matières pro, mais partageant votre avis, je m'engage dès ce soir à mettre au courant de votre blog, de votre travail mes collègues (notamment celui de Maths, qui fait aussi info et B2i) et même si nous sommes assez loin du Cantal, c'est peut-être possible de travailler ensemble!
Le vendredi, juin 15 2012, 23:08 par Pokepsi
je ne suis plus dans le Cantal mais à Clermont l'Hérault
Le vendredi, juin 15 2012, 23:09 par Cyrille BORNE
Je me suis déjà posé ces questions. J'ai pensé que c'était la mise en concurrence malsaine des enseignants (système) et la vénalité médiocre des enseignants (humain). Au sommet, un ministre (système) indique qu'il supprime toutes les primes et que chaque publiant de 10 pages de cours ou 10 pages de textes sous Wikipedia aura une prime. A la base, des enseignants (humain) se regroupent pour produire un contenu visible (cela existe déjà dans certaines matières) de manière à gagner - forcer la reconnaissance institutionnelle. Au niveau universitaire, il faut être clair, tout le système pousse à la privatisation par des systèmes larvés de primes, de projets... Savez-vous que des centaines de milliers d'euros sont dépensés chaque année pour une université virtuelle? Vous connaissez ses cours? Aucun n'a fait le tour du net pour des bonnes raisons : techniquement et qualitativement médiocres. Donc un cours peut rapporter plusieurs dizaines de milliers d'euros... Mais quelle que soit la qualité de vos cours B2i - C2i vous n'aurez pas d'argent. Et même plus, pourquoi voulez-vous que ce partage soit valorisé ou même favorisé, alors qu'il démontre l'inepte médiocrité du fatras administratif - pompe à finance, des organisations de nos "chèrs" chefs et élus.
Le dimanche, juin 17 2012, 09:29 par FabriceV
@FabriceV, je pense qu'au niveau de l'enseignant en lui même, l'obstacle financier ne doit pas réellement peser lourd, on lit pas mal de messages de détresse d'enseignants notamment dans l'enseignement agricole où l'on enseigne beaucoup, tout et n'importe quoi à de nombreux niveaux, je pense que nombreux sont les gens en demande de partage. La problématique c'est à mon sens la honte de montrer son cours à son prochain et d'être jugé, ne pas savoir travailler de façon collaborative, ne pas savoir maîtriser les outils informatiques, ne pas savoir se regrouper mais ça c'est une autre histoire, nous souffrons du même problème pour le logiciel libre
Le dimanche, juin 17 2012, 11:49 par Cyrille BORNE
bonjour,
ça fait un bout de temps que je partage (cf mon site). Le travail collaboratif en distant ou quasi reste une chose qu'il faut apprendre et vouloir apprendre pour être maitrisé. Pourtant il semblerai que c'est une chose basique pour tout le monde alors que ce n'est pas du tout le cas. franchement à l'education nationale on est plus que à la bourre (d'au moins 10ans) coté partage pur et dur. De mon expérience il semblerai que tout le monde ne sois pas pret à partager.
A une epoque j'avais monté un petit serveur pour que les utilisateurs puissent partager leur cours entre eux, j'utilisé un bon vieux sshfs (oui sur du client crosoft ça marche) ce qui permet de faire un montage dans l'explorateur de l'os ça reste facile d'utilisation mais attention à la bande passante... là encore il faut comprendre pour quoi 100mo à envoyer ça rame un poil. Tu dois pouvoir faire ça facilement et rapidement ça m'avais pris 1mois de tout mettre en place (serveur de fichiers et serveur de backup).
J'avais poussé le vis que chaque user puisse mettre en ligne par un clic/gliss ses fichiers direct sur un site web comme le mien (meme script).
Au final l'inspection n'a pas trouvé l'utilité d'un truc pareil...aucun accompagnement zero decharge d'heures de taf mais surtout pas ou peu de personnes capable d'exploiter un tel outil sans avoir eu une petite formation.
Le mercredi, juin 27 2012, 14:56 par cemoi