2012 mai 9
Jeune que fais-tu avec ton Facebook ?
18:16 - Par Cyrille BORNE - Pédagogie - Lien permanent
J'étais cet après-midi à la direction diocésaine de l'enseignement catholique, j'aime beaucoup cette appellation j'ai l'impression de jouer dans le Da Vinci Code, pour participer à un observatoire sur les réseaux sociaux et nos élèves. Mon vénéré chef d'établissement aime bien me sortir de ma cage pour ce genre de sujets j'y apporte toujours des idées un peu différentes mais tellement plus festives du genre vous finirez tous en prison en utilisant Facebook avec vos élèves. Je sais que j'ai fait frémir au moins une enseignante qui utilisera l'ENT l'an prochain. Car, la problématique d'utiliser Facebook au-delà du fait que c'est tenu par une société commerciale qui vend les données personnelles, que le cadre ne s'arrête pas à l'école mais à l'infini et vers l'au-delà, c'est qu'utiliser Facebook pour échanger des données avec les élèves c'est parasiter cet ENT qu'on essaie de mettre en place. La première partie de la matinée était basée sur les interrogations et les craintes de chacun, les constatations, et je dois dire que c'était assez inquiétant pour moi. Alors que j'étais en train d'essayer de me connecter à un réseau, que je bricolais en même temps le portable de mon chef pour y installer un logiciel compatible avec un dictaphone, que je remplissais ma feuille de frais tout en écoutant les discussions, on s'exaspérait sur ces élèves qui faisaient quatre choses en même temps, on s'inquiétait du temps passé sur les jeux vidéo, on s'inquiétait des addictions, mon Dieu j'étais dans la pièce et je leur faisais donc peur. C'est avec l'arrivée de l'intervenant que les choses ont évolué, un intervenant qui m'a coupé la parole et que j'ai donc un peu agressé, certainement mon problème d'addiction et la lenteur du wifi public de SFR. Moi Cyrille BORNE président de la république, tu ne me couperas pas la parole.
J'ai l'habitude de juger les gens du premier coup, c'est un tort, le monsieur m'a appris plusieurs choses aujourd'hui. Pour alimenter cet observatoire, les gens avaient apporté des témoignages d'élèves, des témoignages qui doivent être exploités par la suite. Nous voyons donc des jeunes filles s'exprimer sur Facebook, non je n'accepte pas d'amis que je ne connais pas, bien évidemment je refuse les gens trop vieux, le témoignage en fait de la petite fille modèle qui ne faisait que présenter la version que l'adulte avait envie d'entendre, c'est ce qu'on appelle la parole attendue. Le monsieur expliquait donc qu'il était nécessaire de se trouver dans une relation de confiance, que les questionnaires précis pouvaient passer globalement à la poubelle, et qu'il fallait dans le cadre d'une conversation, réussir en quelques sortes, à tirer les vers du nez pour savoir. Car, et c'est bien là finalement le problème de ces différents entretiens, ils étaient réalisés par des gens qui ont des à priori, à savoir qu'on pense en tant qu'adulte que Facebook est une perte de temps, que c'est inutile et surtout qu'on y est pour poster tout et n'importe quoi, ce qui finalement fait que l'accusé est jugé avant d'avoir témoigné. Les adultes n'écoutent plus les jeunes, nous créons donc notre propre incompréhension avec cette jeunesse que nous jugeons comme nous avons pu être jugés par nos ainés. Sur la quasi-totalité des témoignages, on pouvait quantifier le temps passé, le nombre de SMS envoyés mais en aucun cas ce qui pouvait refléter le caractère attractif de la chose, mais que font-ils donc sur Facebook, mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien se dire dans ces 50 SMS envoyés par jour ?
Ce que j'ai aimé ensuite dans la démarche du monsieur c'est sa volonté d'essayer de dédiaboliser Facebook qui n'était que l'attraction du moment quand il y a 20 ans on se faisait jeter du canapé parce qu'on passait trop de temps devant la télé, rendez-moi Albator. J'ai profité d'ailleurs pour placer cette phrase qui entrera dans l'histoire, le désœuvrement est intemporel, hier le bistrot, aujourd'hui Facebook. Car, de la majorité des enquêtes qui ont été réalisées, ce qui ressortait de façon régulière et spontanée dans les témoignages, c'est qu'on allait sur Facebook non pas par passion mais parce qu'on n'avait rien d'autre à faire, que lorsqu'une activité sportive était en place ou une sortie familiale on laissait le réel prendre le pas sur le virtuel.
Dès lors le raisonnement est évident, créons de l'activité, faisons des balades à poney avec nos gosses, promenons-nous dans les bois, jouons aux jeux de société et vous verrez que les enfants débrancheront. C'est là que le monde des bisounours en prend un coup, parents peu présents absorbés par le boulot, parents hyper-connectés, parents qui dorment avec le smartphone sous l'oreiller. Dans la réunion, je pense qu'on a dû avoir au moins une bonne trentaine de sonneries / téléphones qui vibrent, je vous passe les consultations de téléphone et les envois de messages, les juges reprochent donc aux coupables ce qu'ils font au quotidien en toute impunité. On pourrait alors penser que l'occupation des enfants par une diminution des activités informatiques règlerait le problème, ce n'est pas le cas, les réseaux sociaux sont désormais ancrés dans les vies, plutôt que des les rejeter en bloc c'est aux adultes d'apprendre aux plus jeunes leur gestion.
Je dois dire que même si c'était à Montpellier, que j'ai dû conduire "là-dedans", j'ai passé une bonne journée, une journée où l'on apprend quelque chose est forcément une bonne journée. Mon chef me présente comme le dictateur de l'informatique du lycée, c'est le cas et je pense qu'il en manque. On se rend compte que chaque poste clé, un directeur d'établissement par exemple ou même un directeur d'école, devrait être accompagné par son dictateur. Si le chef d'établissement donne l'orientation du lycée, il lui est difficile de donner l'orientation informatique au lycée, la vision, les décisions qui ne peuvent être prises que par un spécialiste. Les gens autour de moi aussi compétents pouvaient-ils être dans leur domaine n'avaient pas cette expertise que seule peut donner un geek. A force de vouloir faire de l'éducation du comptable en terme de poste, de ne pas demander aux bonnes personnes, on se retrouve comme par chez moi à distribuer des ordinateurs qui coûtent une fortune sans préparation pédagogique, ou des Ipad aux enfants de Corrèze. Quelques experts bien placés, bien sentis, Linuxiens au hasard, auraient la capacité de faire économiser des millions à l'état par an, d'appliquer une vision juste et égalitaire de l'informatique, malheureusement ils ne sont pas entendus. J'avais écrit quelque part, que j'aimerai prolonger l'aventure Linuxienne au-delà des fenêtres de nos écrans, on est en train de voir si l'on peut faire coopérer les différents responsables informatiques des établissements agricoles privés de Midi Pyrénées Languedoc Roussillon, peut être l'occasion de partager cette expérience Linuxienne qui fonctionne, qui est économique en argent et en temps puisque je ne fais même pas une heure de maintenance par semaine, et qui mériterait d'être étendue. Quand dans trente ans on aura toutes les écoles de France sous Linux, je finirai bien par l'avoir mon ordre du mérite national agricole.
Commentaires
Tu dis : « le monsieur m'a appris plusieurs choses aujourd'hui », mais quoi ?
Le vendredi, mai 11 2012, 14:25 par Christophe
je n'avais pas pris conscience à quel point on pouvait orienter les dialogues et les entretiens pour avoir l'opinion que l'on veut et pas celle que pense l'interlocuteur. C'est une réflexion à faire quant à notre neutralité dans chaque conversation, à savoir qu'on a tendance à faire basculer l'autre dans son camp et qu'au final on se fout un peu de ce qu'il peut raconter.
Le vendredi, mai 11 2012, 15:29 par Cyrille BORNE
Bien d'accord. Créons de l'activité, certes, mais laissons-les aussi, voire forçons-les à s'ennuyer un peu. C'est dans ces moments vides qu'on amène la comprenette à revenir sur elle-même, et qu'on accède à l'imagination et à la réflexion. C'est ce que j'essaie de faire avec mes nains, pour pas qu'il et elle restent coincés sur l'ordinateur et la wii... je pense que la mise à distance de ces outils permet aussi, à la longue, de forger une réflexion vis-à-vis d'eux. Donc avec ma chère et tendre on les force à débrancher (enfin on essaie) et à se retrouver seuls avec eux-mêmes. Curieusement beaucoup d'adultes semblent craindre ces moments-là et veulent combler le vide, surtout bien remplir l'emploi du temps.
Le lundi, mai 14 2012, 19:31 par Steph