Souviens-toi le printemps dernier, un Linux, des Linux, un Linux

J'avais déjà évoqué le projet Emmabuntüs en mars 2011, il y a donc à peine un an, le projet était réellement en construction. Pour rappel Emmabuntüs est une distribution Linux basée sur Ubuntu et qui est installée par Patrick et son équipe dans des ordinateurs anciens reconditionnés pour être vendus à bas prix au profit des gens défavorisés. En un an, les choses ont changé :

Il faudrait dire les distributions Linux puisque aujourd'hui on distingue deux distributions Emmabuntüs la distribution d'origine qui s'appuie sur Ubuntu et Lemmabuntus qui s'appuie sur Lubuntu et bientôt il faudra dire la distribution puisqu'à compter de Precise Pangolin c'est à dire en septembre 2012, la deuxième version d'Emmabuntüs s'appuiera sur Xfce et par le fait sur Xubuntu. D'un point de vue hardware et sans avoir posé la question, je suppose que les machines reconditionnées ont du mal à gérer Unity beaucoup plus gourmand, Xubuntu est le compromis honnête entre une interface simple d'accès, moins de ressources consommées et peut être aussi un projet qui fait moins peur pour son avenir dans le sens où miser sur Gnome ou Unity c'est ne pas savoir ce qu'on aura sur son poste demain.

Ci-dessous quelques captures d'écran de Lemmabuntus. On notera le rajout de nombreux logiciels notamment dans le domaine de l'éducatif et d'une barre de lancement rapide. La distribution a la courtoisie de vous demander si vous êtes d'accord avant d'installer des pilotes et des logiciels propriétaires.

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Plus loin que Linux, une démarche

La démarche d'Emmabuntus ne s'arrête pas à la distribution et au reconditionnement des machines (ce qui est déjà beaucoup), le groupe veut aller plus loin. Ne pas s'arrêter au mouvement Emmaüs car, il est important de comprendre qu'il ne s'agit pas d'un travail d'une équipe d'Emmaüs mais de bénévoles indépendants qui ont choisi ce nom par rapport au mouvement qu'ils soutiennent. Par le fait, l'ambition du projet c'est d'aller plus loin et de proposer un système d'exploitation à destination de tous et notamment des plus démunis. Mais revenons un petit peu sur l'intelligence de la démarche, qui n'est pas sans rappeler celle d'ASRI moins universelle car à destination des enfants. Les projets sont d'ailleurs complémentaires, il y a assez de machines à reconditionner pour tout le monde.

  • Reconditionner les machines, c'est mieux que de les recycler, on prolonge leur durée de vie, c'est aussi une démarche écologique.
  • La mise en place d'ateliers c'est la possibilité de former des personnes aux métiers de l'informatique, c'est offrir une reconversion et une réinsertion.

Pour généraliser la pratique du reconditionnement et l'initiation au logiciel libre, l'équipe a mis en place l'Abribus-Libre c'est à dire un espace pour une formation sur le thème, une présentation a été réalisée lors d'une Ubuntu Party. C'est une vidéo particulièrement intéressante, on apprend par exemple que certaines communautés Emmaüs bennent des ordinateurs à 180 € la tonne quand il suffirait de revendre deux ordinateurs reconditionnés à 90 € la pièce pour obtenir l'équivalent. Même si les informaticiens que nous sommes pourraient s'insurger, il est nécessaire de situer les choses dans leur contexte, il s'agit d'une partie des communautés qui le font par manque de formation, par manque de temps, il est certain que nourrir les sans abris, la vente d'objets plus traditionnels nécessitent déjà beaucoup de travail. La problématique c'est le mot "espace" qui laisse supposer qu'il faut un ... espace pour pouvoir faire ces formations, ce qui nous amène aux besoins.

Les besoins

L'abribus-libre a besoin de bénévoles motivés mais aussi de locaux, actuellement du fait de la position géographique du groupe ce serait surtout en région Parisienne, même si comme vous pouvez le voir dans la vidéo, le collectif est allé jusqu'à Perpignan, Montpellier, ou Strasbourg au sein des communautés Emmaüs pour faire la promotion. Promotion réussie d'ailleurs, puisque Montpellier par exemple reconditionne les machines avec Emmabuntus. Lors de mon dernier échange avec Patrick, voici le message qu'il tenait à faire passer : Les membres du collectif Emmabuntüs demandent aux particuliers, aux bénévoles, aux retraités connaissant l'informatique, aux Libristes, et aux GULL de venir en aide aux communautés d'Emmaüs en France, mais aussi aux autres associations, Sociétés d'Histoires, MJC, Club de retraités, etc, pour mettre en place un programme de reconditionnement de machines, et de formation à base de logiciels Libres, pour donner une deuxième chance à des machines, à des hommes et femmes, à des associations, pour que demain nous vivions dans un monde plus juste, plus Libre.

Attention, ce n'est pas une vacherie mais un point de vue : un problème de communication.

C'est à la rédaction de ce billet, c'est à dire entre mes échanges avec Patrick et Jean-Marie qui s'occupe du blog que j'ai compris que le collectif Emmabuntus ne faisait pas partie d'Emmaüs et donc n'a pas le soutien de le mouvement Emmaüs France. L'exemple de la benne donné ci-dessus montre une fois de plus l'ignorance des gens face à l'informatique, une ignorance que l'on connait bien par exemple quand on touche à l'éducation, souvenez-vous du TBI et du reste, des salles avec des portables vendues à 12000 €. Du fait donc que leur démarche n'est pas validée au point de vue national, ils se coltinent donc comme un pèlerinage les grandes villes Emmaüs de France pour expliquer ce qu'il faut faire mais sans avoir la garantie qu'ils ne choisissent pas finalement la benne plutôt que le reconditionnement pour les raisons évoquées plus haut.

Il est donc important de communiquer par rapport à ce reconditionnement dans cette communauté puissante et connue, mais il me parait tout aussi important de véhiculer ce message de façon nationale, internationale, et par le fait, ne plus porter l'étiquette Emmaüs, ni celle d'Ubuntu d'ailleurs sur laquelle aujourd'hui s'appuie la distribution mais pas forcément demain car on ne sait pas de quoi demain est fait, Canonical surtout. Et je rajouterai même quelque chose de personnel, toujours dans la veine communicante.

Les gens à tort ont tendance à poser l'équation Linux = pauvres, je suis Linuxien pour d'autres raisons que financières, nous le sommes tous je pense, dès qu'on a quelques compétences informatiques on peut facilement pirater un Windows, Linux c'est une autre vision du monde. De la même façon on peut être amené à faire l'amalgame "Emmaüs" = pauvres, ce qui est à moitié vrai, Emmaüs vend des produits de qualité que tout le monde peut acheter pour aider les plus pauvres. Néanmoins, la combinaison Emmaüs + Linux pourrait faire ressortir quelque chose de faussement péjoratif dans l'esprit des gens, Emmabuntus la distribution pour les pauvres. Il est nécessaire de rappeler que l'installation de Linux sur ces machines c'est un gain de temps (en 10 minutes un système propre avec des logiciels récents) et une mise en conformité avec la loi et que ce n'est pas une histoire d'argent, les machines sous XP sont vendues au même prix. Psychologiquement, certaines personnes n'installeront pas cette distribution par rapport à l'image qu'elle pourrait véhiculer. Très sérieusement je pense que si on dit à certaines personnes, je vais t'installer la distribution d'Emmaüs (ce qui n'est en plus pas le cas !), ils refuseront. La démarche doit s'étendre, moins s'associer en terme d'image à Emmaüs, plus appuyer sur l'aspect équitable, Linuty ? Linuxall ?