2012 mar. 22
Comment il a pourri le web mais pas seulement
16:00 - Par Cyrille BORNE - Pédagogie - Lien permanent
Si vous fréquentez sur twitter les mêmes personnes que moi ou pas loin, vous n'aurez pas pu passer à côté du billet comment j'ai pourri le web. Il s'agit d'un enseignant de Français qui réalise que ses élèves pompent comme des malades sur internet. Effectivement, c'est une belle découverte, et je l'en félicite, en mathématiques, soit ils trichent sur le meilleur de la classe ce qui fait qu'on peut avoir des pointes à 17 copies identiques sur une classe de 25 personnes (testé et approuvé), soit les parents ont les moyens et font appel à un prof particulier qui fera le travail, soit enfin on a une relation dans la famille qui sait faire et qui fera, parfois par accident des élèves essaient de faire le travail par eux-mêmes, et viennent même poser des questions à la fin du cours. En mathématiques on est pas chez James Bond, on est plus classique dans l'art de la triche.
Donc aux grands maux les grands remèdes, puisque les élèves sont des James Bond en puissance, l'enseignant doit prendre la place de Goldfinger et s'attaquer à la source en disséminant de fausses informations. Il n'y va pas de main morte, puisqu'il va jusqu'à glisser des informations erronées dans Wikipedia, poster de fausses infos dans les forums, aller même jusqu'à proposer des devoirs bidons à acheter, enfin tout ça vous le lirez sur son billet remarquablement écrit. A la fin bien sûr, c'est lui le vainqueur, il a pourri non seulement l'internet en y laissant de fausses informations mais aussi ses élèves car il a montré qu'il était le patron.
Avant de donner mes conclusions personnelles sur ce remarquable travail d'enseignant, je tiens à évoquer un souvenir personnel avec vous. Je suis en 1992 et je porte les cheveux longs, je suis élève en 1ère S et nous sommes déjà un peu accablés par les devoirs de mathématiques et de sciences physiques. Notre professeur d'histoire-géographie, dont j'ai perdu le nom a la bonne idée de nous diviser en groupes et de nous imposer un travail sur un pays d'Europe. Pour une raison qui m'est inconnue, je me retrouve avec mes deux acolytes à me taper un dossier complet sur le Portugal. Direction la bibliothèque et vas-y que je te prends l'encyclopédie Universalis pour en copier des passages complets, sans vérifier toutes les informations et sans parfois en comprendre totalement le sens, si c'était écrit dans l'encyclopédie Universalis alors c'était vrai. La moralité de ma fable c'est que l'internet n'y est pas pour grand chose, il a simplement facilité les procédures, il n'est plus désormais obligatoire de se déplacer à la bibliothèque, il suffit de récupérer les infos depuis son fauteuil.
Mais je m'égare, certainement le fait d'avoir des cheveux bouclés perdus pour être presque chauve aujourd'hui.
- Notre professeur de Français vient de nous montrer que la fin justifiait les moyens. Besoin de saborder Wikipedia, une encyclopédie où des gens de façon bénévole essaient de donner la bonne information de façon libre, aucun problème, on fracasse, ça donnera l'idée à plein de petits malins. Oui il y a des coquilles dans Wikipedia, oui il est important de montrer aux élèves qu'il faut multiplier les sources d'informations, il y a même des cours pour ça avec le b2i (il a aussi la classe de faire le travail d'informatique) mais non, la fin ne justifie pas les moyens, on ne fait pas n'importe quoi pour montrer qu'on a raison.
- Notre professeur de Français vient de nous montrer aussi que les enseignants plaçaient des pièges. Quand il s'agit d'une bataille permanente pour avoir la confiance des élèves, que cette confiance est primordiale pour emmener les élèves là où on veut les emmener, notre collègue explique que ce qui compte c'est le final, même si on a trahi l'élève. Mes jeunes sont avertis, tout ce qui ressemble à de la triche c'est 0 pour toute copie identique, ils s'arrangeront après pour savoir qui a triché l'un sur l'autre. Les professeurs ne sont pas là pour démontrer qu'ils sont des pervers qui ont du temps à perdre pour piéger les élèves ils sont là pour édicter des règles claires comme on en trouve dans la société. Je vole, je pars en prison, je triche à un examen je prends 5 ans d'interdiction de passer tout examen, je triche pendant un contrôle je prends 0. Ne soyez donc pas surpris élèves de voir un enseignant poser des pièges à loup, placer quelques peaux de banane, il ne fait que son métier.
- Notre professeur de Français vient de nous montrer que c'était un BLOGUEUR. Le B tout seul n'aurait pas été assez fort, morceaux choisis : Avec cette expérience pédagogique j'ai voulu démontrer aux élèves que les professeurs peuvent parfois maîtriser les nouvelles technologies aussi bien qu'eux, voire mieux qu'eux. ou encore Une chose est sûre : cette expérience a, je pense, marqué mes élèves et me vaut aujourd'hui une belle réputation dans mon lycée. Je crois que nous sommes devant toutes les pathologies traditionnelles que nous connaissons et que je partage avec vous au quotidien, réputation, vanité, moi je, cet homme a de l'avenir dans le blogging, il faut poursuivre sans hésitation. Aucune solution n'est proposée à la fin du billet, par contre il aura fait le tour de la France aujourd'hui, l'objectif est atteint, banco les statistiques.
Notre brave collègue en fait n'a pas fait que pourrir le web, il pourrit aussi la vision que je me fais de l'enseignant et de l'enseignement. Ce matin j'ai fait des systèmes d'équations avec mes troisièmes, l'un des tops de la difficulté à notre niveau. Après avoir démarré les premières étapes, ça a commencé à souffler, à me demander l'utilité dans la vie de tous les jours, à crier Ô désespoir. J'ai dit : "cela fait dix ans que j'entends des gens se plaindre au même moment, ayez confiance après quelques exemples ça ira mieux". C'est peut-être parce qu'ils me voient suer tous les jours depuis 6 mois pour leur faire passer les notions, qu'ils voient que même si je colle, que je ne suis pas toujours drôle, que je fais sauter des points dans le permis, que j'appelle les parents, je suis présent pour qu'ils avancent, qu'ils ont eu la charité de me laisser poursuivre jusqu'à la fin et d'essayer à leur tour pour commencer à y arriver et arrêter de geindre .
Si demain tous les profs de France se mettent à faire les couillons pour avoir leur quart d'heure de gloire sur l'internet, c'est la guerre dans toutes les écoles, laissons donc ce monsieur profiter sa gloriole, pour les autres continuons nos avancées malgré les difficultés, des avancées qui ne peuvent être réalisées que dans un cadre clair et sain, un cadre où les adultes ne tendent pas des pièges aux enfants, mais où la confiance règne.
Commentaires
Votre analyse, bien qu'apparemment pertinente, est malheureusement en partie erronée. Je suis un des élèves de ce professeurs ( bien que ne faisant pas partie des piégés ), et je vais essayer d'exprimer ce que je pense, ainsi que la majeure partie de mes camarades, de ce professeur.
Tout d'abord, quand à l’attentat contre Wikipedia qui vous semble tenir particulièrement à cœur. L'article publié a, il me semble, déjà été corrigé. Le mal a donc été réparé, et la biographie de l'auteur, améliorée.
Ensuite, quand à votre analyse des relations entre ce professeur et ses élèves. Je vous prie de croire qu'elle est totalement erronée. Ce professeur est considéré comme l'un des meilleurs professeurs de mon lycée. Il est proche de ses élèves, à l'écoute, et est merveilleux pédagogue. Il n'a nullement la réputation de " dur " que l'on pourrait lui attribuer, au contraire. Je suis certain que les élèves piégés ( qui n'ont, je tiens à le rappeler, n'ont même pas été noté pour cette dissertation. Le but n'était clairement pas de saquer les élèves ) n'ont pas vu cette expérience comme un piège pervers mais bien comme une leçon enrichissante. Je citerais cette phrase :
" J’ai rendu les copies corrigées, mais non notées bien évidemment - le but n'étant pas de les punir -, en dévoilant progressivement aux élèves de quelle supercherie ils avaient été victimes. Ce fut un grand moment : après quelques instants de stupeur et d’incompréhension, ils ont ri et applaudi de bon cœur. "
Je suis certain que M. B n'a pas fait cette experience dans le seul but de créer le buzz. Vous voulez une preuve ? Et bien, cette expérience à été menée il y a déjà quelques années, mais n'a été publiée qu'hier. Pourquoi avoir attendu autant s'il n'était qu'un bloggeur à la recherche de la célébrité ?
Respectueusement,
Jérôme D.
Le jeudi, mars 22 2012, 20:23 par JeromeD
Il n'y a aucun mal à piéger un élève si c'est pour lui apprendre quelque chose. Ca peut très bien être pédagogique et cela dépend comment le prof l'a présenté à ses élèves.
De plus, il explique bien qu'il fait cet exercice en début d'année scolaire. Une bonne façon de faire comprendre aux élèves ce qu'il attend d'eux pour le reste de l'année. Une bonne introduction en somme.
Et Wikipedia ? Rien ne dit qu'il n'a pas rétabli la vérité dans l'article modifié qui d'ailleurs a été écrit par lui.
L'esprit critique est aussi quelque chose qui s'apprend et que les profs feraient bien d'apprendre un peu plus à leurs élèves.
Le jeudi, mars 22 2012, 20:24 par Michel Leunen
Bonjour Jérome et merci pour cette participation, je pense qu'elle est un bon "correctif". Vois tu, je trouve qu'il est regrettable si cette expérience date que l'enseignant n'a pas pris le temps d'exposer les retombées et éventuellement les remédiations. Car ici seul l'aspect piège est présenté, quelle leçon en tirer puisqu'il ne partage rien d'autre ? Est ce que les comportements ont évolué ? A-t-il adapté sa pédagogie ? Comprends que j'ai écrit cet article sous trois angles. Le premier : utilisateur de logiciel libre, j'ai beaucoup de respect pour les contributeurs anonymes qui peinent déjà à imposer leur modèle et qui ont montré que le savoir pouvait être accessible de façon libre, Wikipedia n'est pas un jouet. Le second en tant qu'enseignant, je considère qu'il n'est pas nécessaire de faire tant d'artifices pour faire une démonstration aux élèves, j'y vois de plus une forme de manipulation voir de trahison. Enfin en tant que blogueur depuis pas mal d'années et franchement mégalo moi même, je pense qu'on est quand même en face de quelqu'un qui veut se faire monter le bourrichon. J'aurai peut être écrit quelque chose de différent si on n'était pas resté sur "l'expérience" en elle même mais si on était allé plus loin pour apporter des solutions. Ce billet a été écrit de plus parce que la twittosphère l'a relayé avec de grandes emphases comme si cela relevait du génie, la majorité de ces personnes étant des informaticiens n'ont retenu que l'aspect bidouille informatique et pas nécessairement pédagogique. N'hésite pas si tu veux compléter, il ne s'agit pas de désavouer un collègue, juste marquer sa désapprobation avec la méthode, imaginons que demain, des milliers d'enseignants ou de personnes s'amusent à jouer avec la toile pour désinformer, quelle crédibilité alors accorder à l'internet.
@Michel : c'est une question de principe, on peut aussi corrompre les dépôts debian pour donner une leçon (j'ai choisi un sujet qui te touchera peut être plus), on peut aussi parcourir les forum Ubuntu en invitant les utilisateurs à faire des sudo rm -R * et décrédibiliser toute une communauté.
Le jeudi, mars 22 2012, 20:39 par Cyrille BORNE
En plus de ce qui a été relevé, y a un truc qui me tracasse : "Je rappelle qu'ils n'avaient pour cet exercice aucune recherche à faire : le commentaire composé est un exercice de réflexion personnelle."
Je ne sais pas comment on peut faire le commentaire d'un texte sans avoir deux choses :
- la possibilité et avoir appris à lire de la littérature secondaire et il y en a pour tous les niveaux
- avoir appris à manier des outils d'interprétation
J'aime bien la littérature et les profs de français mettaient souvent en valeur mes travaux. Par contre, à par une exception notable - un prof de français dans une école de commerce - peu de prof de français faisaient l'effort de donner des outils pour aborder la littérature. Il semblerait que ça devrait être de naissance.
C'est vrai quoi, je regarde le texte et l'inspiration me vient ? C'est ça un commentaire composé ?
Le jeudi, mars 22 2012, 21:17 par iGor
Je comprends parfaitement votre analyse, il est vrai qu'il aurait été surement mieux de plus s’appesantir sur les retombées de la leçon, qui ne sont que peu abordé dans son billet. Je suis toutefois convaincu qu'elles ont été entièrement positives pour les élèves piégés.
Je comprends votre inquiétude sur le minage du web, et je vous rejoins sur ce point. N'oublions toutefois pas que dans ce cas, le professeur n'a fait qu'ajouter des pages qui n'existaient pas et qui ne seront, étant donné la faible célébrité du texte, à priori que peu préjudiciable à la communauté. La page Wikipedia n'existait, il me semble du moins, pas avant l'expérience, et il en a rédigé une véridique après coup. Le danger existe toutefois, comme vous le soulignez, à entraîner d'autres professeurs à l'imiter, et ce peut être sur des textes moins anodins. Espérons que les enseignants réfléchiront bien aux conséquences avant d'agir. A mon sens, nul besoin de réitérer l'expérience : le buzz a été tel qu'à mon avis, l'article a touché d'autres étudiants.
Quand à l'aspect trahison, je suis quand à moi sûr que ses élèves ne l'ont pas pris de cette manière, étant donné le respect réciproque que noue ce professeur avec tous ses élèves. Je pense sincèrement que ses élèves en ont tiré beaucoup plus que si on leur avait simplement dit ( comme le font moult professeurs ) que " Attention, les enfants, c'est mal de copier sur internet, vous savez ! ". Je pense qu'une démonstration vaut mieux qu'un long discours, surtout si l’expérience se déroule sans douleur ( ce qui, j'en suis convaincu, a été le cas ).
A la relecture de mon précédent message, j'ai l'impression d'avoir été assez froid en exprimant mon point de vue. Je m'en excuse, cela n'était nullement mon but :).
Respectueusement,
Jérôme D
Le jeudi, mars 22 2012, 22:06 par JeromeD
Le jeudi, mars 22 2012, 22:16 par Cyrille BORNE
Très Cher Monsieur, je vous félicite pour ce billet fort plaisant à lire, et partage, sinon toujours vos avis, à tout le moins vos regrets pour ces espaces vides laissés par des cheveux jadis exubérants. Heureusement vous n'êtes pas Samson : vos analyses sont très fines et vous mériteriez sans nul doute d'avoir votre page dans Wikipédagogia (agrémentée d'une photo avant/après : cela semble indispensable pour bien comprendre la plénitude de votre œuvre). En ce qui concerne le vandale dont vous dénoncez présentement les agissements, j'ai le regret d'être d'accord avec vous.
Alopéciement vôtre,
A. Stress
(J'ai essayé de coller au ton des commentaires pour ne pas dépareiller et coller la honte à notre hôte)
Le jeudi, mars 22 2012, 22:47 par antistress
Bonjour. je m'en vois désolée mais je ne peux qu'être d'accord avec Jérôme, puisqu'étant aussi une des élèves de M.B, et une de ses camardes de classe. En effet, votre billet, même si je comprends les motifs qui vous ont poussé à l'écrire, déforme la vérité. M.B est, à ce jour, dans notre lycée l'un des professeurs les plus respectés, et ce, non pas grâce à la "réputation" que vous pensez qu'il s'est faite, mais bien par lui-même.Et je suis persuadée que ce n'est pas dans une volonté de gloire qu'il a rédigé cet article- ce serait mal le connaître.Un blog n'est-il pas fait pour parler de soi ou de ce qui nous touche ? Je pense qu'il a simplement voulu en parler comme d'une expérience vécue... Après, pour Internet, les jeunes de notre âge ont bien accès à beaucoup de sites plus "nocifs" qui eux contribuent vraiment à la mauvaise réputation d'internet.
Enfin, ayant parlé avec des élèves qui ont vécu cette expérience, j'affirme, et ce de source sûre, qu'aucun d'entre eux ne l'a mal pris, mais la voit plutôt comme une leçon, que j'estime juste. En effet, nos parents, nos grand-parents et ceux avant eux n'ont jamais eu accès à Internet. Alors pourquoi aurions nous la possibilité gratuite ( ou même pire payante!) de s'arrêter de réfléchir sous prétexte que "quelqu'un" nous offre l'occasion de ne rien faire ?
Bien sûr, je comprends et respecte votre point de vue.
Respectueusement.
Le jeudi, mars 22 2012, 23:46 par AudreyB
Bonjour Audrey. Si l'on suit votre raisonnement, votre arrière grand mère n'avait pas le droit de vote selon votre âge, pourquoi pourriez vous donc voter aujourd'hui ? Votre argument ne peut donc tenir la route, les enseignants doivent faire avec le progrès comme le reste de la société. De plus, vos parents et vos grands parents avaient accès aux livres et pouvaient déjà y recopier bêtement ce qu'on pouvait y trouver sans réfléchir, internet facilite, mais internet n'est pas la cause. Au fait que mon article déforme la vérité, il faudrait qu'il y ait une vérité, ou une histoire, pour ma part il y en a plusieurs, je me suis contenté de reprendre l'article de votre enseignant avec des vrais morceaux à l'intérieur. Si je déforme alors, c'est peut être parce que je suis un peu de mauvaise foi, ou tout simplement parce que je retranscris ce que je suis à même d'interpréter d'après ce qu'a voulu bien laisser passer votre professeur. Enfin j'en reviens à mon propos, il n'est pas nécessaire de faire sauter une centrale nucléaire pour montrer que le nucléaire est nocif, c'est aussi sous estimer l'intelligence des autres que de tendre des pièges aussi gros. Et pour être tout à fait honnête, avec vous, lorsque je vois la façon d'écrire de Jérome, la votre, le stratagème utilisé par votre enseignant, j'en viendrais presque à m'interroger sur le fait qu'il s'agisse de vrais élèves qui viennent "soutenir" leur prof, ou une tierce personne qui se ferait passer pour des élèves. C'est bien là tout le problème de la manipulation, quelqu'un qui berne des individus avec autant de facilité sème forcément le doute.
Le vendredi, mars 23 2012, 06:40 par Cyrille BORNE
Tiens, c'est fou, je m'attendais à cette remarque.
Sachez que nous sommes en première S ( donc avons aux alentours de 16 ans ), et qu'il est parfaitement possible de savoir écrire correctement à cet age. Et d'ailleurs d'écrire bien mieux. Je ne me suis pas relu pour mes deux premiers messages, et j'ai laissé des coquilles stylistiques que je ne laisse habituellement pas passer ( comme quoi, il faut toujours se relire... ). Et sachez que ( en tous cas aux entraînés de ma professeur de français de cette année ), je suis loin d'être l'un des meilleurs de la classe.
Pour ma part, j'ai écumé les forums depuis l'age de mes 12 ans, et toujours essayé d'écrire le mieux possible. Je ne fais pas parti de ceux qui écrivent en langage SMS.
Après, je ne pense pas pouvoir vous prouver que je suis effectivement un élève de M. B, et je ne peux rien faire d'autre que vous demander de me croire.
Le vendredi, mars 23 2012, 08:36 par JeromeD
Bonjour Jérome, je viens de faire paraître un billet ce matin, j'espère que tu t'arrêteras seulement sur le raisonnement et tu me diras ce que tu en penses. J'espère que tu es bien qui tu prétends être
(vos papiers s'il vous plaît).
Le vendredi, mars 23 2012, 09:01 par Cyrille BORNE
Je suis professeur-documentaliste, je lis souvent sur les listes de diffusion professionnelle que les collègues de lycée montrent aux élèves, pour leur faire comprendre ce qu'est Wikipedia, qu'on peut modifier les pages, qu'il y a tout un système de validation de l'information. Qu'il faut prendre avec des pincettes ce qu'on y trouve, croiser les sources. Il ne s'agit pas de donner des idées aux petits malins mais d'enseigner les limites d'un outils. Dans le cas du prof de lettres (M. B.), la limite de wikipédia à souligner, c'est que la vérification des infos est moins stricte sur les sujets moins populaires. Personne entre sa modification et les recherches des élèves n'est venu sur la page du poète pour se rendre compte qu'il manquait des sources.
Par rapport au souvenir personnel que vous rapportez (recopier l'Encyclopaedia Universalis pour un exposé sur le Portugal), j'y vois une nette différence : il s'agit d'un travail de recherche. Le prof à l'origine du piège tendu à ses élèves n'avait pas demandé un travail de recherche. Chercher sur Internet ou à la bibliothèque, c'est normal.
Non, il avait demandé un travail d'analyse personnelle d'un texte, en donnant préalablement (je l'espère du moins !) la méthodologie du commentaire composé. Aucune info n'est à trouver à l'extérieur, si ce n'est, au besoin, la définition d'une figure de style ou de la métrique. Or il regrette le fait que les élèves cherchent d'abord le travail tout fait sur internet (et il a pris soin de faire en sorte qu'ils le trouvent), avant de se faire confiance. Il ne les piège pas pour saper leur confiance mais pour leur montrer qu'ils doivent avant tout se faire confiance à eux.
Pour terminer, ce que les nombreuses critiques de M.B. semblent occulter, c'est qu'il ne s'agit pas là des méthodes quotidiennes d'enseignement de ce prof, mais d'un "coup" (qu'il ne pourra pas reproduire, sa réputation étant faite) en début d'année, pour pouvoir remettre les élèves sur les bons rails. Il n'a pas noté le devoir, le but n'étant pas tant de 'punir' les mauvaises pratiques que de les corriger.
Bref, je trouve les critiques un peu exagérées et volontiers "dramatisantes". Il y a des pratiques enseignantes perverses bien plus nuisibles aux élèves que celle-ci. Et combien d'élèves peuvent se targuer, a contrario, d'avoir été plus malin que le prof en ayant obtenu une bonne note à un travail honteusement pompé !! Si tous les profs étaient ne serait-ce que moitié aussi vigilants et avertis que celui qui est à l'origine de cette supercherie, les élèves et étudiants s'y reprendraient à deux fois avant d'aller puiser leurs copies toutes faites sur Internet. C'est aussi à cause de l'ignorance ou des œillères (volontaires ou non) de la majorité des profs, que cela fonctionne, et est largement répandu.
J'ai une anecdote aussi :
Une prof d'espagnol catapultée prof d'éducation civique, quand j'étais en 4è, donc en 1996, qui demande à la classe de faire des exposés sur les pays de l'Europe. Avec ma copine germaniste, on choisit naturellement l'Allemagne. Elle vient chez moi un mercredi après-midi. (On n'avait pas de bibliothèque dans notre village, juste nos ressources propres... Le CDI n'était pas un réflexe pour les recherches)
Comme je suis allée en vacances en Allemagne en août 93, mes parents ont plusieurs guides (Routard, Guide Vert) qui démarrent par une présentation du pays. Ajoutez à ça notre manuel scolaire, une encyclopédie Larousse familiale, la page du Calendrier des Postes sur les pays d'Europe... Avec ma copine Céline on compulse les bouquins, on compare. Superficie, nombre d'habitants, langue parlée, nom des Länder, régime politique (on a intérêt à avoir des sources récentes).
Depuis l'été 95, ma famille est dotée d'un PC (avec la sortie de Windows 95, les PC équipés de Windows 3.1 s'étaient démocratisés, mes parents avaient investi). On a même une disquette avec des centaines d'images pour illustrer des documents, dont des fonds de carte (à moins que ce ne soit dans la banque de gif de Word). Alors avec Céline, on met en forme nos infos sur Word, on ajoute la carte de l'Allemagne, et on est fières de rendre le plus bel exposé de la classe.
Et plusieurs jours plus tard, la prof nous le rend avec la note minable de 14/20 accompagné de ce commentaire devant toute la classe "C'est complet, mais bon, c'est facile aussi : aujourd'hui, avec un ordinateur, il vous suffit d'appuyer sur un bouton". Elle n'a pas voulu entendre nos protestations ni modifier la notation injuste.
Ignorance des profs, je disais donc...
Le vendredi, mars 23 2012, 09:26 par ADG
Bonjour, je me permets de vous interpeller sur cette phrase ''Non, il avait demandé un travail d'analyse personnelle d'un texte, en donnant préalablement (je l'espère du moins !) la méthodologie du commentaire composé. Aucune info n'est à trouver à l'extérieur, si ce n'est, au besoin, la définition d'une figure de style ou de la métrique. Or il regrette le fait que les élèves cherchent d'abord le travail tout fait sur internet (et il a pris soin de faire en sorte qu'ils le trouvent), avant de se faire confiance. Il ne les piège pas pour saper leur confiance mais pour leur montrer qu'ils doivent avant tout se faire confiance à eux.'' Vous voyez un manque de confiance, moi j'y vois de la fainéantise. Comme je l'explique souvent sur mon blog, j'ai un public qui va rapidement s'insérer dans le monde professionnel et qui n'est pas réellement passionné par l'école, si bien que je peux parfois présenter les choses de façon déformée par rapport à une norme. Cela dit, j'ai l'impression pour discuter avec des collègues qui sont dans des établissement plus conventionnels que de façon générale nos élèves cherchent avant tout la solution de facilité, la glandouille et que quelque part il faut une forte dose de confiance en soi ou de bétise pour aller copier l'intégralité d'un document et le donner à son prof sans imaginer que ce dernier ait la capacité de s'en rendre compte. En ce qui concerne les déviances, les choses qui ne vont pas les choses qui sont pires que celles-ci vous avez certainement raison, mais elles ne font pas la une de l'internet sauf quand la justice s'en mêle si vous voyez ce que je veux dire. Le monsieur a fait un joli "coup" comme vous l'écrivez, on peut l'en féliciter, pour ma part je dis juste qu'il s'agit d'une expérience personnelle et narcissique qu'il va pouvoir désormais exploiter. Je ne lui jette absolument pas la pierre d'ailleurs sur l'exploitation, c'est ce qu'on appelle le blogging professionnel. Bonne journée.
Le vendredi, mars 23 2012, 09:36 par Cyrille BORNE
Et c'est pour dire à quel point je ne lui jette pas la pierre car en fait, même si j'ai écrit mes deux articles sur un coup de coeur, j'en récupère aussi les fruits, il s'agit d'une technique de blogging bien connue que de troller sur les gens ou les sujets à succès, voyez comme le monde est petit et les pratiques usuelles quand on sait un peu manier le net. Je le remercie donc vivement pour mes stats. A la différence c'est que je mentionne régulièrement ce genre de chose à savoir que lorsqu'on tient à être lu, on est souvent dans une logique calculatoire, reste à savoir jusqu'où on est prêt à aller pour être entendu.
Le vendredi, mars 23 2012, 09:40 par Cyrille BORNE
Je trouve ce "coup" scandaleux, dégradation de wikipédia pour appuyer une expérience dont on ne comprend pas trop le but. Mon analyse est que la source était correcte, vu que le prof a eu besoin de la falsifier.
Si l'Etat protégeait les projets comme Wikipédia au lieu de stigmatiser le partage d'informations, on pourrait surement poursuivre en justice ce professeur.
Le vendredi, mars 23 2012, 10:52 par src
"AudreyB>
Alors pourquoi aurions nous la possibilité gratuite ( ou même pire payante!) de s'arrêter de réfléchir sous prétexte que "quelqu'un" nous offre l'occasion de ne rien faire ?"
Avant on copiait les encyclopédies, le prof en question semble faire croire que c'est un comportement nouveau, alors que pas du tout.
Les plus geek utilisaient même des OCR pour ne pas avoir à tout réécrire à la main.
Le vendredi, mars 23 2012, 15:06 par Nicolas
A Nicolas :
Pour un commentaire composé, qui n'est pas un exposé, il n'y a pas d'encyclopédie à recopier et il n'y en a jamais eue. Seuls les "profils" d'une œuvre pouvaient à l'époque donner quelques pistes, et encore...
Renseignez-vous un peu sur les modalités de l'épreuve que vous ignorez visiblement.
Le buzz provoqué par cet article révèle avant tout une méconnaissance totale de ce qu'est un commentaire de texte. Les gens qui dénigrent l'expérience de M. B. confondent recherche et réflexion personnelle.
Le vendredi, mars 23 2012, 17:21 par Lina
@Lina moi je suis prof de maths je suis excusable :D
Le vendredi, mars 23 2012, 17:29 par Cyrille BORNE
Lina> C'est sûr, je n'ai jamais été au lycée ! Personne n'a jamais recopié de corrigé, issue des livres dédiés en rapport avec les manuels scolaires (comme la correction des Lagarde et Michard), c'est bien connu.
Le vendredi, mars 23 2012, 18:23 par Nicolas
Absolument passionnants vos échanges ... un vrai feuilleton des temps modernes ... alors juste une question:
"Faux élèves ou vrais profs" ???
Le samedi, mars 24 2012, 10:53 par a.l.s
Avant même d'avoir lu tous les commentaires, peut-être qu'il en sera autrement après, au fond, je partage l'avis de Cyrille. C'est assez minable de saborder le travail de dizaines de milliers de petits doigts qui, chaque jour, se donnent du mal pour faire avancer l'un des plus beaux projets du web, Wikipédia. Un travail collaboratif considérable... D'autant que, comme le dit Cyrille, le résultat de cette petite démonstration ridicule nous le connaissions tous : l'élève est capable de tricher ! Formidable ! L'élève est capable de recopier intégralement des sources variées sans le moindre sens critique ! formidable !
Le samedi, mars 24 2012, 12:49 par Christophe
Bonjour Cyril ... Un point quand même dans l'article de Loys Bonod que vous n'avez pas noté :
"Je me suis ensuite inscrit comme auteur, sous le nom de Lucas Ciarlatano (ça ne s'invente pas), à deux sites proposant des corrigés de commentaires et de dissertations payants (Oodoc.com et Oboulo.com). Sachez qu'il en existe bien d'autres. Après quoi j'ai envoyé mon commentaire à ces deux sites, dont les comités de lecture ont validé sans barguigner mon lamentable commentaire, leur but étant moins celui d'une diffusion humaniste du savoir que purement mercantile. D'ailleurs aucun des deux n'a pris la peine de vérifier si le corrigé était protégé par des droits d'auteurs et ils ont publié exactement le même corrigé, en mettant en ligne gratuitement l'introduction, le plan et des extraits importants, le reste étant en vente pour quelques euros."
Cette dénonciation des sites marchands le rend "malgré tout" sympathique ...
Et peut-être pour préciser les choses en nous référant au BO et voir en quoi sa démarche me semble à la fois s'intégrer mais également s'éloigner des programmes officiels :
PROGRAMMES DE FRANÇAIS EN PREMIÈRE GÉNÉRALE ET DE LITTÉRATURE EN PREMIÈRE L
"Présentation générale
Dans la continuité de la classe de seconde, le programme de première vise à élargir chez les élèves la connaissance de la littérature et à en renforcer le goût. Le travail mené en seconde sur des objets relativement circonscrits, afin de donner des repères aux élèves, laisse place en première à une étude qui met en évidence certaines évolutions historiques des genres littéraires. Pour permettre, par ailleurs, un approfondissement de ces connaissances et de la réflexion sur le fait littéraire, ces évolutions sont abordées selon des points d'entrée spécifiques, qui en autorisent une approche plus concrète et plus précise à la fois.
Le travail mené en classe a pour but de consolider et d'enrichir la culture commune acquise au cycle précédent : connaissance des grands genres littéraires, de leurs principales caractéristiques de forme, de sens et d'effets, développement d'une conscience esthétique de la littérature, du goût pour la lecture des œuvres et pour l'écriture.
Enfin, chaque objet d'étude doit permettre de construire chez l'élève l'ensemble des compétences énumérées plus haut. On s'attache en particulier à rendre l'élève progressivement plus autonome dans sa démarche, qu'elle soit de recherche, d'interprétation ou de production, et à développer une attitude à la fois réflexive et critique par rapport aux objets étudiés. [...]
Le samedi, mars 24 2012, 15:06 par alain l.
Cyrille ... pas Cyril ... mes excuses pour cette erreur de prénom
...
Le samedi, mars 24 2012, 15:09 par alain l.
Je ne vais pas revenir sur les polémiques mais faire une petite observation : en 1992 vous étiez au lycée ? Soit seize ans environ. Aujourd'hui vous en avez donc 36. C'est pas trop concordant avec ce qu'on lit de temps en temps (plus un poil sur le cailloux, quelques photos…).
M'enfin…
Le samedi, mars 24 2012, 19:29 par 22decembre
@22décembre, BAC C en 1993, année formidable, Basic Instinct et victoire de l'OM, né en 1975, et oui j'ai le droit de perdre mes cheveux :D
Le samedi, mars 24 2012, 20:02 par Cyrille BORNE
Pour calmer les paranos, M; Bono est un vrai professeur du lycée Chaptal. C'est un de mes collègues (je suis professeur de physique en classe prépa) et il nous a raconté son expérience il y a déjà plusieurs mois. Bien que le connaissant peu, je l'apprécie beaucoup car c'est une personne qui est très active et pleine d'idées pour favoriser les contacts entre collègues dans ce grand lycée où il y a collège, lycée et classes prépas. C'est tout le contraire d'un ambitieux arriviste (on en a au moins un dans le lycée et çà n'a rien à voir!). Il a pris une initiative très intéressante pédagogiquement et c'est fort bien qu'elle soit connue. Voilà tout
Le dimanche, mars 25 2012, 00:50 par jpbeil
@ jp.beil le doute ne porte pas sur l'existence de votre collègue mais sur la possibilité que les différents intervenants du billet ne soient pas ses élèves mais une tierce personne.
Le dimanche, mars 25 2012, 08:53 par Cyrille BORNE
J'en étais sûr ... un tel débat ne pouvait mettre en scène qu'un professeur et des élèves le lycée prestigieux ... élitisme républicain , quand tu nous tiens !!!
Non pour moi, le fond ( et pas la forme...) du débat devrait se situer ailleurs :
[...] Dans la continuité de la classe de seconde, le programme de première vise à élargir chez les élèves la connaissance de la littérature et à en renforcer le goût.[..]
Et je ne suis pas persuadé que le commentaire composé soit le meilleur moyen pour arriver à ce but ... surtout dans le domaine de la poésie ...
au dessus de tout soupçon ( non ce n'est pas l'Encyclopédia Universalis qui ne le connait pas )
Quant au choix de Charles de Vion d'Alibray ... voici ce qu'en dit une encyclopédie en ligne ( pas wikipédia
[...] il appartient au monde libertin et l'influence de la poésie élégiaque de Théophile se fait sentir sur son écriture (les Œuvres poétiques du sieur Dalibray, divisées en vers bachiques, satyriques, héroïques, amoureux, moraux et chrétiens, 1653). [...]
Peut-être un éclairage nouveau sur la fin du poème
[...] Ne touche mon ingrate ou d'amour ou de honte ;
Tant s'en faut, elle rit de me voir endurer ;
Et pour en rendre même encor ma fin plus prompte ;
Elle fuit et s'en va d'autres lieux éclairer. »
Le dimanche, mars 25 2012, 09:35 par alain l.
J'en viens à me demander si tout cela n'est pas une vaste escroquerie ... tout cela a t'il vraiment eu lieu ?
Le mardi, mars 27 2012, 11:13 par Marca
Oui.
Le mardi, mars 27 2012, 22:36 par JeromeD