Si vous fréquentez sur twitter les mêmes personnes que moi ou pas loin, vous n'aurez pas pu passer à côté du billet comment j'ai pourri le web. Il s'agit d'un enseignant de Français qui réalise que ses élèves pompent comme des malades sur internet. Effectivement, c'est une belle découverte, et je l'en félicite, en mathématiques, soit ils trichent sur le meilleur de la classe ce qui fait qu'on peut avoir des pointes à 17 copies identiques sur une classe de 25 personnes (testé et approuvé), soit les parents ont les moyens et font appel à un prof particulier qui fera le travail, soit enfin on a une relation dans la famille qui sait faire et qui fera, parfois par accident des élèves essaient de faire le travail par eux-mêmes, et viennent même poser des questions à la fin du cours. En mathématiques on est pas chez James Bond, on est plus classique dans l'art de la triche.

Donc aux grands maux les grands remèdes, puisque les élèves sont des James Bond en puissance, l'enseignant doit prendre la place de Goldfinger et s'attaquer à la source en disséminant de fausses informations. Il n'y va pas de main morte, puisqu'il va jusqu'à glisser des informations erronées dans Wikipedia, poster de fausses infos dans les forums, aller même jusqu'à proposer des devoirs bidons à acheter, enfin tout ça vous le lirez sur son billet remarquablement écrit. A la fin bien sûr, c'est lui le vainqueur, il a pourri non seulement l'internet en y laissant de fausses informations mais aussi ses élèves car il a montré qu'il était le patron.

Avant de donner mes conclusions personnelles sur ce remarquable travail d'enseignant, je tiens à évoquer un souvenir personnel avec vous. Je suis en 1992 et je porte les cheveux longs, je suis élève en 1ère S et nous sommes déjà un peu accablés par les devoirs de mathématiques et de sciences physiques. Notre professeur d'histoire-géographie, dont j'ai perdu le nom a la bonne idée de nous diviser en groupes et de nous imposer un travail sur un pays d'Europe. Pour une raison qui m'est inconnue, je me retrouve avec mes deux acolytes à me taper un dossier complet sur le Portugal. Direction la bibliothèque et vas-y que je te prends l'encyclopédie Universalis pour en copier des passages complets, sans vérifier toutes les informations et sans parfois en comprendre totalement le sens, si c'était écrit dans l'encyclopédie Universalis alors c'était vrai. La moralité de ma fable c'est que l'internet n'y est pas pour grand chose, il a simplement facilité les procédures, il n'est plus désormais obligatoire de se déplacer à la bibliothèque, il suffit de récupérer les infos depuis son fauteuil.

Mais je m'égare, certainement le fait d'avoir des cheveux bouclés perdus pour être presque chauve aujourd'hui.

  • Notre professeur de Français vient de nous montrer que la fin justifiait les moyens. Besoin de saborder Wikipedia, une encyclopédie où des gens de façon bénévole essaient de donner la bonne information de façon libre, aucun problème, on fracasse, ça donnera l'idée à plein de petits malins. Oui il y a des coquilles dans Wikipedia, oui il est important de montrer aux élèves qu'il faut multiplier les sources d'informations, il y a même des cours pour ça avec le b2i (il a aussi la classe de faire le travail d'informatique) mais non, la fin ne justifie pas les moyens, on ne fait pas n'importe quoi pour montrer qu'on a raison.
  • Notre professeur de Français vient de nous montrer aussi que les enseignants plaçaient des pièges. Quand il s'agit d'une bataille permanente pour avoir la confiance des élèves, que cette confiance est primordiale pour emmener les élèves là où on veut les emmener, notre collègue explique que ce qui compte c'est le final, même si on a trahi l'élève. Mes jeunes sont avertis, tout ce qui ressemble à de la triche c'est 0 pour toute copie identique, ils s'arrangeront après pour savoir qui a triché l'un sur l'autre. Les professeurs ne sont pas là pour démontrer qu'ils sont des pervers qui ont du temps à perdre pour piéger les élèves ils sont là pour édicter des règles claires comme on en trouve dans la société. Je vole, je pars en prison, je triche à un examen je prends 5 ans d'interdiction de passer tout examen, je triche pendant un contrôle je prends 0. Ne soyez donc pas surpris élèves de voir un enseignant poser des pièges à loup, placer quelques peaux de banane, il ne fait que son métier.
  • Notre professeur de Français vient de nous montrer que c'était un BLOGUEUR. Le B tout seul n'aurait pas été assez fort, morceaux choisis : Avec cette expérience pédagogique j'ai voulu démontrer aux élèves que les professeurs peuvent parfois maîtriser les nouvelles technologies aussi bien qu'eux, voire mieux qu'eux. ou encore Une chose est sûre : cette expérience a, je pense, marqué mes élèves et me vaut aujourd'hui une belle réputation dans mon lycée. Je crois que nous sommes devant toutes les pathologies traditionnelles que nous connaissons et que je partage avec vous au quotidien, réputation, vanité, moi je, cet homme a de l'avenir dans le blogging, il faut poursuivre sans hésitation. Aucune solution n'est proposée à la fin du billet, par contre il aura fait le tour de la France aujourd'hui, l'objectif est atteint, banco les statistiques.

Notre brave collègue en fait n'a pas fait que pourrir le web, il pourrit aussi la vision que je me fais de l'enseignant et de l'enseignement. Ce matin j'ai fait des systèmes d'équations avec mes troisièmes, l'un des tops de la difficulté à notre niveau. Après avoir démarré les premières étapes, ça a commencé à souffler, à me demander l'utilité dans la vie de tous les jours, à crier Ô désespoir. J'ai dit : "cela fait dix ans que j'entends des gens se plaindre au même moment, ayez confiance après quelques exemples ça ira mieux". C'est peut-être parce qu'ils me voient suer tous les jours depuis 6 mois pour leur faire passer les notions, qu'ils voient que même si je colle, que je ne suis pas toujours drôle, que je fais sauter des points dans le permis, que j'appelle les parents, je suis présent pour qu'ils avancent, qu'ils ont eu la charité de me laisser poursuivre jusqu'à la fin et d'essayer à leur tour pour commencer à y arriver et arrêter de geindre .

Si demain tous les profs de France se mettent à faire les couillons pour avoir leur quart d'heure de gloire sur l'internet, c'est la guerre dans toutes les écoles, laissons donc ce monsieur profiter sa gloriole, pour les autres continuons nos avancées malgré les difficultés, des avancées qui ne peuvent être réalisées que dans un cadre clair et sain, un cadre où les adultes ne tendent pas des pièges aux enfants, mais où la confiance règne.