fantasme (n.m.) : En psychiatrie, rêverie à l'état éveillé.

Je ne sais plus comment cela est arrivé, mais d'un coup ça a été la prise de conscience générale, la claque. Nous avions compris que le schéma de l'entreprise qui gagne c'est la grosse société, seuls les plus gros réussissent à s'en sortir, il était grand temps de se lancer dans les fusions. Avec les déboires dans les années 2000 des distributions Linux les utilisateurs ont montré une forme de versatilité face à la distribution, un peu comme des singes sautant d'arbres en arbres pour aller chercher les plus beaux fruits. Mandrake, Mandriva, Ubuntu, il nous semblait évident qu'un Linux c'était un Linux, que l'utilisation d'un logiciel était la même quelle que soit la distribution et qu'au final il était totalement stérile de faire un wiki par distribution, un forum par distribution, casser les communautés quand en fait tout ceci n'est que blanc bonnet et bonnet blanc. Nous avons étendu la réflexion au-delà en se disant qu'au final, on pouvait considérer Windows, car l'utilisation de Libreoffice reste encore la même quelle que soit le système d'exploitation. Il nous fallait un nom évoquant le logiciel libre mais pas seulement, le hardware devient libre, les recettes de cuisine aussi, on fait même de la bière libre, alors nous avons choisi france-libre.fr, un nom fédérateur et que les plus anciens d'entre nous évoquent en souriant car inspiré de la vieille campagne de 2012. Nous avions le jour J redirigé l'intégralité des noms de domaine de nos sites respectifs vers ce site, accueillant, construit, avec son wiki unique. Les blogueurs nous ont rejoint et prenant conscience que pour une fois il fallait sortir du ghetto et du moi je, chacun a aussi dirigé son nom de domaine personnel, pour alimenter le blog commun, véritable tribune libriste ouverte alimentée de plus d'une centaine de billets par jour. La centralisation ne s'est pas arrêtée là, nous avons mis en commun les serveurs, nous avons mutualisé les ressources financières, nous avions obtenu une véritable union pour un portail unique du logiciel libre francophone.

Et puis, d'un commun accord, nous avons lâché nos comptes twitter pour nous inscrire sur l'instance status.net de france-libre, nous avons lâché nos facebook pour nous inscrire sur le diaspora de france-libre. Si au départ les plus grosses stars de twitter étaient réticentes, l'abandon en masse, nos arguments, la puissance de notre groupe, ont inversé la tendance, du fait de voir débarquer de façon exclusive tous les grands noms du libre, les sites informatiques généralistes ont dû faire de même, les blogueurs non linuxiens aussi, si bien qu'aujourd'hui par ce large coup de poing status.net représente 40% du microblogging d'aujourd'hui les gens ayant la liberté de décentraliser ou non leurs comptes.

Nous avions le nombre, et nous avions maintenant l'écoute, fort d'un trafic colossal, d'un dynamisme jamais vu sur le web, les partenariats avec les entreprises se sont multipliés, Linux et le logiciel libre étaient regardés avec respect, non pas en terme d'idéologie mais en terme d'action concrète. Les autres états s'inspirant de notre modèle français ont alors décidé de faire de même, nous sommes aujourd'hui en passe en 2070 de créer le site mondial où toutes les nationalités seront réunies, nous avons choisi le klingon très à la mode depuis 2050 comme langue unique. Microsoft, Google, ou Apple, ces noms ne nous font plus peur, pour ne pas dire qu'ils nous amusent, aujourd'hui tous les enfants du monde travaillent sur des logiciels libres.

J'écris ce billet en mémoire de Cyrille BORNE mon grand père qui fut un des acteurs principaux de cette bataille pour le libre, il est mort d'une crise cardiaque quand il a appris qu'on lui donnait l'ordre du mérite agricole. Il avait le bon mot, il aimait bien dire que l'union faisait la force, et que l'oignon faisait la soupe, il avait bien raison pour l'union, il serait certainement ravi de voir comment les choses ont évolué, du fait d'une simple volonté communautaire.