2012 fév. 23
Fantasme libriste
22:07 - Par Cyrille BORNE - Linux - Lien permanent
fantasme (n.m.) : En psychiatrie, rêverie à l'état éveillé.
Je ne sais plus comment cela est arrivé, mais d'un coup ça a été la prise de conscience générale, la claque. Nous avions compris que le schéma de l'entreprise qui gagne c'est la grosse société, seuls les plus gros réussissent à s'en sortir, il était grand temps de se lancer dans les fusions. Avec les déboires dans les années 2000 des distributions Linux les utilisateurs ont montré une forme de versatilité face à la distribution, un peu comme des singes sautant d'arbres en arbres pour aller chercher les plus beaux fruits. Mandrake, Mandriva, Ubuntu, il nous semblait évident qu'un Linux c'était un Linux, que l'utilisation d'un logiciel était la même quelle que soit la distribution et qu'au final il était totalement stérile de faire un wiki par distribution, un forum par distribution, casser les communautés quand en fait tout ceci n'est que blanc bonnet et bonnet blanc. Nous avons étendu la réflexion au-delà en se disant qu'au final, on pouvait considérer Windows, car l'utilisation de Libreoffice reste encore la même quelle que soit le système d'exploitation. Il nous fallait un nom évoquant le logiciel libre mais pas seulement, le hardware devient libre, les recettes de cuisine aussi, on fait même de la bière libre, alors nous avons choisi france-libre.fr, un nom fédérateur et que les plus anciens d'entre nous évoquent en souriant car inspiré de la vieille campagne de 2012. Nous avions le jour J redirigé l'intégralité des noms de domaine de nos sites respectifs vers ce site, accueillant, construit, avec son wiki unique. Les blogueurs nous ont rejoint et prenant conscience que pour une fois il fallait sortir du ghetto et du moi je, chacun a aussi dirigé son nom de domaine personnel, pour alimenter le blog commun, véritable tribune libriste ouverte alimentée de plus d'une centaine de billets par jour. La centralisation ne s'est pas arrêtée là, nous avons mis en commun les serveurs, nous avons mutualisé les ressources financières, nous avions obtenu une véritable union pour un portail unique du logiciel libre francophone.
Et puis, d'un commun accord, nous avons lâché nos comptes twitter pour nous inscrire sur l'instance status.net de france-libre, nous avons lâché nos facebook pour nous inscrire sur le diaspora de france-libre. Si au départ les plus grosses stars de twitter étaient réticentes, l'abandon en masse, nos arguments, la puissance de notre groupe, ont inversé la tendance, du fait de voir débarquer de façon exclusive tous les grands noms du libre, les sites informatiques généralistes ont dû faire de même, les blogueurs non linuxiens aussi, si bien qu'aujourd'hui par ce large coup de poing status.net représente 40% du microblogging d'aujourd'hui les gens ayant la liberté de décentraliser ou non leurs comptes.
Nous avions le nombre, et nous avions maintenant l'écoute, fort d'un trafic colossal, d'un dynamisme jamais vu sur le web, les partenariats avec les entreprises se sont multipliés, Linux et le logiciel libre étaient regardés avec respect, non pas en terme d'idéologie mais en terme d'action concrète. Les autres états s'inspirant de notre modèle français ont alors décidé de faire de même, nous sommes aujourd'hui en passe en 2070 de créer le site mondial où toutes les nationalités seront réunies, nous avons choisi le klingon très à la mode depuis 2050 comme langue unique. Microsoft, Google, ou Apple, ces noms ne nous font plus peur, pour ne pas dire qu'ils nous amusent, aujourd'hui tous les enfants du monde travaillent sur des logiciels libres.
J'écris ce billet en mémoire de Cyrille BORNE mon grand père qui fut un des acteurs principaux de cette bataille pour le libre, il est mort d'une crise cardiaque quand il a appris qu'on lui donnait l'ordre du mérite agricole. Il avait le bon mot, il aimait bien dire que l'union faisait la force, et que l'oignon faisait la soupe, il avait bien raison pour l'union, il serait certainement ravi de voir comment les choses ont évolué, du fait d'une simple volonté communautaire.
Commentaires
Aie, j'ai osé regarder si un site france-libre.fr existait
.
Doux rêve, malheureusement utopiste, s'unir c'est penser en groupe, et la pensée commune empêche généralement d'être libre.
C'est un peu : " Tous contre la pensée unique".
Pas de malaise, si un projet va en ce sens et qu'il faut un coup de main, je serais le premier à le donner.
Je t'invite à regarder ou lire le film ou le bouquin : La Vague, tiré d'une histoire vraie et qui relate comment un enseignant a créé un esprit de groupe, une communauté et comment celle-ci s'est transformé en machine à ne plus penser jusqu'à devenir une mini dictature, et ça en 5 jours, cela peut justement créer des craintes sur un site unique.
Mais si tu te lance dans l'aventure, je te suis, juste pour voir , pour le plaisir...
A bientôt.
Arnaud
Le jeudi, février 23 2012, 23:39 par Durand Arnaud
Oui bon ben en 2145, des libristes francophones d'un peu partout, qui avaient résisté dès le début du colonialisme et de l'impérialibrisme de france-libre.fr, ont retrouvé leur indépendance. Il y a eu par exemple la belle naissance de suisse-libre.ch, malheureusement très rapidement divisée en de multiples chapelles revendiquant l'autonomie d'une distribution/environnement de bureau particulier...

Il y a eu des scènes de liesses lors des multiples déboulonnages des statues de l'impérialibriste Cyrille BORNE, tout ça...
Le vendredi, février 24 2012, 08:25 par iGor
Le vendredi, février 24 2012, 08:30 par Cyrille BORNE
Ah, sérieux, je voulais pas défendre un point de vue, j'ai pas la réponse. M'avait semblé que ton billet avec une dose d'ironie, même si on peut détecter un fond enthousiaste, alors j'avais voulu continuer là-dessus.
J'y ai forcé le trait des faiblesses (et des attraits) des fissions sans fin des branches révolutionnaires face aux fusions à marche forcée des forces capitalistes.
D'ailleurs, j'avais bien glissé un "malheureusement"...
Dans les faits, d'accord avec toi, l'union fait la force. Et c'est l'histoire du balancier : après une période dans un sens, rééquilibrer les choses avec un mouvement dans l'autre sens est une bonne idée. Perso, je n'ai aucune gêne à trouver de l'aide sur un forum en .fr, aide qui vient de gens aux nationalités les plus diverses. D'autant que la direction que tu indiques me serait plus que profitable. Au fond, après 3 ans d'apprentissage de base avec Ubuntu, je ressens le besoin de tester d'autres distributions, et un site qui centraliserait toutes les informations, ça pourrait bien m'aider à faire quelques pas.
Le vendredi, février 24 2012, 08:49 par iGor
Il faut deux choses pour faire du logiciel libre, des codeurs hippies (1) et internet pour répandre le code.
- Pas de chef, juste l'envie de participer, quand on en a envie.
- Si ce qui existe ne te plait pas tu peux l'améliorer à ta convenance.
Pour le premier principe, dans notre monde oû travail=argent c'est déjà un petit miracle en soi.
Pour le second, pas besoin de demander la permission pour faire, mais rien n'est à toi, tout est à tout le monde.
*** Liberté, égalité, fraternité ! ***
On n'a jamais parlé de fédération ou d'union.
(1) voir l'allure de R.Stallman ...
Le vendredi, février 24 2012, 09:12 par toto
"l'utopie n'a de limites que celles que le rêve lui accorde. Dès lors que le rêve prend forme, avec le temps, la réalité dépasse toujours les souhaits les plus fous..."
2012, est une année symbolique au sens du calendrier maya avec la fin d'un cycle. Mais c'est aussi le commencement d'un nouveau. Il existe une frontière entre fantasme et réalité souvent très mince. Avec des hommes et des volontés tout est possible... Il suffit peut-être d'un endroit pour commencer.
Le vendredi, février 24 2012, 10:09 par hirwen
" Pas de chef, juste l'envie de participer, quand on en a envie."
Hum... C'est bien méconnaitre le logiciel libre que de dire ça. La structure des projets libre introduit souvent la notion de chef, que l'on appelle en Français "dictateur bienveillant". C'est à dire quelqu'un qui va leader le projet, le tiré dans une direction censé.
ça ne veut pas dire qu'il prend toutes les décisions, mais plutôt qu'il évite le débordement et tranche quand la communauté n'arrive pas à le faire.
Le vendredi, février 24 2012, 11:12 par Armaklan
Pour moi, ce n'est pas forcément l'idéal à atteindre : je suis d'accord, le Libre est un (joyeux) bordel, et sa fragmentation peut être une faiblesse, parfois à la limite du pénible.
Mais l'innovation nait rarement du consensus et de l'hyper-centralisation qui tourne trop facilement à la normalisation des process et des esprits. Souvent, celui qui a une idée va la soumettre à la vox populi, mais forcément ça ne plait pas à tout le monde, alors il va la développer dans son coin, s'entourer et l'améliorer.
Mais si tout est libre, ce sera repris et partagé (ou pas) et c'est tant mieux. Là est l'intérêt du Libre !
Le samedi, février 25 2012, 23:19 par Jarno