2012 fév. 21
Le beurre et l'argent du beurre
11:36 - Par Cyrille BORNE - Web - Lien permanent
Vous avez certainement pu le lire, des comptes twitter parodiant Nicolas Sarkozy ont été fermés à la demande de l'UMP. Il y a deux façons de faire fermer des comptes chez Twitter d'après ce que j'ai pu lire : le spam et l'usurpation d'identité. C'est sur cette dernière notion qu'aurait joué l'UMP en prétendant qu'il pourrait y avoir une confusion entre le candidat et le compte parodique. Comme je le précisais dans un précédent billet, Twitter reste encore un endroit pour les gens qu'on qualifiera d'éveillés aux nouvelles technologies, on montre une fois de plus la méconnaissance de l'internet des partis politiques, il faut savoir que cette pratique a été utilisée par la gauche pour de faux comptes de François Hollande. J'ai un peu de mal à saisir cette volonté, cette bataille de l'internet pour cette élection présidentielle de 2012 qui à mon sens ne se joue pas sur le net, ne devrait pas se jouer sur la communication et dans les tartes que s'envoient les candidats mais sur les idées. Twitter reste un outil ultra-minoritaire pour une poignée de geeks et d'intellectuels, lorsque l'on voit les Guignols de l'info, les journaux télévisés, les humoristes, le petit journal, le canard enchaîné nous vivons dans le monde de la caricature et de la satyre si bien qu'il parait exagéré de crier à la censure surtout pour ne rien faire derrière.
Je twittais hier mais vous ne le savez pas car vous n'êtes pas assez nombreux à me suivre sur @cyrborne : je suis surpris de voir toujours autant de monde sur twitter notamment les libristes, après la censure, j'imaginais les départs en masse. J'aurais pu vous faire un long laïus sur le fond de ma pensée, mais Tristan Nitot comme souvent trouve les bons mots pour le dire : Je suis moi même très préoccupé par ce problème de censure sur Internet. Mais il y a une chose que tout le monde semble oublier en criant à la censure : on pense que Twitter, c'est du Web ouvert, mais non. Twitter, c'est l'exemple type du Minitel 2.0 : un machin centralisé, contrôlé par une société commerciale qui décide de ce qui s'y passe ... Du coup, si on n'est pas d'accord avec Twitter, on n'a qu'a fermer sa gueule et/ou quitter le service. Mais pour aller où ? L'intérêt de tels réseaux sont justement dans le fait que leur intérêt croit avec le carré du nombre d'inscrits (Loi de Metcalfe). Comme il n'existe pas de concurrent, et qu'il est improbable qu'il s'en crée un jour, on a le choix entre arrêter d'utiliser ce service ou bien fermer sa gueule.
Bien évidement tout le monde a choisi la solution qui consiste à fermer sa gueule plutôt que de basculer vers un logiciel libre, car la solution existe, c'est status.net. Je n'aborde pas le cas d'identi.ca qui elle aussi est une société et qui par le fait ne vous laisse pas plus libre de vos propos que twitter s'il devait y avoir un problème, mais bien du logiciel qui est utilisé derrière. Ils sont quelques-uns à posséder ce système qui à mon avis, mais ce sera certainement corrigé par un spécialiste, ne permet que de communiquer avec identi.ca et pas avec twitter pour lequel il faudra encore un compte et donner l'autorisation. Identi.ca c'est bien gentil mais c'est une façon de plus de se couper d'un monde pour rester avec les joyeux libristes, ces mêmes personnes qui prônent les propos de RMS mais qui ont d'autres actes. Avec ces quelques lignes Tristant Nitot pointe précisément l'une des plus grandes faiblesses de l'esprit libre, se cloisonner complètement derrière des outils, s'empêcher de faire des gestes simples, se forcer à ne plus être comme tout le monde.
Ce qui est intéressant dans son propos c'est que l'homme qui a bouleversé le navigateur bien avant chrome, n'y croit pas. Je trouve ça étonnant d'ailleurs, mais je peux difficilement lui jeter la pierre. Jabber n'a jamais réussi, diaspora ne réussira pas, identi.ca pourrait. Pour les deux premiers je peux vous donner au moins une très bonne raison, l'absence de centralisation. Rappelez vous mes déboires avec Jabber sur les différents serveurs, si un service doit passer obligatoirement par un serveur personnel pour fonctionner ce n'est pas possible, il ne sera jamais populaire. Le cas identi.ca est mieux pensé car il propose un large serveur pour inscrire tout le monde mais la possibilité pour les gens qui voudraient décentraliser de le faire. Alors pourquoi Identi.ca ne fonctionne pas ? Car il est dans l'ombre de twitter, est une excuse, pour ma part c'est qu'il ne propose rien d'exceptionnel, de différent, d'innovant qui pourrait faire la différence. En ce moment on parle de Pinterest un nouveau réseau social apparu en 2010 et qui compte déjà plus de 10 millions de membres. Pourquoi la réussite n'est-elle que pour les autres ? Pourquoi le logiciel libre n'arrive pas à s'imposer ? Autant de questions qu'il faudrait se poser pour espérer avoir le beurre et l'argent du beurre, utiliser un logiciel libre tout en restant populaire.
Commentaires
Alors là de mon point de vue la réponse est simple :
Le monde du logiciel libre ne fonctionne qu'en monde réaction : Aucun (à part Apache peut-être) produit ou service innovant n'est directement issue du monde libre. À chaque fois il a fallu la domination d'un produit propriétaire pour avoir un équivalent libre. Il a fallu la domination d'internet explorer pour avoir Firefox, il a fallu la domination du MP3 pour avoir du Vorbis, le H264 pour avoir Webm (et je parle pas de cette daube qu'est theora), la domination de Facebook pour avoir Diaspora, twitter pour avoir identica etc etc. On pourrait allonger la liste comme ça ad infinitum.
Avec évidemment derrière la problématique où tout le monde préfère l'original à la copie. Si en plus tu y ajoutes, dans le domaine des services web, la prime au premier arrivé tu as ta réponse.
La question est de savoir pourquoi le monde du libre n'est pas capable de créer ses propres produit? Personnellement je pense que c'est parce que la démarche commerciale est moins présente. Dans le monde du logiciel/service propriétaire on identifie un marché potentiel, on crée un outil pour y répondre, on transforme ce marché en besoin à grand coup de marketing et au final on vend des tas d'outils en question. Dans le monde du libre comme on part du besoin utilisateur on part avec forcément une guerre de retard puisque que l'on arrive après le matraquage commercial du propriétaire.
Peut-être qu'un jour quand le logiciel libre aura atteint un niveau critique quelqu'un arrivera à adapter la démarche business en utilisant du logiciel libre mais pour l'instant je pense que ce n'est pas demain la veille.
Le mardi, février 21 2012, 14:05 par LordPhoenix
@ LordPhoenix : RedHat, Ubuntu
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Le Logiciel Libre c'est aussi une philosophie/idéologie.
Le problème est que c'est trop "avant tout" une philosophie/idéologie
Pour les logiciels à destination d'un public large, il faut que cette philosophie/idéologie soit moins la condition sine qua non pour utiliser ces logiciels.
Le moteur peut/doit être marqué par le Logiciel Libre, mais la carrosserie peut/doit être plus ouverte philosophiquement/idéologiquement. D'autant plus qu'il ne faut pas perdre de vue que le Logiciel Libre est quand même à contre-courant du moteur de notre société. Or il y a une trop forte tendance à vouloir imposer cette philosophie/idéologie aux utilisateurs finaux, ce qui n'est pas possible. Il est par exemple mal vu d'être pro-Microsoft ou pro-Apple et d'utiliser Identi.ca. C'est comme si pour avoir le droit d'utiliser le Logiciel Libre il était obligatoire d'adhérer à sa philosophie et de s'inscrire dans sa communauté, il fallait être libriste à son tour (le libriste serait-il en mal de reconnaissance et de considération ?).
Le terrain de jeu du libriste, c'est le moteur, pas la carrosserie; sauf à vouloir faire du Logiciel Libre un activisme politique, mais ce serait une erreur car nous aurions alors tout à perdre.
Il ne faudrait pas pour autant tomber dans l'excès inverse en abandonnant les valeurs et préceptes du Logiciel Libre.
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Je partage ton sentiment, cette élection présidentielle ne se joue pas sur Internet. Je crois qu'on peut expliquer cela par une distanciation d'avec le Web 2.0 qui apparaît de plus en plus comme merdique aux yeux de chacun, mais plus encore : c'est l'heure de la douche froide pour les internautes, l'heure de la gueule de bois tant annoncée. Ces internautes qui n'ont eu de cesse de crier qu'Internet leur appartient, ils réalisent qu'ils s'en sont fait déposséder par les majors de l'Industrie de l'Internet (Google, Amazon, Facebook, etc...), et que ces derniers ont complétement dénaturé cet outil qui, de surcroît, est en train de se retourner contre eux (espionnage, inquisition, pillage, exploitation, etc...) ! En ce sens, les Anonymous sont une réponse à la hauteur de ce désarroi par l'affirmation ferme des constituantes du Nouveau Monde.
Un tournant est à l'oeuvre concernant Internet. On va savoir dans les mois à venir si cette grande Révolution Internet va faire pschit, et le cas échéant, jusqu'à quel point.
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Maintenant que Cyrille a compris que Twitter n'est pas et ne doit pas être la même chose que MSN, il doit être intéressant de le suivre sur @cyrborne
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T.
Le mercredi, février 22 2012, 11:48 par non-je-ne-commente-pas
Précision : "qui, de surcroît, est en train de se retourner contre eux"
Eux = les internautes
Le mercredi, février 22 2012, 11:52 par non-je-ne-commente-pas
J'ai du mal à comprendre ce mélange, cette confusion entre la liberté logicielle et la liberté voire la liberté d'expression. Il y a en arrière plan ou en toile de fond cette idée tout à fait farfelue que la liberté, et de surcroît, la liberté logicielle, ne supporterait aucune entraves. C'est un point de vue d'une naïveté qui ne laisse de me surprendre... la liberté en informatique ou dans quelque autre domaine de la vie sociale, la liberté, devrais-je dire, n'est pas ce faux absolu... Le concept de liberté est le produit d'une histoire qui le détermine et le circonscrit. Et l'ursurpation d'identité est une limite, en droit (français et ailleurs certainement), de la liberté... Je ne veux pas développer plus avant... J'ai déjà écrit tout ça... C'est ici : http://www.road2mayotte.org/blook/?...
Voilà une illustration des raisons qui me poussent à moins écrire sur le Libre : le peu de rigueur de ses partisans, sympathisants et détracteurs.
Le mercredi, février 22 2012, 14:46 par Christophe
« Ce qui est intéressant dans son propos c'est que l'homme qui a bouleversé le navigateur bien avant chrome, n'y croit pas. Je trouve ça étonnant d'ailleurs, mais je peux difficilement lui jeter la pierre. »
Le raisonnement est fallacieux : l'outil, le logiciel, sa licence, n'ont rien à voir avec la liberté d'expression définie en droit français. Quand bien même l'outil serait-il libre, l'usurpation d'identité n'en serait pas moins un "délit"...
Le mercredi, février 22 2012, 14:50 par Christophe
Si tu lis l'affaire des faux comptes du candidat président, l'UMP a joué sur l'usurpation d'identité et ce n'est pas un problème de liberté d'expression mais d'utilisation d'un logiciel propriétaire avec une société derrière. La confusion était impossible pour certains comptes qui ne comportaient pas le nom sarkozy, de plus le compte du président est un compte vérifié, il porte le logo bleu comme les personnalités reconnues. La moralité de l'histoire c'est qu'on peut supposer qu'avec une instance status.net la clôture des comptes que peut qualifier d'arbitraire n'aurait pas pu se produire, car les comptes n'étaient pas dans l'illégalité, étaient dans le respect de la loi, et il aurait fallu éventuellement attaquer en justice plutôt que d'appuyer sur le levier d'une société.
Le mercredi, février 22 2012, 16:00 par Cyrille BORNE
et je rebondis bien sur ton second commentaire, je fais tout à fait la différence entre l'usurpation d'identité et l'utilisation d'un logiciel, le logiciel libre ne permet pas de faire n'importe quoi. Ma remarque quant à la création d'un réseau social libre dans le sens où le logiciel est libre et permet donc à chaque utilisateur de décentraliser son instance, existe déjà avec identi.ca. Ce que je soulignais à regret c'est que personne ne croyait dans les possibilités de ce réseau, pas même l'une des personnes qui a chamboulé l'écosystème des navigateurs. J'espère avoir clarifié ma pensée.
Le mercredi, février 22 2012, 16:03 par Cyrille BORNE
« ...avec une instance status.net la clôture des comptes qu'on peut qualifier d'arbitraire n'aurait pas pu se produire, car les comptes n'étaient pas dans l'illégalité, étaient dans le respect de la loi, et il aurait fallu éventuellement attaquer en justice plutôt que d'appuyer sur le levier d'une société. »
Disons qu'idéalement ce raisonnement tient si chaque utilisateur "maîtrise" sa propre instance status.net, ce qui, reconnais-le, est impensable ou irréaliste aujourd'hui. C'est juste une potentialité. Mais à partir du moment où une tierce partie gère un certain nombre de comptes "utilisateur", l'abus de pouvoir est toujours possible. Logiciel libre ou pas. Le problème de l'usurpation d'identité, je suis bien de cet avis, aurait dû être être soumis à l'appréciation du juge. Une entité commerciale ou associative (enfin que sais-je encore) , même solidarisée autour des "principes du Libre", n'a pas à se substituer à la justice.
Le mercredi, février 22 2012, 17:01 par Christophe