2011 déc. 12
Réflexion sur la notion de réseaux sociaux et des relations humaines.
15:16 - Par Cyrille BORNE - Cyrille - Lien permanent
Je confiais ce matin à I LOVE YOU PHILIPPE SCOFFONI que je comptais écrire ce billet le 31 janvier 2012, mais j'avais peur que l'article arrivé à maturité, pourrisse. Le 31 janvier 2012 c'est la date butoir pour fêter ses vœux, une tradition qui je dois dire me gave car je trouve qu'elle est d'une hypocrisie malsaine, faire la bise à quelqu'un qu'on aimerait mordre, j'en arrive même à gérer ma barbe pour piquer pendant cette période là. Pourtant, comme il m'arrive de réfléchir, je reconsidère aujourd'hui ma position, l'âge certainement.
A la rentrée, j'ai appelé une partie de mes anciens collègues, ceux pour qui j'avais quelques affinités, pas loin de 10 ans à travailler avec les mêmes personnes c'est censé tisser des liens, pas un n'a rappelé pour faire semblant de prendre quelques nouvelles. Il ne s'agit pas ici d'incriminer mes anciens collègues, de pleurer sur mes "amis" perdus, de m'interroger sur le fait d'être un odieux connard, je ne critique pas le choix qu'ils font, je m'interroge sur la pertinence. Je suis intéressant à plusieurs niveaux (oui, je suis intéressant). D'abord je suis un kador de l'informatique et il faut toujours avoir un kador de l'informatique dans son entourage, ensuite ne faisant plus partie de l'établissement et étant ailleurs, je pourrai apporter tout un tas de choses utiles comme des progressions ou des cours de collègues, ou ce que je fais actuellement depuis le début de l'année, j'écris à mon ancien chef d'établissement pour lui raconter les pratiques pédagogiques différentes, parfois des solutions que nous avons cherchées pendant 10 ans en passant à côté. Comme j'ai pu l'écrire ici de nombreuses fois sur ce blog, l'une des principales difficultés du métier d'enseignant c'est la solitude, la difficulté d'avoir une fenêtre ouverte sur les autres, savoir comment ça se passe ailleurs pour progresser dans son métier. J'ai quand même l'impression qu'en coupant les ponts avec moi, il sera difficile pour mes collègues de profiter de cette fenêtre. En effet, il y a de bonnes chances que nous soyons amenés à nous croiser lors de formations, ou que je reçoive un coup de fil dans plusieurs mois pour une demande d'aide, il se peut que je sois désagréable sauf si je décide de pousser la notion de professionnalisme jusqu'au bout. S'il est tout à fait compréhensible que les gens s'éloignent avec la distance et le temps, la courtoisie veut que la coupure du cordon soit lente et délicate, pas tranchante comme un coup de hache. On pardonne à un homme qui se remarie quand sa femme est morte, on lui pardonne moins quand le corps est encore chaud, c'est un peu la situation inversée que je vous expose.
Force est de constater donc, qu'un réseau ça s'entretient, et que la présence des réseaux sociaux serait finalement une alternative intéressante à cette communication pénible à entretenir, la "flamme de l'amitié". Pourtant, quoi de plus désagréable que de recevoir dans sa boîte mail de façon régulière des envois groupés, sans personnalisation, comme si je n'étais pas le Werther's Original de l'autre, un être exceptionnel. Ou encore, afficher un profil facebook consultable ou bloguer comme je le fais, c'est inviter l'autre à venir vers vous, mais ce n'est pas lui tendre la main pour montrer qu'on s'intéresse à lui. La réussite d'une communication je pense c'est son exclusivité.
Je reconnais qu'avec les années j'ai fait de nombreux impairs, et que je suis loin d'être blanc comme une colombe qui vole haut dans le ciel avec un rameau dans le bec, pour la simple et bonne raison que je ne suis pas calculateur et que je n'échappe pas non plus à l'adage loin des yeux, loin du coeur. J'entends par là que je n'ai pas monté un carnet d'adresses des 500 personnes que je dois impérativement avoir dans ma liste, savoir qui appeler en cas de problème, et pourtant j'ai dans mon entourage proche des gens plus calés que moi en informatique, des professeurs de maths agrégés, des experts en mécanique, un banquier, des vieux, qui transitent depuis des années par mon forum sans que j'ai nécessairement le besoin d'entretenir cette fameuse flamme, chacun d'eux ayant à un moment donné contribué à me donner le coup de main recherché. Les réseaux sociaux tels qu'on les connaît pourraient être des outils performants d'organisation, pourtant il n'en est rien si l'on n'a pas la volonté derrière de maintenir la relation, même de façon très ponctuelle.
Je vais commencer à lister les gens que je devrais avoir dans mon carnet d'adresses, il ne s'agit pas d'un calcul, car je ne suis toujours pas devenu calculateur depuis trois paragraphes, et ce pour deux raisons. La première, c'est que je ne voudrais pas entrer dans le comportement que je souligne aujourd'hui, je ne voudrais pas avoir l'impression de profiter de personnes pendant plusieurs années sans être capable de renvoyer l’ascenseur un jour ou manquer de courtoisie en ne prenant pas de nouvelles. La seconde c'est qu'effectivement dans la vie il peut être intéressant d'être bien entouré, et sans forcément réfléchir en terme de profit, réfléchir en tant que réciprocité, des centaines de gens pourraient défiler sur ce blog pour dire qu'à un moment donné je leur ai tendu la main de façon souvent virtuelle, chose que j'accepte de façon quasi systématique, il ne serait pas anormal que moi aussi je puisse utiliser mon réseau.
Sur le même thème on s'interroge sur les réseaux sociaux ailleurs sur la toile :
- sur infoDSI on y va franchement pour la fin des réseaux sociaux en 2012
- Ces français qui quittent Facebook
Ce qui est intéressant c'est qu'on parle ici de lassitude, de multitude de réseaux qui sont autant de raisons valables pour signaler la fin des réseaux sociaux ou leur évolution. Pour ma part ce qui me parait intéressant c'est de signaler que le concept du réseau est très bon, mais qu'il a été en fait détourné. En effet, les jeunes ont quitté les skyblog où ils exposaient leurs photos, leur vie, leurs sentiments pour reproduire la même chose sur facebook en abandonnant totalement l'aspect de communication, si l'on exclue le +1, j'aime, ou les insultes. Finalement ce web 2.0 qui se voulait interactif n'a fait que fournir de nouveaux outils pour exposer son nombril, l'internet n'a toujours pas décollé du web 1.0 ou de la télévision, vous rayerez la mention inutile.
Commentaires
1) Tu es parti de ton ancien lieu de travail. Peut-être que cela signifie qu'un nouveau prof l'a intégré ? Lui-même ayant une expérience professionnelle de son ancien collège, il peut en débattre oralement avec ses nouveaux collègues - c'est à dire tes anciens collègues (oui, comme chantait Renaud "ça fait peut-être mal au bide, mais c'est bon pour la gueule")
2) Les relations à distance finissent souvent par des échanges uniquement lorsque nous avons besoin de quelque chose. Mais il n'y a plus ces petits moments quotidiens qui nous font accepter de rendre service, si bien qu'un jour, une lassitude mutuelle s'installe dans une relation qui n'est plus nourrie
3) Les réseaux sociaux type Facebook tuent les réseaux sociaux de par leur impératif de rentabilité. De la publicité omniprésente, des jeux à la con, des tests à la con, etc... qu'on nous incite à "partager" avec nos amis. Les relations à distance se trouvent nourries de ces idioties. Alors au bout d'un moment, ça lasse.
Assez d'accord avec ta conclusion, le Web 2.0 sera passé complétement à côté de lui-même; mais pour ma part je pense que cela vient des impératifs de rentabilité.
Ses seules apports notables seraient dans les contestations populaires et citoyennes (Printemps Arabe, etc...). Mais les outils utilisés, Twitter et Facebook, ne l'ont pas tant été comme des outils Web 2.0 que comme de simples plateformes de (micro)blogs où chacun peut se faire son flux RSS personnalisé des (micro)blogs qu'il souhaite suivre. Ça fait léger, d'autant plus que les tentatives de muselage du Net font notamment suite à ce Web 2.0 qui n'aura finalement rien apporté, si ce n'est des emmerdes.
Le mardi, décembre 13 2011, 17:43 par Taneleo Social
Effectivement le nouvel enseignant permet d'enrichir les pratiques pédagogiques, toutefois un réseau ne s'arrête pas aux portes d'un établissement, je trouve dommage de fermer ces portes. En ce qui concerne la notion de service, je sais que je n'hésiterai pas par exemple à faire appel à des anciens collègues de BNP Paribas car l'éloignement s'est fait en douceur. Je comprends bien que le temps use et c'est normal, l'impolitesse c'est encore autre chose.
Le mardi, décembre 13 2011, 21:14 par Cyrille BORNE