2011 janv. 22
Musique, piratage, évolution de la société, que faire sinon attendre ?
07:41 - Par Cyrille BORNE - Web - Lien permanent
Le groupe cake est le premier des ventes de disques aux états unis actuellement, pour les plus âgés d'entre vous cake s'était fait connaître il y a environ 15 ans avec la reprise de Gloria Gaynor "I will survive" dans une version rock qui n'a pas pris une ride. La particularité de cette première place c'est qu'elle correspond au record des plus mauvaises ventes réalisées pour un album aux États unis, preuve en est que la musique se vend mal ou disons que le modèle économique actuel de la musique a passé son tour. Les raisons sont bien connues, ou du moins les raisons des artistes et des maisons de disque, le piratage, mais Pascal Nègre PDG d'Universal Music France va encore plus loin puisqu'il préconise la limitation du nombre d'écoutes sur les sites de streaming légaux qui ont passé des accords avec les majors et qui par le fait reversent de l'argent pour les titres qui sont exploités sur leur plateforme. Le raisonnement de Pascal Nègre tient la route, au bout de 35 écoutes d'un titre on se dit que l'individu devrait en théorie passer à la caisse. Sachant qu'avec le développement de l'internet mobile, de la miniaturisation, de l'augmentation de la couverture du réseau, on peut imaginer que dans 10 ans il sera possible de faire son jogging dans le Cantal non plus avec son baladeur mp3 mais avec son baladeur deezer. A y réfléchir, on peut aujourd'hui faire son jogging avec son baladeur radio FM et écouter gratuitement la musique, avec des titres qui passent plusieurs fois en boucle sans qu'on en fasse un drame, la différence vient du fait que l'on choisit sa programmation musicale et qu'on ne subit pas les pubs, il serait donc logique de voir apparaitre de façon obligatoire des publicités diffusées au bout d'un certain temps dans les sites de musique en ligne avec une augmentation de la contribution. On pourrait même imaginer un système qui donne plus d'argent aux artistes les plus écoutés, tant il est facile ici de cibler le nombre d'écoutes pour un artiste.
Contrairement à des gens comme Guillaume Champeau du site Numérama je n'ai pas la prétention de connaître le métier des autres et de leur apporter la solution, on pense bien sûr à la licence globale qui résoudrait d'après eux largement les problèmes. Ce qui par contre est certain c'est qu'on voit bien que cela ne marche plus, que le discours des représentants des maisons de disque à l'instar des gouvernements qui ne maîtrisent absolument pas les nouvelles technologies et leur direction, sont complètement dépassés dans la course folle dans laquelle nous nous sommes engagés. Tout va trop vite, et pourtant les vieilles machines n'ont pas encore rendu l'âme et les artistes n'ont pas l'air de trouver les solutions pour se débarrasser de ces intermédiaires oppressants, pour preuve Sinclair dont on attend avec impatience le nouvel album qui avait monté sa maison de production pour s'émanciper à l'époque de EMI vient de passer chez Warner.
Alors que j'ai été un gros consommateur de musique, de livres, de bandes dessinées, de DVD, enfin disons d'objets culturels, pour ma part j'ai tout arrêté sauf la bande dessinée et le livre de poche. En étant geek on a pris l'habitude de voir les évènements être chamboulés, les révolutions, mais actuellement tout va réellement trop vite et j'attends une stabilisation ou plutôt une orientation claire pour moins sentir le pigeon. La sortie Star Wars en bluray serait le genre d'évènement qui me ferait investir dans un lecteur, mais je fais la grève de la consommation. J'ai eu les épisodes 4, 5 et 6 en VHS, j'ai actuellement l'intégrale en DVD, je dis stop au couillonnage. De la même façon, si j'achète encore de façon ponctuelle des albums à 3 € en mp3 à 320 kbps, je réalise qu'acheter du mp3 c'est quand même une hérésie, il s'agit d'un format complètement obsolète et on serait en droit aujourd'hui d'acheter des pistes au format WAV pour assurer la conversion vers le format d'aujourd'hui mais aussi de demain. L'industrie de la consommation essaie de nous faire croire qu'il est normal qu'un produit possède plusieurs vies et nous pousser à l'achat, tout comme aujourd'hui il est normal que dans la grande distribution on vous annonce que la durée de vie d'un ordinateur portable c'est trois ans quand certains portables vendus il y a dix ans sont encore en état de marche.
Pour moi la seule façon de sortir de ce cycle infernal c'est la dématérialisation pour la simple et bonne raison qu'elle fait abstraction d'une partie de la technologie, même si elle induit des problèmes différents. Si demain j'achète un kindle et que je me paye un livre chez Amazon, je suis propriétaire d'une œuvre virtuelle, si dans cinq ans mon kindle lâche, je reste encore propriétaire de l'œuvre et même si Amazon ne fonctionne plus du tout sur la même technologie, l'appareil qu'il me vendra doit me permettre d'accéder à l'intégralité de mes œuvres sans que j'ai à me soucier de renouveler la totalité de ma collection. Les limites du système sont évidentes, la liberté de disposer de ses œuvres est perdue puisqu'elles sont détenues chez un tiers et il reste à espérer que le tiers en question ne fasse pas faillite sinon tout est perdu.
L'avenir du consommateur mais aussi de la culture tel qu'il est en train de se profiler est certainement plus obscur que les hadopi et autres lois considérées comme liberticide, le consommateur pour ne plus subir les technologies devra faire des choix qui vont à l'encontre des libertés individuelles, l'alternative pour refuser ce système dans peut être 50 ans ou moins sera de vivre dans une culture du passé loin des appareils connectés.
