2010 sept. 23
Blacksad dix ans de bédé de qualité c'est encore possible en 2010
20:58 - Par Cyrille BORNE - bédé - Lien permanent
Dans mon dernier billet bédé que vous devriez d'ailleurs louer régulièrement car je fais des propositions bien meilleures que des pulls pour Noël, j'évoquais les déboires de la bande dessinée franco belge à travers la difficulté de garder un produit de qualité et fini à travers les années sans que ça parte en sucette. SinBad fut une bonne surprise, et là je viens d'acheter le dernier Blacksad, 4 tomes en dix ans de qualité égale, et quelle qualité.
Il est difficile de comprendre l'univers de Blacksad sans parler de ses auteurs Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, et notamment le dernier, le dessinateur qui sort tout droit de l'école Disney. Vous le savez quand on travaille chez Disney on prend pour habitude de dessiner des animaux qui chantent des mélodies guillerettes à vomir et c'est donc sans étonnement qu'on retrouve Blacksad un homme à tête de chat noir, un monde d’animaux anthropomorphes pour reprendre l'expression de Wikipédia. Seulement loin des atmosphères joyeuses des chants des sept nains et du roi lion, on retrouve un univers de policier américain des années 50 où les situations les plus adultes, sexe, drogue et violence cohabitent avec des dessins somptueux mais quand même décalés par rapport à l'ambiance noire même si ce n'est pas une première puisque Benoît Sokal nous on a pondu l'inspecteur Canardo (qui est un canard pour les plus faibles d'entre vous). Dans le tome 4 ambiance Jazz et nouvelle Orleans, notre héros poursuit quelqu'un et se retrouve au beau milieu du carnaval, c'est certainement l'une des planches les plus belles et les plus riches que j'ai eu l'occasion de voir dans ma collection, on est très généreux chez les auteurs.
Le premier tome est préfacé par Régis Loisel à qui l'on doit la quête de l'oiseau du temps et qui possède l'un des plus grands coups de crayons de la bédé, il dit en substance que le dessin est une grande claque dans la gueule qui force l'humilité et c'est peu de le dire. La transposition de l'univers Disney dans cette atmosphère sombre du polar des années 50 est une vraie réussite, originale, qui colle finalement parfaitement au scénario puisqu'il ne s'agit pas d'un simple effet de style, on parle par exemple de racisme entre les espèces au tome 2, la nature animale des personnages revient de façon omniprésente dans la série. L'une des forces de la série réside aussi dans le fait que les tomes sont indépendants même si l'on retrouve des personnages récurrents, dire que si le prochain tome est une bouse n'est pas une fatalité serait exagéré, mais ce qui est certain c'est que si demain les auteurs veulent passer à autre chose ils n'auront pas besoin de bâcler une conclusion hâtive par excès de précipitation.
Avec ce dessin sublime, ces enquêtes bien écrites et comment dirai je, oui, ce manque de pression sur la cohérence d'une histoire complète qui peut s'arrêter n'importe quand, Blacksad est l'une des meilleures bandes dessinées actuelles qui mérite d'être dans toute collection qui se respecte, en tout cas au pied du sapin parce que les pulls en laine c'est fini maintenant, tu entends ? C'EST FINI !
