Prise de position : choisir ses distributions quand on est marié, deux enfants, avec un emploi du temps de ministre
Par Cyrille BORNE le vendredi, mars 19 2010, 23:10 - Distributions / Tests - Lien permanent
En bricolant ces derniers jours sur mon serveur à domicile, j'ai pris conscience que ce que j'appelle la vieillesse de debian lenny présente au moins un intérêt colossal : la pérennité de la documentation pendant au moins deux ans. On réalise en effet que maintenir le wiki Ubuntu par exemple c'est un peu le travail de Sisyphe, vous savez ce grand gars costaud qui faisait remonter un rocher de façon éternelle au sommet de la montagne, ici c'est un peu pareil. Sans considérer que tous les six mois, la documentation intégrale parte à la poubelle et qu'il faille tout recommencer, même si la trame de fond reste la même, une quantité de modifications infinitésimales tout le long du document en fait un travail de titan qui découragerait plus d'un personnage de la mythologie grecque.
Avec debian une documentation de qualité est posée pour deux ans, et finalement tout le monde y trouve son compte. Celui qui écrit, celui qui lit et qui l'applique, si bien sûr on s'affranchit de la soif de nouveauté logicielle. On peut donc sans surprise comprendre pourquoi une grosse partie des serveurs tournent sur debian. Peut on envisager pour autant une utilisation de debian en tant que client ? Si à un moment donné je me suis interrogé sur une migration de ma salle informatique sur des Ubuntu en LXDE, je réalise aujourd'hui que s'il fallait faire des mises à jour tous les six mois, je n'y arriverai pas. Les outils présents sous debian Lenny permettent à mes élèves de réaliser l'intégralité de leurs travaux informatiques, de valider les acquis du b2i, de rédiger leurs rapports de stage et moi ça me permet de respirer, de consolider et d'affiner.
A domicile, après avoir longtemps cru en Fedora et son aspect pseudo rolling release qui m'apparaissait séduisante, je réalise qu'Ubuntu est vraiment la distribution du bon compromis si on ferme les yeux sur les chemins glissants qu'emprunte Mark Shuttleworth. Fedora et la configuration pénible de SELinux, Fedora et ma carte Radeon, Fedora et l'installation d'une imprimante samba où il faut déclarer le user et modifier le pare-feu, j'en passe. Je pourrai parler de Frugalware aussi, je vois d'ailleurs que Frédéric lutte avec des bugs dans son dernier billet, d'autres distributions plus ou moins complexes ou aussi faciles qu'Ubuntu, mais l'envie n'est plus là, perdue dans le temps qui file. Comme dans l'intitulé référence aux aventures d'un AL Bundy qui passerait moins de temps devant la télé, je peine déjà à trouver le temps pour utiliser les logiciels, alors vous comprenez bien que batailler pour configurer le système d'exploitation, je passe largement mon tour. Ubuntu ça vaut ce que ça vaut, ça a le mérite de marcher, d'être assez riche en paquets, de pouvoir démolir sa distribution avec de nombreux ppa, etc ...
En conclusion. Que choisit l'homme marié, actif, pressé, "paternisé" de 35 ans qui administre plusieurs dizaines de machines dont au moins 25 Linux dans un petit Lycée agricole du Cantal.
- pour le pédagogique, debian sans conteste, car comme le disait Jack Lang ou Félix Gray et Didier Barbelivien vous rayerez la mention inutile, il faut laisser le temps au temps. Debian c'est bien pour les solutions durables, c'est bien parce que ça laisse le temps de planifier les choses, c'est bien parce que c'est fiable, et c'est aussi bien parce que c'est Linux et que même si j'ai des soucis parfois avec les imprimantes, et bien le souvenir de la salle informatique à mon arrivée sous Windows 98 me confirme que j'ai pris la bonne décision.
- pour le pédagogique si j'avais de très vieilles machines, sans conteste toutoulinux l'adaptation française de puppy linux. De plus en plus beau, toujours aussi léger, toujours aussi riche. L'idée serait bien évidemment d'équiper les écoles souvent mal fournies, même si ça change, mais on se rend compte que pas mal d'instits sont accrocs à leurs vieux logiciels pédagogiques Windows.
- pour le pédagogique côté pare-feu / proxy : Ipfire. Même si effectivement c'est mal de mélanger le pare-feu et le proxy, si je devais poser dans un établissement scolaire une solution radicale pour éradiquer la plaie facebook des heures de cours, c'est réalisé de façon très complète en trente minutes. Les différentes solutions proposées sont certainement intéressantes, mais je me suis tellement habitué à Ipcop et donc son descendant Ipfire avec les années et ça marche tellement bien, que je n'ai pas encore trouvé la nécessité d'aller voir
- A domicile, Ubuntu version stable. Fini le temps de la rigolade avec les versions alpha. Alors certes, je me coupe de l'utilisation par exemple de la dernière version de 2ManDVD qui utilise les librairies qt supérieures à Karmic que je trouverai dans Lucid au mois d'avril, mais ça me laisse le temps d'écrire autre chose et quand viendra le moment, je refondrai l'intégralité de la documentation.
- En nomade Ubuntu Netbook Remix, du Ubuntu avec une interface vraiment efficace, l'une des plus belles réussites de Canonical.
- Pour mon serveur de test, debian lenny, pour les raisons exposées plus haut.
Gens du planet-libre, je réalise à travers les différents échanges, qu'à mon âge, je commence à entrer dans la catégorie des dinosaures. La moyenne d'âge dans les salons jabber du planet-libre ou même de frugalware est atrocement basse et je peux comprendre que le message ne touchera pas nécessairement tout le monde. Gardez toutefois dans un coin de l'esprit la parole Bornienne. Un jour vous regretterez peut être le temps où vous aviez autant d'heures libres que de boutons sur la figure, vous penserez peut être à celui qui sera encore en train d'écrire à la retraite au pied d'un châtaigner, quand vous serez écartelé entre le travail, les gamins qui vomissent, votre vie sociale et le reste, quand vous verrez votre temps libre se réduire à une peau de chagrin, alors viendra aussi pour vous le temps des choix et des compromis.


