Les bonnes vieilles recettes fonctionnent encore et toujours
Par Cyrille BORNE le vendredi, janvier 29 2010, 13:10 - Web - Lien permanent
Je ne suis pas réellement d'humeur trollesque, encore plus sur ce sujet, je
fermerai donc exceptionnellement les commentaires. Il ne s'agit pas en effet
dans ce billet de refaire le monde mais plutôt un moyen pour moi de synthétiser
à voix haute un peu ce qu'on peut voir actuellement sur le thème de l'hadopi,
des offres légales, enfin ce qu'on pourrait appeler quelque part la vente de
produits culturels ou leur "vol". Tout ce qui est écrit est bien évidemment
contestable et je connais les arguments qu'on peut y opposer, je rappelle
toutefois que l'essence même d'un blog reste avant tout l'écriture pour soi
même si ce n'est pas la bonne manière
de progresser au classement wikio. Les gens qui ont réellement quelque
chose à dire sauront le faire par mail, c'est un bon test d'ailleurs pour
différencier les convaincus des gens en quête de polémique.
La première chose qui me gène dans tous les articles qu'on peut lire, c'est le
mélange entre la défense de nos intérêts, la liberté d'expression, le concept
de big brother, le téléchargement pirate, la licence légale, les utopies. On a
souvent tendance à mettre en avant le flicage avant le téléchargement, sans
tenir compte de cet aspect qui pour ma part me choque, celui du gamin qui
n'hésitera pas à mettre 500 € dans son portable sans compter l'abonnement, 150
€ dans une paire de Nike, mais qui n'achètera pas un disque à 6 € ou moins, car
qu'on le veuille ou non même si l'offre légale ne couvre pas tout, j'ai connu
une époque où l'album se vendait à 150 balles de francs, soit plus de 20 €, ce
n'est pas la première fois que je fais cette réflexion, mais à l'époque (je ne
ferai pas l'effort de retrouver le billet), l'offre légale était tout de même
moins compétitive, des nouveautés à 5 € l'album on en trouve et pas qu'un peu,
de nombreux sites en streaming permettent de plus d'écouter avant d'acheter. Le
cas du gamin que je donne c'est mon quotidien, aucun de mes élèves n'achète de
disque. Alors effectivement on voit poindre ici ou là des spécialistes qui
expliquent qu'une taxe sur les réseaux p2p, la musique libre, la licence
globale ou d'autres sont les solutions pour que chacun y trouve son compte.
Comme je l'ai dit plus haut il ne s'agit pas de refaire le monde, alors trois
exemples :
- La parole des artistes, vous pouvez parcourir le site numérama dans la période Radiohead qui vendait son album au prix désiré par les internautes, le groupe a certainement fait jouer le buzz mais n'a, à ma connaissance jamais donné les recettes de cette vente qu'il n'a d'ailleurs jamais réitérée. La parole de Mano Solo enfin qui a lui aussi produit par ses moyens son avant dernier album : « L'autoproduction, ça ne peut pas marcher. J'en ai vendu 2 800 par souscription et le distributeur du CD n'a pas fait son boulot. Je suis la preuve vivante qu'on ne peut pas se passer des majors. J'en ai marre de ces médias qui n'arrêtent pas de cracher sur elles. Sans Warner, Mano Solo n'existerait pas. Ces firmes, ce ne sont pas des mécènes, elles sont là pour se faire du blé. C'est normal que ces gens te jettent si tu n'es plus compétent à leurs yeux. Pourquoi devraient-ils garder ceux qui ne vendent plus ? Ceux qui ne rencontrent pas leur public doivent dégager, c'est tout. Il y en a marre de ces considérations. La presse est complice de ça. Il faut arrêter de se leurrer : oui, le piratage nuit à la diversité et Myspace, c'est pathétique, ça fait peur, ce n'est pas là qu'on trouve l'avant-garde. Et personne en France n'a été révélé grâce à ça. Le MP3, ce n'est pas faire la révolution, c'est fabriquer des chômeurs. » Certes les propos sont peut être durs, exagérés, mais au moins il aura eu le mérite d'essayer et d'échouer.
- Deezer qui aura profondément changé nos habitudes de consommation musicale, illégal au début puis signant à tour de bras des contrats avec des majors se porte mal. Changement de patron avec perte de 3 millions d'euros pour l'année 2009, le site ne réussit pas à créer assez de comptes premium payants au point d'annoncer les rumeurs les plus folles comme la fermeture prochaine du site.
- Jamendo qui a monté un catalogue de musique libre avec possibilité de reverser de l'argent aux artistes qu'il publie cherche actuellement un repreneur et a licencié son personnel.
Comprenez bien que le but n'est pas de tirer sur l'ambulance, mais bien
d'essayer de démontrer que les majors ont encore de beaux jours devant elles
même si les alternatives existent, se développent mais pour l'instant la
solution miracle n'a pas été encore trouvée, on a besoin de mettre la main à la
poche pour faire tourner le système. Je reste tout de même persuadé qu'une loi
limitant la facilité à télécharger tout et n'importe quoi ne peut pas être
mauvaise en soi, si bien sûr on ne se préoccupe pas d'un éventuel moyen de
contrôle de l'information et de privation de nos libertés comme on nous
l'annonce de façon régulière.
L'autre soucis bien sûr c'est la crédibilité de nos défenseurs et le manque
d'engagement de la population. Attention je ne dis pas que la cause est
mauvaise, je ne dis pas non plus que ces gens sont des hypocrites même si
parfois on a l'impression qu'on se sert de nos libertés individuelles pour
couvrir le téléchargement pirate, mais je dis que les moyens employés sonnent
souvent faux. On peut citer par exemple la journée de la casserole que veut mettre en place la ligue
odebi, l'idée étant d'afficher les casseroles que peuvent se trainer les
députés qui ont voté cette loi. Comment interpréter ce message ? Si mon
député a les mains sales alors je peux m'en donner à cœur joie ? Si ce
n'est pas ceci qu'on veut véhiculer, en tout cas cela y ressemble. J'abordais
en introduction de ce paragraphe, le manque d'engagement de la population, la
quadrature du net qui s'est fait connaître lors des débats houleux sur le
projet de loi Hadopi menace de cesser ses activités faute de financement. L'exemple de la quadrature du net cadre avec le
sujet du billet, mais en fait le mal être est plus profond que cela. Nous,
acteurs du logiciel libre, savons comment il est difficile de fédérer,
financer, trouver ne serait ce qu'une personne capable de faire une remontée
d'anomalie ou même d'avoir un merci. Les exemples sont nombreux, j'avais fait
un peu de remous à l'époque avec tuxfamily, il y en a d'autres, mais sortons un peu du
cadre de l'informatique pour parler du tissu associatif en général. J'ai des
collègues très impliquées dans les associations du coin ou même dans la vie
politique, qui me faisaient part de leur inquiétude en voyant que le
renouvellement au sein des association ne se faisait pas, ce qu'on pourrait
traduire au final par il n'y a que des vieux.
J'ai tendance à dire que dans la vie sauf vraiment la faute à pas de chance, on
a souvent ce qu'on mérite. Avec une population qui ne pratique pas la
modération et qui refuse de jouer le jeu du passage à la caisse, impactant
directement les nouvelles propositions d'offres légales et alternatives qui
vont peut être jeter l'éponge. De l'autre côté, une loi certainement
liberticide et ce sera pire avec la suite mais qui est mal combattue car au
final on ne se bat que lorsqu'il s'agit de fermer le robinet du piratage sans
avoir l'honnêteté de constater un problème de fond bien réel quant à la
relation entre les gens, l'argent et le culturel, nous méritons amplement ce
qui nous arrive.


