Le métier d'enseignant c'est assez indescriptible, à force de vivre dans la déception on se nourrit de petits rien, façon Amélie Poulain. Je fais ma ronde en salle informatique le café à la main, je vois deux élèves derrière moi que j'avais l'an dernier en informatique, elles sont en train de réaliser leur rapport de stage sous openoffice, et là c'est sous dia qu'elles font les différents diagrammes qu'elles vont utiliser dans le document. Bien sûr elles m'interpellent, car le jeune pense qu'il a la connaissance, et qu'en trois clics de souris l'affaire est faite, je rappelle ici comment faire l'export du diagramme en jpg, je rappelle là comment faire un diagramme circulaire, le jeune est vif, à peine les premières paroles sont prononcées que je n'ai pas besoin de finir la phrase, c'est fait. Des debian partout, des élèves qui travaillent avec des logiciels libres, une salle qui finalement ne nécessite que l'entretien de mes expérimentations bizarres ou de mes quelques erreurs de débutants à l'époque, je pense que Richard Stallman est fier de moi, que Linus Torvald pourrait me mettre une tape amicale dans le dos (en m'arrachant le bras), et que le framablog devrait m'accorder une entrevue comme à Philippe.

Le problème c'est que cette liberté que je donne à mon établissement, tout le monde s'en fout. C'est un peu exagéré mais pas nécessairement loin de la vérité, je vois en salle des profs qu'on se bat pour le seul poste Windows que j'ai bien voulu laisser pour des problèmes de compatibilité matérielle, pour les élèves c'est au début une horreur parce que ce n'est pas Windows, qu'on peut rien installer, que le filtre parental est un peu sauvage et puis comme les autres ils finissent par se résigner. J'avais du faire un billet sur le bon dictateur, c'est bien mon cas, je contrains 110 personnes à utiliser ce que je veux bien qu'ils utilisent, ils ne savent pas que c'est bon pour eux, ce qui finalement compte c'est que moi je le sais, et ce qui bien sûr compte pour eux c'est que je sois présent pour gérer le moindre petit incident.

Je vais m'offrir un peu de délire ce soir mais c'est l'ambiance qui le veut, nous sommes un peu dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs on peut faire un peu de philosophie de comptoir ça fait du bien en cette veille de weekend. Les commentaires fourmillent dans tous les sens, je vais essayer de faire un tir groupé sur ce que m'inspire les nombreuses réactions sur les deux derniers billets. Je pense déjà que ce qui suit ne s'adresse pas au commun des mortels, mais bien aux tordus de l'informatique dont je fais partie. Si l'on prend mes gentils utilisateurs, si je me lançais dans l'importance de ne pas se lier à des logiciels tiers ou de l'importance des formats libres, ils me prépareraient ma camisole et ils auraient bien raison. Ces débats sont certainement inutiles, ne changeront pas la face du monde cela dit je suppose que les pécheurs qui doivent parler de la qualité du hameçon pendant des heures, ou des passionnés d'automobile peuvent comprendre l'espace de quelques secondes en tout cas, le fait qu'on puisse parfois ne pas être raisonnable dans ses passions (c'est bon d'être un homme).

Je pense que l'informatique c'est pareil que les chevaliers du Zodiaque c'est un peu la quête du septième sens pour pouvoir enfiler une armure d'or. Au départ la découverte, on installe tout et n'importe quoi, on plante la machine, certains ne passeront jamais ce cap. Puis l'on devient plus prudent, on apprend la sélection de ses logiciels, certaines règles de bon sens, un jour on découvre aussi l'éthique à savoir que pirater pour 100.000 € des logiciels dont on a besoin finalement que de 5% des capacités c'est idiot, on se lance alors dans les logiciels gratuits et souvent libres, puis un beau matin on finit sous Linux. C'est certainement à partir de là qu'intervient le point de divergence majeur et le nouveau pallier à franchir. Il y a moins d'un an, j'étais pour un Linux efficace, sans se soucier de la notion de format propriétaire, de logiciels tiers, j'étais à la recherche d'un Windows gratuit, et je l'avais effectivement trouvé en la présence d'Ubuntu. Ma rencontre avec Christophe Gallaire le Grand Maître C du blog qui intervient régulièrement avec des phrases hautes en couleur m'a permis de changer ma position sur pas mal de points, pour moi l'informatique n'est plus que technique mais aussi philosophique. Le mot philosophique fait nécessairement penser à de la masturbation intellectuelle, néanmoins les gens qui décident d'arrêter de voler des logiciels propriétaires ou de les dupliquer si certains sont gênés par le terme ont déjà fait un premier pas, avec la place que tient aujourd'hui l'informatique dans notre société notamment grâce aux réseaux sociaux qui entrainent des drames, des suicides ou de terribles erreurs de jeunesse dont on n'imagine pas les répercussions dans quelques années, toute cette débauche technologique doit s'accompagner d'un minimum de réflexion.

Prenons le passage de Brakbabord même s'il n'est qu'un noob qui trouve qu'Oblivion est difficile : On tape sur Ubuntu par pure jalousie: c'est la seule distribution qui ramène de nouveaux utilisateurs... C'est depuis que Ubuntu existe que les "statistiques" de Linux montent en flèche. Il y a 5 ans encore, personne ne connaissait Linux, ou alors il avait la réputation d'être "trop dur à utiliser". Maintenant quand tu parles de Linux à quelqu'un, il connait obligatoirement Ubuntu, et il y a une chance sur deux pour qu'il te dise qu'il a déjà essayé. Comme tu l'as dit, le libre a une image lourdingue. Le libre c'est surtout composé de barbus qui ne supportent pas de voir des utilisateurs avec un QI inférieur à 160 et qui n'ont pas de bac +8 en assembleur. Pour être accepté dans le monde du libre, tu dois assassiner 3 PDG de marques de logiciels propriétaires, tu dois bruler tes jeux propriétaires et tes Cd de windows, et surtout tu dois utiliser des distributions 100% libres, quitte à ne pas avoir d'affichage, de wifi et de son. L'argument de la jalousie a été repris par d'autres, désolé de ne pas vous citer, mais je dois dire que cet argument est un peu bancal. La majorité des détracteurs que je peux lire en ce moment sont des anciens utilisateurs d'Ubuntu qui connaissent fort bien la distribution. Les raisons évoquées sont multiples, je place la mienne contrairement à d'autres qui pourraient trouver la distribution trop bling bling sur un plan purement philosophique comme précisé plus haut, car c'est un fait incontestable Ubuntu est de loin la meilleure des distributions notamment quand on débute, en 20 minutes comme le fait remarquer nyme on a un véritable système fonctionnel. Quand je lis les propos de Marc Shuttleworth j'ai l'impression de voir une espèce de Christophe Colomb qui débarque sur une terre vierge, la banquise en l'occurrence et qui fait totalement abstraction des coutumes locales qui souffrent effectivement de certaines dérives comme le fait remarquer Brakbabord. Alors oui effectivement grâce à lui on a connu l'Amérique mais on a quand même massacré tous les indiens. C'est cela le problème qui se pose avec cette distribution qui est en train de modifier profondément la philosophie Linux, car même si le troll était un peu fort, aujourd'hui et c'est vrai pour le commun des mortels Ubuntu = Linux. Comme je l'ai déjà dit, Marc Shuttleworth est un homme d'affaire, la sensation que j'ai en utilisant Ubuntu est la même que celle que j'ai quand j'utilise Gmail, je trouve ça très bien mais je m'attends tôt ou tard à un énorme coup de bâton façon guignol car malheureusement la logique commerciale d'une entreprise entraine parfois de mauvaises surprises, Google a par exemple supprimé certains de ses services sans préavis ou presque, les gens ont pu alors réaliser l'importance de ne pas se vouer totalement à un service tiers sans porte de sortie.

vikin a fait quelques remarques très intéressantes notamment par rapport à la présence des dual boot ou à devoir retourner à l'âge de pierre de l'informatique pour ne pas utiliser certaines technologies on pense notamment à flash. Effectivement on peut comme Christophe qui est l'un des seuls que je connaisse, pousser ce raisonnement jusqu'au bout, à savoir qu'il n'utilise aucun logiciel propriétaire, on arrive là à ma limite, je le confesse, je n'ai pas sa force de caractère même si j'essaie de faire le maximum d'efforts. Il faut toutefois être réaliste, passer sous Linux c'est tout de même sur certains points faire machine arrière par rapport à Windows, l'installation de logiciels en ligne de commande pour ne citer qu'un des très nombreux exemples de régression par rapport à l'OS de Redmond. Ainsi vikin, les gens qui passent sous Linux font tout de même le choix de certains sacrifices, restent à savoir jusqu'où ils sont prêts à aller pour rester totalement libre.

L'idée de cette suite de billet n'est pas de dénigrer le travail d'Ubuntu qui écrase tout sur son passage à tous les points de vue, dans la communication comme dans la technique notamment dans la diversité des paquets, la simplicité et j'en passe. Il s'agit juste de faire une piqure de rappel pour se souvenir d'où l'on vient pour mieux savoir vers quoi on veut aller.