On a découvert dernièrement un nouveau mot : illectronisme, plutôt pas
mal pour le scrabble. Il s'agit à la façon de illettrisme de l'incapacité d'une
partie de la population à se servir d'appareils électroniques pour accéder à
des ressources numériques. D'ailleurs on remarquera que les illettrés ont
double peine, impossible d'accéder à un document sur internet si on ne sait ni
lire ni écrire. Dans les tranches de population on ne s'étonnera pas de trouver
nos amis les vieux, mais cela devrait être du provisoire, imaginez la belle
génération de papis qu'on va donner à en remontrer à nos petits enfants, plus
surprenant on fait référence aux jeunes qui ne seraient bons qu'à faire clic
clic mort mort le monstre ou clic clic me voilà avec un verre à la main sur
internet. En 2013 il est tout à fait possible de se passer d'un ordinateur. La
grand mère de ma femme vit très bien sans internet, cela ne l'empêche pas à 80
ans de faire toutes ses démarches dans sa vie quotidienne. Ma mère encore
active c'est pareil, il m'est arrivé pour lui faciliter la tâche d'utiliser
internet notamment pour des documents administratifs, mais elle vit très bien
sans ordinateur, l'informatique simplifie la vie, mais on peut très bien vivre
sans.
A lire l'article, celui-ci ou quelques autres, il s'agit d'une véritable catastrophe, au
point qu'on puisse écrire Comme une personne illettrée, quelqu’un atteint
d’illectronisme ressent un sentiment de honte, et tente à tout prix de
dissimuler ses difficultés. ce qui est absolument n'importe quoi.
L'illectronisme ne peut être défini aussi simplement que le fait de ne pas
savoir lire ou écrire, ce n'est pas aussi binaire. J'ai nombre de collègues qui
pour moi sont atteints d'illectronisme, si on sait lire ou pas, il y a
plusieurs niveau de compétence informatique. Du "j'ai contaminé le PC avec une
clé USB" pour la quatrième fois de l'année à "montre moi comment on fait du
publipostage dans LibreOffice", il n 'y a pas une informatique mais des
informatiques, et quand bien même on serait incapable d'utiliser la souris ce
qui est peu crédible tant c'est intuitif, il n'y a pas de honte à cela, je le
répète à nouveau ce n'est pas un handicap pour la majeure partie des
français.
En fait, ce n'est pas ici où l'on devrait regarder, mais plutôt du côté des
compétences des décideurs en informatique, car là il y a peut être de quoi
avoir honte. On apprenait dernièrement que l'état dépensait plus de 300
millions d'euros en logiciels propriétaires par an, plus de 50 millions de
licence chez Microsoft. Comprenez que si Madame Michu ne sait pas ce qu'est
un ordinateur et qu'on peut vivre sans, un état en crise qui cherche à faire
des économies, se retrouve à débourser 300 millions par an qui pourraient être
investis ailleurs.
Alors que la circulaire de Jean-Marc Ayrault était pour le moins
encourageante, on n'a pas l'impression que ça bouge plus que cela. La mauvaise
décision, du fait de l'incapacité à la prendre car on n'a pas la compétence
pour le faire, c'est elle qui devrait faire honte. Je lisais cet article édifiant où dans un lycée américain on
avait fait la distribution de 1200 ipads, c'est un échec cuisant car si l'on
connait le besoin informatique et des élèves, et des enseignants, si on sait ce
que c'est un jeune, un bon décisionnaire sait que c'est de l'argent perdu,
qu'il faut des salles informatiques bien équipées et dont on peut remplacer
facilement les pièces pour durer. Il n'est pas nécessaire d'aller si loin pour
voir des décision de ce type, Lordi dans ma région prend une tournure
similaire, la région Languedoc étant à la pointe des technologies devrait
refuser le remboursement de certains livres papiers au profit de leur version
numérique, il faut se précipiter le plus vite possible dans l'avenir pour
dépenser plus et mal, sans prendre de recul.
A l'heure actuelle, où il serait important de tout rationaliser, de tout
freiner, des gens qui ont le pouvoir et qui ont la prétention de ne pas être
atteint d'illectronisme car ils ont un iphone, ont la pire des maladies,
l'incompétence. Le logiciel libre ne perce pas alors qu'il serait si simple
pour 99% des besoins des administrations de ne pas renouveler les licences
propriétaires au profit des logiciels libres. J'irai même plus loin, on devrait
développer notre propre distribution Linux pour répondre à la majorité des
besoins, on mettrait un manchot tricolore ou même footix pour faire
l'économie du logo. Au lieu de subir la cadence que nous impose les gros
groupes informatiques, nous poussant de plus en plus vers le cloud, pourquoi ne
pas imaginer une distribution nationale utilisable de l'école maternelle à la
plus haute des administrations. Comme il faut bien acheter des ordinateurs et
des imprimantes, un petit partenariat avec l'entreprise qui fournira les
pilotes qui vont bien pour un matériel peu onéreux et compatible.
Il n'est pas honteux de ne pas savoir faire les choses, ce qui est honteux
c'est de prétendre qu'on sait les faire et d'impliquer les gens qui pensent
qu'on a la compétence quand on ne la possède pas, c'est là une véritable
trahison.
A propos
Je m'appelle Cyrille BORNE et au moment où j'écris ces lignes j'ai 37 ans, je suis professeur de mathématiques au Lycée Agricole le Cep d'Or de Clermont L'Hérault, accessoirement j'en suis aussi le dictateur informatique. Je raconte ici mes nombreuses expériences, qu'elles soient pédagogiques ou informatiques, sans détour, réussites ou échecs cela n'a pas d'importance pourvu qu'on les partage.
Enfant je n'ai jamais rêvé de devenir président de la république, par contre je rêvais de parcourir mers et océans. Comme il faut toujours réaliser ses rêves d'enfant j'ai navigué de-ci de-là et connu de nombreuses îles. Le besoin de larguer les amarres est toujours présent et, chaque fois que possible, je mets le cap ailleurs.
L'informatique ? elle n'a jamais été un rêve pour moi mais un outil indispensable lors de la création de ma première boite. Informatisé en 1987 si je me souviens bien ; alors il fallait se débrouiller avec les moyens du bord. Gnu/Linux ensuite car la liberté y était pratiquement totale. Même maintenant ce goût de liberté domine dans le choix de mes os, ou plus précisément de mes distributions. Debian principalement.
Aucun goût pour le prosélytisme mais une envie de partager avec, en point de mire essentiel, l'envie que chaque utilisateur puisse rester maître de sa machine et, chaque fois que cela est possible, fasse en toute connaissance de cause ses propres choix.
Merci à Cyrille de nous permettre de tracer un petit bout de route ici.
cep
J'ai fait mes débuts dans l'image par le cinéma et la sémiologie. La rencontre, fin des années 90, avec le photographe brésilien Renato Assis (1952-2012) m'a réorienté définitivement vers la photographie.
Après une (trop) longue parenthèse exclusivement littéraire (formation doctorale et enseignement), j'ai travaillé dans le milieu artistique (danse, musique...) avant de m'engager dans une approche documentaire plus humaniste centrée essentiellement sur les violences et les exclusions.
L'informatique est avant tout, pour moi, un merveilleux outil de partage et de développement des connaissances.
Christophe

