Nous sommes lundi au moment où j'écris ce billet, je ne travaille pas mais c'est la reprise. Même si le travail personnel est réalisé il n'en reste pas moins que le lycée, l'école reprennent. Je dois par exemple penser à envoyer à mes collègues le brevet blanc que doit récupérer une élève qui était aux portes ouvertes de son futur établissement et qui souhaitait tout de même faire l'évaluation. Le métier d'enseignant est certainement l'un des plus bouffants en terme de capacité intellectuelle, car vos pensées sont absorbées de trois façons :
- il n'y a pas une semaine d'école qui se ressemble. Chaque semaine son lot de modification, d'animation, d'activité, d'examens, de modification du quotidien auquel il faut penser, demain par exemple j'ai deux conseils de discipline, je ne peux pas récupérer les enfants il faut que mon épouse y pense.
- l'administratif est particulièrement lourd, actuellement nous sommes en plein dans le brevet d'un côté, dans l'orientation de l'autre. Les procédures sont complexes, on vous envoie des brochures de 40 pages avec tous les cas spécifiques, des informations apparaissent, détail ou indispensable, difficile de savoir, les documents de l'éducation nationale dont nous sommes tributaires ne visent jamais l'essentiel. On rajoutera à cela les réformes en cours pour l'année de troisième, le livret de compétence simplifié, pas vraiment plus simple et dont on ne sait toujours pas réellement quoi faire et on comprend pourquoi on parle d'urgence de simplification de l'administration. Parfois pour un même élève, on passe par quatre ou cinq plateformes informatiques différentes, on se demande parfois à quoi sert l'informatique ou si ceux qui livrent les programmes ont bien compris le sens, l'informatique sert à simplifier. Partir de l'élève plutôt que du reste, aurait été tellement plus simple, l'identifiant unique existe déjà, une fiche élève avec tout dedans me paraitrait pour ma part plus judicieux que la multiplication des services autour de l'élève.
- penser à la place des élèves, c'est certainement là le plus éprouvant. L'élève ne pense pas, n'est jamais au courant de rien, ne se souvient de rien, ou disons ne se souvient que de ce qu'il arrange. L'élève peut passer trois mois à oublier sa calculatrice, il n'oubliera jamais son smartphone. Demain je dois ramasser les cahiers de maths des élèves qui n'ont pas pensé à me les donner avant les vacances, laissant un délai à ceux qui pensaient que dans un cahier de maths on peut mettre des dessins, des smiley et qui par le fait découvrent que le prof de maths pense qu'un cahier de maths c'est propre et sans fioriture, penser à sanctionner derrière si ce n'est pas fait parce qu'on sait pertinemment que l'élève pendant les vacances n'y aura pas pensé. La particularité de nos établissements agricoles outre le fait que nos élèves ne soient pas nécessairement les plus simples, c'est certainement la proximité, l'encadrement qu'on leur donne, si bien qu'on pense souvent à eux, pour ne pas dire qu'on pense pour eux.
Cette insouciance d'élève, je la vois chez mes enfants. A neuf et dix ans et
demi, j'en demande peut être trop, mais quand je vois mon fils qui part
régulièrement à l'école en pantoufles ou sans son sac à dos, je désespère. Il
faut leur rappeler les gestes du quotidien de façon quotidienne justement, il
faut penser à eux pour tout. C'est angoissant d'ailleurs, à deux niveaux,
angoissant parce qu'on sait que si on ne passe pas derrière pour tout, les
choses ne seront pas faites, quand est ce qu'il y aura le déclenchement,
l'autonomie de base tant attendue dans un monde où l'on doit penser tout le
temps, on angoisse alors par anticipation en se disant que ça ne viendra jamais
et quand ils auront passé les trente ans il faudra être encore derrière eux.
Penser au quotidien bien sûr, le frigidaire bien rempli, les bouteilles d'eau,
prendre la voiture c'est regarder le plein d'essence, à quand la prochaine
vidange, les témoins d'usure des pneus, les témoins d'usure des pneus de sa
femme qui n'a toujours pas compris ce qu'est un témoin d'usure, la lessive,
étendre le linge, rentrer les affaires d'hiver, le ménage. Penser à
l'extraordinaire aussi, je suis actuellement dans la fin de vente d'un
appartement et dans le début de l'achat d'une maison, je vous raconterai quand
ça aura avancé, du bornien dans toute sa splendeur, penser bien sûr au
déménagement et à tous les papiers qui vont avec. Penser au paranormal, je ne
parle pas des extraterrestres ou des fantômes mais des choses auxquelles il ne
faudrait pas penser car elles n'ont pas lieu de se réaliser mais qui pourtant
se réaliseront peut être : pourquoi n'ai je pas encore reçu de facture
d'eau ? Les impôts m'ont ils oublié ? Pourquoi ma banque me refuse un
chèque de remboursement que je fais de 1947 € ? Ah parce qu'il manque 45 €
de pénalité pour le remboursement anticipé et ils ne peuvent pas l'encaisser et
me réclamer 45 € après ...
Je lisais cet article où il est justement question de burnout ou burn-out
c'est selon, c'est à dire le fait qu'on n'arrive plus à suivre la cadence de la
société. L'auteur met en avant le fait que les outils technologiques ont
exacerbé la sollicitation intellectuelle, vous noterez que dans ce qui précède
je ne fais nullement référence à la technologie, sauf peut être pour la
paperasserie liée à l'enseignement mais c'est plus un état d'esprit qu'un lien
avec l'informatique. D'après ce que j'ai écrit on pourrait se dire que dans mon
cas, l'enfer c'est les autres, ce n'est pas le cas, les gens qui vous diront
qu'ils sont heureux seuls et sans enfant ne doivent pas être si heureux que
cela quand on voit le business juteux des sites de rencontre. L'individu qui
répond aux questions toujours dans l'article écrit qu'il est nécessaire de
trouver des rythmes différents afin de ne pas tomber dans la lassitude, son
propos me fait sourire. Parfois il faut accélérer, parfois il faut lever le
pied, le monsieur écrit ceci comme si on avait vraiment le choix. Si je ne fais
pas preuve de cette acuité permanente au lycée ce sera une catastrophe pour mes
élèves, pour mes enfants n'en parlons pas, on les retrouverez après une semaine
comme deux sauvages avec des lianes et des araignées géantes dans leur chambre.
Les secrets pour éviter de tomber dans le burn-out sont les suivants :
rigueur, organisation, faire des choix.
La rigueur et l'organisation entrent en conflit direct avec ce qu'écrit le
monsieur. Pour ma part justement ce n'est pas une question de changement de
rythme mais bien d'entrainement régulier et permanent. Un gars qui fait un
marathon ne décide pas un matin de faire 80 km, un autre de rester devant la
télé à manger des chips, il s'entraine. Le quotidien est plus simple à aborder
quand on sait comment le prendre, la répétition est le meilleur des exercices,
pour poursuivre le parallèle avec le sportif, l'hygiène de vie en fait partie,
quand on est un jeune à la retraite on peut difficilement faire n'importe quoi, rogner
sur le sommeil par exemple. La rigueur c'est vaincre la procrastination, oui
c'est lourdingue de faire des choses qu'on pourrait repousser à plus tard, mais
il faut se faire violence, quand les choses sont faites elles ne sont plus à
faire, c'est autant de choses à penser en moins. Les nouvelles technologies
viennent d'ailleurs à mon secours, les mails, l'agenda partagé, le cahier de
texte en ligne ou la to do list sont autant d'outils qui me permettent de
m'organiser plus facilement.
Le choix, j'en avais déjà parlé, comme je l'ai précisé un jour dans un billet,
il est impossible de tout faire, être sur tous les réseaux sociaux, se lancer
dans des centaines de projets qu'on ne finira jamais, avoir toutes les consoles
de jeu, avoir tous les jouets électroniques au monde. Mais là encore, j'en
reviens à la technologie car je suis technophile et c'est ici que j'ai tendance
à le plus perdre de temps. Debian Wheezy est sortie pour exemple quasiment dans
l'anonymat le plus complet, ce qui illustre peut être la mauvaise santé de
Linux ou autre chose, mais choisir Debian c'est s'offrir le luxe de ne pas
penser à son système, ses systèmes car j'ai une tripotée de Debian à moi
partout. Ce qui s'applique aux nouvelles technos s'applique à n'importe quelle
passion, certaines personnes se lancent dans des dizaines de projets à la fois,
font plusieurs sports, multiplient les activités et par le fait se mettent
elles mêmes en situation de burnout.
La vie n'est
pas simple elle n'est pas funky, être un adulte c'est devenu réellement le
parcours du combattant, et malheureusement qu'on le veuille ou non, un fond de
psychorigidité aide pour vivre mieux.













