Cyrille BORNE et Associés

Annuaire Soutien Veille Docs Forum

2013 mai 3

I AM, peut-on faire du rap après 40 ans ?

J'ai découvert le groupe I AM au premier album, "de la planète Mars". ce qui nous renvoie en 1991. A l'époque on devait jouer les Tam-Tam de l'Afrique, une chanson sur l'esclavage. Sur les deux premiers albums de I AM, il est difficile de définir un thème, se moquer un peu de la société peut être, comme avec les chansons attentats 1 et 2 où I AM racontent deux soirées qu'ils dynamitent, on se moque des gars en Harley, des gens qui se la racontent, ce qui ressort c'est vraiment le manque de sérieux et l'amusement, un côté drôle revendiqué, un rap sans prétention. I AM se fait connaitre avec "je danse le mia", un rap facile à écouter, avec des sample disco, qui raconte les soirées des années 80, la nostalgie, le ridicule, c'est un carton. Le troisième album, l'école du micro d'argent est un tournant pour le groupe, on passe de la gaudriole la plus complète à un rap particulièrement sérieux, pas né sous la même étoile par exemple fait le parallèle entre les enfants qui sont nés avec la cuillère en argent dans la bouche et ceux qui n'ont rien, petit frère raconte à l'époque les enfants qui veulent grandir trop vite et qui veulent de l'argent facile, le texte reste d'actualité encore aujourd'hui. Avec cet album I AM devient plus légitime, plus donneur de leçons, un peu comme tous les rappeurs, puisque le rap français à la base, reste un style à texte, à revendication. On notera aussi le début de la vieillesse, le titre quand tu allais, on revenait qui reste une de mes chansons préférées, transpose le monde des rappeurs à celui des samouraï en faisant comprendre que les jeunes rappeurs en sont au début de leur parcours quand le groupe I AM est passé maître du bushido verbal. On y voit donc les premières traces de vieuconnisme de ceux qui ont franchi le cap de la trentaine et qui veulent montrer aux petits jeunes qu'ils ont encore du chemin à faire. Les albums quatre et cinq sont à fuir, le groupe a totalement noyé son identité marseillaise son humour dans un son américain, pas chantant pour deux sous aux textes particulièrement difficiles à comprendre. Nous voilà pour le très attendu sixième album studio de I AM, arts martiens la dernière apparition qui se voulait mémorable c'était le concert au pied des pyramides totalement éclipsé par la réconciliation du Suprême NTM l'éternel rival.

Tu as donc passé les quarante ans, tes tours de béton sont bien loin, tu as eu des gosses, tu t'es embourgeoisé, tu as vieilli, est ce que tu as encore le droit de rapper ? Quand on voit le live de NTM de 2008 on comprend qu'à 40 ans tu as encore la patate, je vous invite à voir le concert de deux heures au parc pour réaliser qu'on a encore une patate pas possible. Mais en fait c'est un peu de la triche, car NTM sur le coup n'a rien inventé, s'est contenté de ressortir ses vieux textes et de relancer une mécanique parfaitement huilée, la seule prise de risque était physique, elle a comme je l'ai précisé était totalement écartée. Rapper à 40 ans passés c'est donc une prise de risque, au niveau du flow, la voix de Shuriken et d’Akhenaton sont immuables et n'ont rien perdu de leur superbe, on en doutait pas. Au niveau des lyrics ce qui était le gros problème des précédents albums on a une vraie patte française, on a balayé l'américanisme pour un rap agréable à l'écoute qui n'est pas sans rappeler le troisième album, l'école du micro d'argent. C'est donc au niveau des textes qu'on attend les hommes, pas les gamins, parce qu'à 40 ans tu es un homme et le résultat est plutôt décevant. I AM était un groupe qui savait raconter des histoires, je dirai qu'un bon tiers de l'album tourne autour de attention on n'est pas vieux, spartiate spirit en est le parfait exemple, un autre tiers c'est "attention comme on a quarante ans on peut pas parler de nos rhumatismes alors on va te parler de notre jeunesse quand on était des racailles", il reste donc un tiers pour le reste. Deux chansons notables : habitude sur les clochards, pain au chocolat sur le racisme qui montre que le groupe sait encore écrire sur les thèmes de société avec un vrai talent.

En conclusion, il s'agit d'un très très très bon retour d'I AM, qui pour ma part s'est réconcilié avec lui même, nous ramenant globalement au niveau de l'album trois. Il y a tout de même de nombreux regrets, la rage en fait partie, ils n'en ont plus, I AM n'a plus faim comme souvent c'est le cas chez les rappeurs. I AM c'était le groupe qui au victoire de la musique, devant les ministres et Drucker qui chantait independanza encagoulé comme les corses à l'époque, la provocation, l'humour, ce qui fait que les rappeurs sont les proches parents des blogueurs tout ça s'est évaporé avec les années. Alors oui on peut encore rapper à 40 ans, NTM l'a démontré physiquement, I AM le prouve avec un album réussi, il semblerait qu'on ne rappe plus tout de même comme avant.

Avec un peu de chance et d'espoir, les supers héros du Saïan doivent se reformer, sachez que si c'est raté je passe sous Mandrake 9.1.

201304artsmartiens.jpg

2013 avr. 10

Quand je suis prêt pour la musique libre - épisode 3

J'évoquais dans l'épisode précédent mon utilisation de Rhythmbox et l'installation du plugin qui va bien pour profiter de Jamendo. Depuis Rhythmbox est parti, j'ai installé sur le conseil d'Arnaud le lecteur Clementine. Excusez moi une, pause musicale, CLEMENTINE QUAND TU FERMES LES YEUX, TU DEVINES LE MERVEILLEUX, CLEMENTINE PRENDS NOUS DANS TA BULLE BLEUE, TANT PIS SI C'EST DANGEREUX !!!!!!!!!!, c'est fou, cette manie, c'est comme si j'avais un toc musical. La gestion de Jamendo par Rhythmbox était pour le moins médiocre, j'ai de plus lu chez Laurent la vache libre que le projet était abandonné. Clementine c'est vraiment classe, ça gère pas mal de choses facilement, les paroles, les couvertures, le téléchargement direct des albums de jamendo et j'en passe.

201304clementine.png

Comme vous pouvez le voir Clementine gère les listes intelligentes, il suffit donc de se mettre sur les meilleurs morceaux de la semaine, chaque semaine, pour renouveler un peu l'écoute. Une fois qu'on a trouvé une chanson qui tape dans l’œil, enfin dans l'oreille, on prend l'album, éventuellement on passe directement sur Jamendo, le site, qui va vous proposer des écoutes similaires. Dans les découvertes musicales, anabase*, un groupe français qui fait de la pop très classe, ça fait penser un peu à Evanescence. Le diablo Swing Orchestra dont j'ai parlé quelques fois ici, croisement de metal, d'opéra, un style vraiment décoiffant, qui change. La particularité de l'écoute de musique libre c'est certainement le fait qu'on écoute des choses qu'on aurait jamais écouté avant, Bo Moonlight c'est du classique Russe au piano, c'est beau, c'est simple. Ki Sap groupe de Reggae, un peu reggaeton, le concert que je vous mets dans le lien est bien énervé, de nombreux bons morceaux.

Cela fait maintenant plus de un mois que je suis passé en mode libre, déjà que je ne m'intéressais plus à la musique commerciale, j'ai encore moins envie de m'y intéresser, j'ai su résister à toutes les envies irrépressibles de télécharger le dernier Justin Bieber ou du Rihanna, sans trop de difficultés d'ailleurs, c'est dire que la musique libre vous libère vraiment ou alors c'est autre chose.

201304anabase.jpg201304diabloswing.jpg201304bomoonlight.jpg201304kisap.jpg

2013 fév. 26

Quand je suis prêt pour la musique libre - épisode 1

J'ai toujours établi un lien précis entre le vieillissement et la musique. Comprenez que j'ai toujours considéré qu'on était vieux quand on écoutait les mêmes titres sans renouvellement ou presque depuis 5 ou 10 ans. Ma mère qui écoute dangereusement du Dalida, du Julio Iglesias qu'elle doit encore sévèrement kiffer en cachette la coquine, illustre parfaitement cette problématique, cela fait 37 ans qu'à chaque fois que je monte dans sa voiture elle m'impose la même torture et je la suspecte d'y prendre goût. Je pense que je suis vieux, j'écoute toujours du NTM, du Saïan Supa Crew, je me suis même surpris la dernière fois à écouter les Cure, le constat me parait évident. Alors j'ai pris les choses en main, j'ai lutté contre ma vieillesse et j'ai décidé de faire une cure de jouvence. Je suis allé voir sur le site de la Fnac toutes les nouveautés qui sont sorties. Voici ce qu'on y trouve : des compilations, des chanteurs qui ont du mal à relancer leur carrière moisie et qui font des reprises de chanteurs morts, quelques rares nouveaux albums de gens que je ne connais pas etc ... Si l'on regarde ce qui se fait aujourd'hui je devrais écouter la fouine, booba (mon petit ourson), Rihanna dont on connait plus les photos déshabillées dans twitter que les chansons, il aurait fallu que je m'attache à Lady Gaga mais on a pas eu le temps, on est passé de star mondiale à portée disparue.

J'ai essayé, je vous le promets, j'ai tenté ma chance, mais j'ai rapidement passé mon tour, le son est réellement insupportable. Parallèlement à ça, je n'écoute plus la radio qui était une façon propice à l'époque pour découvrir de nouveaux talents, je ne regarde plus la télé ce qui était aussi une occasion, enfin je n'attends plus grand chose. Bob Marley ne fait plus rien à part des compilations, ce qui est étonnant lui qui était si productif, le dernier album de Sinclair est une vraie déception pour rester correct, je me contente en fait de suivre l'actualité de Danakil et de Kana. Je suis donc en situation d'échec musical, je suis totalement détaché de la musique actuelle, je ne me sens pas non plus dans l'obligation de suivre l'actualité contrairement à un jeune qui doit avoir écouté et liké le dernier bronzkibot, d'ailleurs la production n'est destinée qu'aux plus jeunes.

Je me vois un peu comme une variante du mythe de la caverne de Platon, que j'aime utiliser en toute circonstance. Enchainé à mon rocher à regarder la télévision, à écouter la radio pendant des années, l'univers musical était nécessairement lié pour moi à une musique de consommation, à une musique qui s'achète. J'ai cassé tout seul mes chaines en me coupant de l'écoute de ce type de média, je me suis affranchi des goûts musicaux qu'il faut avoir pour être prêt à écouter n'importe quoi, même le gars qui chante avec sa guitare au fond de son garage, cela ne peut pas être pire que ce qu'on écoute en ce moment à la radio ou ce qu'il faudrait écouter pour rester djeuns.

Nous verrons dans un prochain billet, les site d'écoute pour de la musique libre, les quelques trouvailles peut être. Sachez toutefois que lorsqu'on voit la pochette ci-dessous, les nouveautés, le niveau de la création musicale vendue, on peut s'interroger sur d'autres motifs que le piratage pour expliquer la déroute actuelle de la musique.

201202pioupiou.png

- page 1 de 6