J'ai découvert le groupe I AM au premier album, "de la planète Mars". ce qui
nous renvoie en 1991. A l'époque on devait jouer les Tam-Tam de
l'Afrique, une chanson sur l'esclavage. Sur les deux premiers albums de I
AM, il est difficile de définir un thème, se moquer un peu de la société peut
être, comme avec les chansons attentats 1 et 2 où I AM racontent deux soirées
qu'ils dynamitent, on se moque des gars en Harley, des gens qui se la
racontent, ce qui ressort c'est vraiment le manque de sérieux et l'amusement,
un côté drôle revendiqué, un rap sans prétention. I AM se fait connaitre avec
"je danse le mia", un rap facile à écouter, avec des sample disco, qui raconte
les soirées des années 80, la nostalgie, le ridicule, c'est un carton. Le
troisième album, l'école du micro d'argent est un tournant pour le groupe, on
passe de la gaudriole la plus complète à un rap particulièrement sérieux, pas
né sous la même étoile par exemple fait le parallèle entre les enfants qui sont
nés avec la cuillère en argent dans la bouche et ceux qui n'ont rien, petit
frère raconte à l'époque les enfants qui veulent grandir trop vite et qui
veulent de l'argent facile, le texte reste d'actualité encore aujourd'hui. Avec
cet album I AM devient plus légitime, plus donneur de leçons, un peu comme tous
les rappeurs, puisque le rap français à la base, reste un style à texte, à
revendication. On notera aussi le début de la vieillesse, le titre quand tu
allais, on revenait qui reste une de mes chansons préférées, transpose le
monde des rappeurs à celui des samouraï en faisant comprendre que les jeunes
rappeurs en sont au début de leur parcours quand le groupe I AM est passé
maître du bushido verbal. On y voit donc les premières traces de vieuconnisme
de ceux qui ont franchi le cap de la trentaine et qui veulent montrer aux
petits jeunes qu'ils ont encore du chemin à faire. Les albums quatre et cinq
sont à fuir, le groupe a totalement noyé son identité marseillaise son humour
dans un son américain, pas chantant pour deux sous aux textes particulièrement
difficiles à comprendre. Nous voilà pour le très attendu sixième album studio
de I AM, arts martiens la dernière apparition qui se voulait mémorable
c'était le concert au pied des pyramides totalement éclipsé par la
réconciliation du Suprême NTM l'éternel rival.
Tu as donc passé les quarante ans, tes tours de béton sont bien loin, tu as eu
des gosses, tu t'es embourgeoisé, tu as vieilli, est ce que tu as encore le
droit de rapper ? Quand on voit le live de NTM de 2008 on comprend qu'à 40 ans
tu as encore la patate, je vous invite à voir le concert de deux heures au parc
pour réaliser qu'on a encore une patate pas possible. Mais en fait c'est un peu
de la triche, car NTM sur le coup n'a rien inventé, s'est contenté de ressortir
ses vieux textes et de relancer une mécanique parfaitement huilée, la seule
prise de risque était physique, elle a comme je l'ai précisé était totalement
écartée. Rapper à 40 ans passés c'est donc une prise de risque, au niveau du
flow, la voix de Shuriken et d’Akhenaton sont immuables et n'ont rien perdu de
leur superbe, on en doutait pas. Au niveau des lyrics ce qui était le gros
problème des précédents albums on a une vraie patte française, on a balayé
l'américanisme pour un rap agréable à l'écoute qui n'est pas sans rappeler le
troisième album, l'école du micro d'argent. C'est donc au niveau des textes
qu'on attend les hommes, pas les gamins, parce qu'à 40 ans tu es un homme et le
résultat est plutôt décevant. I AM était un groupe qui savait raconter des
histoires, je dirai qu'un bon tiers de l'album tourne autour de attention
on n'est pas vieux, spartiate spirit en est le parfait exemple, un autre tiers
c'est "attention comme on a quarante ans on peut pas parler de nos rhumatismes
alors on va te parler de notre jeunesse quand on était des racailles", il reste
donc un tiers pour le reste. Deux chansons notables : habitude
sur les clochards, pain au chocolat sur le racisme qui montre que le
groupe sait encore écrire sur les thèmes de société avec un vrai talent.
En conclusion, il s'agit d'un très très très bon retour d'I AM, qui pour ma
part s'est réconcilié avec lui même, nous ramenant globalement au niveau de
l'album trois. Il y a tout de même de nombreux regrets, la rage en fait partie,
ils n'en ont plus, I AM n'a plus faim comme souvent c'est le cas chez les
rappeurs. I AM c'était le groupe qui au victoire de la musique, devant les
ministres et Drucker qui chantait independanza
encagoulé comme les corses à l'époque, la provocation, l'humour, ce qui fait
que les rappeurs sont les proches parents des blogueurs tout ça s'est évaporé
avec les années. Alors oui on peut encore rapper à 40 ans, NTM l'a démontré
physiquement, I AM le prouve avec un album réussi, il semblerait qu'on ne rappe
plus tout de même comme avant.
Avec un peu de chance et d'espoir, les supers héros du Saïan doivent se reformer, sachez que si
c'est raté je passe sous Mandrake 9.1.

A propos
Je m'appelle Cyrille BORNE et au moment où j'écris ces lignes j'ai 37 ans, je suis professeur de mathématiques au Lycée Agricole le Cep d'Or de Clermont L'Hérault, accessoirement j'en suis aussi le dictateur informatique. Je raconte ici mes nombreuses expériences, qu'elles soient pédagogiques ou informatiques, sans détour, réussites ou échecs cela n'a pas d'importance pourvu qu'on les partage.
Enfant je n'ai jamais rêvé de devenir président de la république, par contre je rêvais de parcourir mers et océans. Comme il faut toujours réaliser ses rêves d'enfant j'ai navigué de-ci de-là et connu de nombreuses îles. Le besoin de larguer les amarres est toujours présent et, chaque fois que possible, je mets le cap ailleurs.
L'informatique ? elle n'a jamais été un rêve pour moi mais un outil indispensable lors de la création de ma première boite. Informatisé en 1987 si je me souviens bien ; alors il fallait se débrouiller avec les moyens du bord. Gnu/Linux ensuite car la liberté y était pratiquement totale. Même maintenant ce goût de liberté domine dans le choix de mes os, ou plus précisément de mes distributions. Debian principalement.
Aucun goût pour le prosélytisme mais une envie de partager avec, en point de mire essentiel, l'envie que chaque utilisateur puisse rester maître de sa machine et, chaque fois que cela est possible, fasse en toute connaissance de cause ses propres choix.
Merci à Cyrille de nous permettre de tracer un petit bout de route ici.
cep
J'ai fait mes débuts dans l'image par le cinéma et la sémiologie. La rencontre, fin des années 90, avec le photographe brésilien Renato Assis (1952-2012) m'a réorienté définitivement vers la photographie.
Après une (trop) longue parenthèse exclusivement littéraire (formation doctorale et enseignement), j'ai travaillé dans le milieu artistique (danse, musique...) avant de m'engager dans une approche documentaire plus humaniste centrée essentiellement sur les violences et les exclusions.
L'informatique est avant tout, pour moi, un merveilleux outil de partage et de développement des connaissances.
Christophe





