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Le blog de Cyrille BORNE

"Monsieur votre blog il est nul y a pas de photos et on comprend rien !". Bienvenue sur le blog de Cyrille BORNE geek à la campagne.

Terry Pratchett : le cinquième éléphant

J'avais trouvé le précédent opus "carpe jugulum" particulièrement pénible à lire. En effet pour la première fois Pratchett introduisait dans son univers les vampires et leurs serviteurs les igor, ce qui fait qu'au delà de toute forme d'histoire on avait l'impression que le livre n'était finalement bon qu'à faire une parodie des films d'horreur des années 50. Dans le cinquième éléphant, le commissaire divisionnaire Vimaire le flic par excellence marié à Sybil Ramkin une riche noble de la cité d'Ankh-Morpork faisant de lui le duc d'Ankh est envoyé en tant qu'ambassadeur en Uberwald avec les talents diplomatiques qu'on lui connaît. L'Uberwald est un pays où vivent plus ou moins en paix les nains, les loups garous, les humains et les vampires, va être couronné le nouveau roi des nains, un roi progressiste qui veut faciliter la modernité dans ce pays de tradition. Le soucis c'est que cela ne plait pas à tout le monde, le scone qui est une espèce de crotte géante en pierre, symbole de la légitimité du roi a été volé. Vimaire mène l'enquête, qui a fait le coup ? Les loups garous ? Les vampires ou les nains conservateurs ?

Alors que les bouquins de Pratchett ne sont pas toujours simples avec beaucoup d'évènements simultanés qu'on arrive à assembler de façon confuse à la fin, ici le puzzle de l'enquête est clair et bien mené. On retrouve tous les personnages du guet qui se sont ajoutés au fur et à mesure des années, le troll détritus et son arbalète géante, le caporal petitcul qui porte des robes au grand désespoir des nains traditionalistes, le capitaine Carotte et sa collègue Angua une louve garou. Les livres de Pratchett souvent au delà de la parodie contiennent une morale, ici elle est bien sûre accès sur le progrès et la tolérance.

Cela doit bien faire 10 ans que je lis les annales du disque monde et ce n'est certainement pas la série la plus culturelle du monde. Par contre ce qui est certain c'est que le divertissement, l'amusement est omniprésent, il est de plus agréable de se projeter dans un univers que l'on connait si bien et qui s'étoffe à chaque opus.

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L'histoire d'une amitié contrariée

Les libraires sont des gens bizarres. Pour un peu que vous vous intéressiez à eux, ils déploieront des trésors de patience et de recherche pour vous satisfaire. Mais si vous ne jugez pas utile de bien les traiter, quelle que soit votre fortune personnelle, vous en serez réduit aux commandes qui n’arrivent pas et aux ouvrages épuisés.

Helen Hanff, elle, fait à l’origine partie de la seconde catégorie de clients, ce qui n’est pas étonnant pour une Américaine de New-York peu après 1945. Mais la lecture d’une petite annonce dans un journal va la faire basculer de l’autre côté de la barrière. Cette petite annonce, bien ordinaire pour l’époque, c’est celle d’un libraire londonien, Marks&Co, qui vante son fonds de livres anciens et épuisés. Et la jeune femme, malgré des finances assimilables à la fosse des Mariannes après la fonte des pôles, va se lancer dans une correspondance passionnée et lucrative avec les libraires, et tout particulièrement avec Franck Doel (ça se prononce comme Noël, ça doit être un peu français écrit-il).

La jeune américaine, auteur de romans sans succès et de scripts invendus pour la télévision et le cinéma, a décidé de refaire par elle-même la culture générale dont elle a manqué lors de son enfance. Elle avale les ouvrages, dévore les tomes, engloutit les classiques, qu’elle commande toujours à son libraire de l’autre côté de l’Atlantique, et c’est leur correspondance qui est présentée dans "84 Charing Cross Road". En échange des recherches industrieuses de Franck, elle enverra plusieurs fois par an de somptueux colis de victuailles aux Anglais qui, malgré la fin de la guerre, souffrent toujours du rationnement. Lui de son côté lui trouvera des trésors de bibliophilie, des premières éditions, des exemplaires splendides de tout ce qu’elle lui demandera, et lui fera crédit lors des divers revers de fortune que la jeune écrivain subira.

Cet ouvrage est un petit bijou de drôlerie et de sensibilité qui réconcilierait n’importe qui avec le roman épistolaire. Encore que roman ne s’applique pas totalement à cette publication de lettres réellement échangées entre Helen Hanff et Franck Doel entre 1949 et le décès de ce dernier en 1968. On en savoure chaque mot, chaque lettre, on rit des extravagances d’Helen, on est ému de sa générosité et, il faut le dire, on ne peut qu’écraser une larme à la lecture de la lettre lapidaire d’une secrétaire annonçant le décès du libraire. On est tenté, à la dernière page de "84 Charing Cross Road", de se jeter sur sa suite, "La Duchesse de Bloomsbury Street". On peut, mais uniquement si on n’a rien d’autre à lire. Dépouillée du charme des courriers et de la trame du libraire et de sa cliente, ce petit roman qui conte le voyage à Londres d’Helen enfin réalisé plusieurs années après le décès de Franck n’apporte pas grand-chose et, même s’il est frais et sympathique, ne restera pas dans les annales de la littérature de voyage.

On peut imaginer que ce livre n’est lisible et appréciable que par les libraires, mais son succès régulier outre-Manche et outre-Atlantique dément cette affirmation. Ou alors laisse imagine une foule de libraires anglo-saxons, ce qui n’est pas la réalité malheureusement. Ces 137 pages délicieuses devraient faire partie du trousseau de tout lecteur, débutant ou confirmé, car il y transparaît toute la joie et le bonheur que l’on peut trouver dans un livre. Rien que pour ça, on devrait le faire lire à l’école !

84 Charing Cross Road, chez Payot et chez Folio
La Duchesse de Bloomsbury Street, chez Payot

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Fantasy nougatine

Le roi Jean Presbytère règne heureusement sur le joli royaume d’Erkynée, après l’avoir débarrassé des Sithis qui vivaient là lors de l’arrivée des hommes. Dans son château, le jeune Simon grandit dans les quartiers des domestiques, tentant d’échapper aux diverses corvées que l’intendante lui réserve. Mais Jean est effroyablement vieux, et comme tous les mortels, la camarde finit par se rappeler à lui. Arrivent alors ses deux fils. Elias, l’aîné, revendique le trône que Josua, son cadet, lui cède sans aucun souci. Le roi nouvellement couronné prend ombrage de cette docilité qu’il prend pour de la traîtrise, et jette son frère dans les geôles noires de son donjon, aidé en cela par Pryrates, un effroyable prêtre vêtu de rouge. Simon va, par hasard, sauver Josua de sa prison et partir loin de la capitale royale afin de l’aider dans sa rébellion contre le trône.

La fantasy, c’est un peu comme les desserts : plus c’est gros, mieux c’est. Et avec L’arcane des Epées on tient de la pièce montée ! Tous les éléments sont réunis pour que l’addict soit heureux : un courageux marmiton, une jolie princesse, un prêtre ignoble, un roi faible et méchant, de joyeux trolls, de braves guerriers, des espèces d’elfes gentils, des espèces d’elfes méchants, des guerres de religion, la fin du monde, un Dieu qui veut se venger, des archivistes qui veulent le contrer, des épées légendaires … OUF ! un peu plus et on en perdrait sa respiration ! Il ne manque aucun élément légendaire et le pire, c’est que ça marche. On s’accroche. On veut savoir ce qui se passe dans le tome d’après ! 8 tomes plus tard, comme d’habitude, il ne s’est pas passé grand-chose qui ne puisse être résumé en trois ou quatre tomes, mais de grandes chevauchées à travers les plaines et des sièges interminables ont meublé l’attente et on ne s’est pas ennuyé. Simon, Sludig, Miriamélé, Binabik, Josua… tous ces personnages nous ont accompagnés jusqu’au choc final.

Bon, soyons francs, on ne sait pas si c’est l’écriture ou la traduction qui est mauvaise, mais ce n’est clairement pas du Shakespeare. Il y a de nombreuses longueurs, et certains moments au contraire paraissent à peine effleurés. On sent que l’auteur a lu (et aimé) le Seigneur des Anneaux, mais on voit aussi qu’il a été abondamment lu par Robin Hobb, ou tout du moins son traducteur en français. Ses héros se retrouvent sur une route magique créée par l’Art afin de communiquer à de lointaines distances… l’Art, c’est la magie bien sûr, que ce soit ici ou dans l’Assassin Royal. Il y a d’autres similitudes, mais elles sont à mettre plus sur le compte du genre que d’un quelconque plagiat, que les fans du Fitz se rassurent.

Malgré tout cela, il faut l’avouer… ce n’est pas mal, c’est même plutôt bon. Les héros sont attachants, il y en a pour tous les goûts, on aborde le thème de l’exclusion, du racisme, des invasions, des camps de concentration, du terrorisme religieux… Et tout ça dans un roman paru à l’origine en 1988, ce qui montre une tendance visionnaire très prononcée chez Tad Williams.

En bref, que faut-il en retenir ? Que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures et que, en matière de fantasy, il est plus profitable de se tourner vers les auteurs « classiques » que d’effleurer, ne serait-ce que d’un orteil, les nouveautés pleines de vampires, de geysers de sang et de vierges effarouchées.

L'Arcane des épées, 8 tomes chez Pocket

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