Cyrille BORNE et Associés

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2013 mai 23

Illectronisme ou une histoire de manque de nuances

On a découvert dernièrement un nouveau mot : illectronisme, plutôt pas mal pour le scrabble. Il s'agit à la façon de illettrisme de l'incapacité d'une partie de la population à se servir d'appareils électroniques pour accéder à des ressources numériques. D'ailleurs on remarquera que les illettrés ont double peine, impossible d'accéder à un document sur internet si on ne sait ni lire ni écrire. Dans les tranches de population on ne s'étonnera pas de trouver nos amis les vieux, mais cela devrait être du provisoire, imaginez la belle génération de papis qu'on va donner à en remontrer à nos petits enfants, plus surprenant on fait référence aux jeunes qui ne seraient bons qu'à faire clic clic mort mort le monstre ou clic clic me voilà avec un verre à la main sur internet. En 2013 il est tout à fait possible de se passer d'un ordinateur. La grand mère de ma femme vit très bien sans internet, cela ne l'empêche pas à 80 ans de faire toutes ses démarches dans sa vie quotidienne. Ma mère encore active c'est pareil, il m'est arrivé pour lui faciliter la tâche d'utiliser internet notamment pour des documents administratifs, mais elle vit très bien sans ordinateur, l'informatique simplifie la vie, mais on peut très bien vivre sans.

A lire l'article, celui-ci ou quelques autres, il s'agit d'une véritable catastrophe, au point qu'on puisse écrire Comme une personne illettrée, quelqu’un atteint d’illectronisme ressent un sentiment de honte, et tente à tout prix de dissimuler ses difficultés. ce qui est absolument n'importe quoi. L'illectronisme ne peut être défini aussi simplement que le fait de ne pas savoir lire ou écrire, ce n'est pas aussi binaire. J'ai nombre de collègues qui pour moi sont atteints d'illectronisme, si on sait lire ou pas, il y a plusieurs niveau de compétence informatique. Du "j'ai contaminé le PC avec une clé USB" pour la quatrième fois de l'année à "montre moi comment on fait du publipostage dans LibreOffice", il n 'y a pas une informatique mais des informatiques, et quand bien même on serait incapable d'utiliser la souris ce qui est peu crédible tant c'est intuitif, il n'y a pas de honte à cela, je le répète à nouveau ce n'est pas un handicap pour la majeure partie des français.

En fait, ce n'est pas ici où l'on devrait regarder, mais plutôt du côté des compétences des décideurs en informatique, car là il y a peut être de quoi avoir honte. On apprenait dernièrement que l'état dépensait plus de 300 millions d'euros en logiciels propriétaires par an, plus de 50 millions de licence chez Microsoft. Comprenez que si Madame Michu ne sait pas ce qu'est un ordinateur et qu'on peut vivre sans, un état en crise qui cherche à faire des économies, se retrouve à débourser 300 millions par an qui pourraient être investis ailleurs. Alors que la circulaire de Jean-Marc Ayrault était pour le moins encourageante, on n'a pas l'impression que ça bouge plus que cela. La mauvaise décision, du fait de l'incapacité à la prendre car on n'a pas la compétence pour le faire, c'est elle qui devrait faire honte. Je lisais cet article édifiant où dans un lycée américain on avait fait la distribution de 1200 ipads, c'est un échec cuisant car si l'on connait le besoin informatique et des élèves, et des enseignants, si on sait ce que c'est un jeune, un bon décisionnaire sait que c'est de l'argent perdu, qu'il faut des salles informatiques bien équipées et dont on peut remplacer facilement les pièces pour durer. Il n'est pas nécessaire d'aller si loin pour voir des décision de ce type, Lordi dans ma région prend une tournure similaire, la région Languedoc étant à la pointe des technologies devrait refuser le remboursement de certains livres papiers au profit de leur version numérique, il faut se précipiter le plus vite possible dans l'avenir pour dépenser plus et mal, sans prendre de recul.

A l'heure actuelle, où il serait important de tout rationaliser, de tout freiner, des gens qui ont le pouvoir et qui ont la prétention de ne pas être atteint d'illectronisme car ils ont un iphone, ont la pire des maladies, l'incompétence. Le logiciel libre ne perce pas alors qu'il serait si simple pour 99% des besoins des administrations de ne pas renouveler les licences propriétaires au profit des logiciels libres. J'irai même plus loin, on devrait développer notre propre distribution Linux pour répondre à la majorité des besoins, on mettrait un manchot tricolore ou même footix pour faire l'économie du logo. Au lieu de subir la cadence que nous impose les gros groupes informatiques, nous poussant de plus en plus vers le cloud, pourquoi ne pas imaginer une distribution nationale utilisable de l'école maternelle à la plus haute des administrations. Comme il faut bien acheter des ordinateurs et des imprimantes, un petit partenariat avec l'entreprise qui fournira les pilotes qui vont bien pour un matériel peu onéreux et compatible.

Il n'est pas honteux de ne pas savoir faire les choses, ce qui est honteux c'est de prétendre qu'on sait les faire et d'impliquer les gens qui pensent qu'on a la compétence quand on ne la possède pas, c'est là une véritable trahison.

2013 mai 15

La mission Lescure ou l'illustration de cette société qui n'y arrive plus

Dans mon dernier billet de comptoir, j'écrivais que c'était pas la fête, je soulignais le double problème, économique d'un côté, politique de l'autre, la mission Lescure me parait être un bon cas d'école, un de plus malheureusement. A l'époque le candidat Hollande avait fait la promesse de supprimer la Hadopi, il était revenu sur sa promesse et là semble-t-il, ce tenu, la Hadopi serait supprimée. On pourrait penser qu'il s'agit d'un geste fort, mais il n'en est rien, il s'agit d'un transfert vers le CSA, le comité supérieur de l'audiovisuel. Comprenez que d'après ce qu'on peut lire actuellement au moment où j'écris ces lignes, à part la suppression de la coupure de l'abonnement en cas de récidive, le système reste en l'état. Il est à noter d'ailleurs que la coupure de l'abonnement n'a jamais été appliquée, anticonstitutionnelle, un bien gentil cadeau qui ne coute pas grand chose à donner. Concrètement on conserve le même principe de surveillance on a juste transféré l'entité, on paiera désormais 60 € d'amende si on se fait attraper. Là encore c'est flou, et c'est regrettable, on aimerait avoir une grande clarté sur les pratiques, est ce qu'il s'agit de sociétés de service qui récoltent des adresses IP, s'agira-t-il d'agents mandatés qui feront le relevé, quel sera le budget consacré ? Est ce que cette nouvelle formule sera rentable ? Car, ici il ne s'agit que d'argent, un argent qu'on ne gagne pas.

Comme je l'ai déjà évoqué il y a plusieurs années, on ne peut pas continuer de cette façon, des gens qui sont prêts à payer 600 ou 700 € pour un smartphone d'un côté mais qui refusent de payer quelques euros pour une œuvre culturelle. Comme je l'ai déjà écrit, on ne peut pas avoir 95% de pirates, le système ne peut pas fonctionner, c'est trop. Comme je l'ai enfin écrit on aura beau m'expliquer que le piratage n'a aucune incidence sur les ventes de produits culturels, je n'y crois pas. Nous parlons donc business et c'est bien de cela dont il s'agit, notre contrevenant doit donc payer 60 € s'il est pris en flagrant délit. Comme on a pu le voir dans les commentaires de nombreux sites réagissant aux annonces, à 60 € on se paye un VPN, ça rappelle un peu le prix des amendes à Paris si on ne paye pas l'horodateur, où finalement c'était plus rentable de risquer le PV plutôt que de payer "l'offre légale". Et l'offre légale justement, on prévoit par exemple de faire sortir en VOD un film, trois mois après sa sortie en salle, est ce que cela va changer réellement la donne ? Comme écrit, il ne s'agit ici que d'un problème d'argent, si vous voulez louer de l'autre côté du périph avec Omar Sy en VOD, il vous en coutera 4.99 €. A l'époque où vidéo futur était encore en place, quand il n'y avait pas l'internet, on arrivait assez facilement à 3.5 € la location avec des systèmes de carte, ce qui est tout de même assez exceptionnel, imaginez la compétitivité alors qu'il était nécessaire de payer les charges liées aux salariés du magasin, au magasin lui même dans ce combat perdu d'avance par rapport au dématérialisé. Alors effectivement, moi je dis qu'à ce prix là, on comprend pourquoi les gens s'orientent vers l'illégalité et le VPN, même problème d'ailleurs pour la musique en ligne qui quant à elle est en train de migrer vers l'abonnement, ce que je pense nous attendons tous de la part des acteurs, un abonnement illimité culturel qui n'est toujours pas à l'ordre du jour. Il y a ici un vrai problème de prix, de juste prix. Je suis actuellement en train de jouer à Dragon Age Origins, j'en avais dit du mal à l'époque, ce n'est plus vrai aujourd'hui. Il s'agit d'un jeu que j'ai payé dans mon intermarché à 3.50 € et qui va m'offrir au bas mot une bonne centaine d'heure de jeu avec un fort pouvoir de rejouabilité. Il est bien plus rentable de payer ses jeux sur PC que de courir après un crack, il est temps de s'interroger sur l'équité dans le domaine culturel et pour l'instant personne n'a réellement envie de s'interroger sur le prix.

La faille économique, pas bien difficile à percevoir, les gens ne paieront pas c'est comme la presse en ligne, si vous voulez que les gens payent, il faut mettre un Kevin en prison. Pierre Lescure cherche à dépénaliser la sanction et en réduire le montant, ce qui ne cadre pas avec la prétendue gravité de la situation. Si on considère que le piratage c'est grave, si on considère que le piratage tue l'emploi et met des milliers de gens au chômage, il est temps de sortir l'arme lourde : prison, filtrage au niveau des FAI et j'en passe, la peur du gendarme, il n'y a que ça de vrai. Problème de cohérence politique, mais en même temps mettre en prison Kevin pour ses dix films et quatre chansons téléchargés sur le net c'est difficile, preuve que le combat est perdu d'avance, donc on en revient à notre bonne vieille habitude, la taxe.

J'écoutais Pierre Lescure sur BFMTV et il expliquait que la télé en gros c'était fini et que de façon générale, les médias se déplaçaient vers les autres supports connectés, smartphone et tablette en tête. La référence à la télévision est assez difficile à comprendre pour moi, car pour ma part l'association télé / taxe, c'est la redevance télé. Or, il me semblait ici que l'idée c'était de lutter contre le piratage, comment dès lors rebondir de façon cohérente sur une taxe de 1% sur les smartphone et tablettes.

Ce qui ressort pour moi de la commission Lescure est un classique. On n'arrive pas à gagner de l'argent sur le cloud, car le piratage à pas grand chose ça reste du cloud, les majors sont dépassées, ne sont pas assez bankable et on utilise les solutions classiques, les taxes sur des appareils qui sont ici bien physiques. On ne peut que regretter l’hypocrisie, on essaie de ménager tout le monde sauf le citoyen. Les majors sont sauvées, elles auront le beurre et l'argent du beurre, une taxe sur les appareils numériques pour faire rentrer de l'argent, on ira chasser les pirates mais pas trop car ce sont des électeurs. On a sauvé la morale quelque part puisqu'on ne cautionne pas, même si mettre une taxe sur les smartphone c'est un peu la même chose que la taxe sur la copie privée, c'est reconnaitre qu'un DVD vierge va servir à un acte illicite, on n'interdit pas le produit car il est bankable mais on le taxe quand même pour montrer que c'est mal. A mon sens, il y avait deux façons de traiter le problème. On considère que pirater ce n'est pas si grave, que de toute façon techniquement on n'y arrivera pas, alors on instaure la licence globale, de cette façon on reverse une somme aux ayants droits en essayant de trouver quels sont les fichiers les plus téléchargés et on reverse à la proportionnelle. L'autre option c'est de considérer qu'il est intolérable qu'on spolie les artistes alors on prend la décision qui s'impose, on demande aux FAI de bloquer les sites Warez à leur niveau. Du fait des frais engagés, on prélève un peu plus sur l'abonnement. Ce qui est regrettable c'est le manque d'engagement, la vraie prise de décision, une décision qui fera des mécontents dans un camp ou dans l'autre.

Vous noterez ici qu'à aucun moment on ne remet en question la compétitivité des industries, c'est quand même un sacré luxe, une vraie confiance que fournissent les gouvernements successifs, on ne s'interroge jamais sur la responsabilité de ces usines au point d'ailleurs de poser des taxes et des dispositifs pour qu'elles puissent sereinement continuer à échouer.

2013 mai 11

Informatique et sexisme

Depuis le dernier Tomb Raider et l'article paru sur Joystick j'ai l'impression qu'on voit se multiplier les sujets sur le machisme, sexisme informatique. Certes l'article paru sur Joystick n'était peut être pas un modèle du genre et l'auteur n'avait certainement pas calculé de telles retombées, il est donc peut être hors catégorie mais le Syntec qui fait de la propagande pour faire venir les femmes aux métiers de l'informatique ou le patch pour que ce soit Zelda qui sauve Link me paraissent significatifs de cette tendance. Si l'on prend le cas du jeu vidéo, les héroïnes sont-elles totalement absentes ? Pour avoir joué à l'épopée du jeu vidéo Mass Effect, on peut jouer indifféremment un homme ou une femme, c'est le cas d'ailleurs de nombreux jeux. Et puis même sans s'interroger sur la légitimité du propos, à savoir le jeu vidéo c'est pour les garçons, il faudrait tout simplement se dire que le jeu vidéo c'est un produit commercial, comme le reste. Si une enquête faisait remonter avec certitude qu'un jeu où une petite fille ferait un élevage de poneys magiques se vendrait à des centaines de millions d'exemplaires, on ferait comme avec les assassin's creed, des dizaines d'épisodes pour exploiter le filon. L'industrie du jeu vidéo c'est grosso modo celle du cinéma en terme de poids financier, l'argent n'est pas raciste, l'argent n'est pas misogyne. Il se trouve qu'à l'heure actuelle le joueur de base se prend pour un guerrier qui tue des dragons dans Skyrim, fait du snipe, balance des décharges de mitraillettes, ce qui laisse penser que le profil actuel du gamer est plutôt masculin. On connait le succès commercial de la Wii première du nom ou de la DS, on sait que ces consoles ont su toucher un nouveau public, féminin notamment. Mes enfants sont des gamers amateurs, on a déjà évoqué le cas de mon fils qui est en train de se bonifier. Le cas de ma fille est assez cliché, ma fille c'est sur le papier une gamine qui voudrait un poney dans le jardin, qui voudrait des tonnes de barbies, et qui concrètement quand on la met dans un jeu de poney ou Hanah Montana qu'elle réclame, n'y joue pas, en outre elle était plutôt fan des Mario, de puzzle bubble, de cars et je pense qu'elle joue à des jeux de baston. Preuve qu'il n'y a pas forcément de vérité.

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L'appel du Syntec est pour le moins étrange, comme le souligne le site PCinpact, on caricature ici le geek pour dire qu'il serait asocial, un être purement technique, une espèce de bête à coder. L'appel du Syntec est d'autant plus étonnant qu'on a l'impression qu'il est nécessaire de faire venir des filles, et que si les filles ne viennent pas c'est à cause du machisme, sexisme ambiant. De mes souvenirs d'ingénieur qui commencent à remonter, il y avait effectivement beaucoup d'hommes, peu de femmes. Est ce que les femmes étaient mal traitées, déconsidérées, je ne le pense pas, tout simplement parce que le seul critère qui avait de l'importance, c'était la compétence, un peu comme dans toute société de base. Le sexe de l'individu n'a rien à voir avec son talent et c'est donc un faux problème. Si l'informatique n'est pas attractif pour la gente féminine la raison est peut être autre que d'imaginer une rangée de gars misogynes, barbus, à lunettes faisant un grand barrage pour empêcher les femmes d'arriver. La paye de Marissa Mayer et ses 36.6 millions de dollars gagnés en 6 mois montre que certaines y arrivent même sans difficulté et plutôt bien. J'imagine que comme partout ailleurs il y a des imbéciles misogynes, comme partout ailleurs, inutile donc de cibler notre domaine en particulier. Pour en finir avec ce billet femmes on ne vous déteste pas, pour participer à des forums depuis des années, il est certain que le comportement masculin est radicalement différent quand une fille demande de l'aide, de là à dire qu'il est particulièrement lourd, je pense que nous aurons la réponse des quelques lectrices de ce blog.

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