Voici la réflexion du moment, est ce qu'imposer aux élèves de recopier un cours écrit par l'enseignant au tableau a encore du sens quand on pourrait donner directement ce même cours à l'élève ou du moins sa synthèse en photocopie, éventuellement laisser ce cours en ligne en cas de perte de feuilles.
La réflexion va au delà. Voyez vous, j'évoquais ma réunion sur l'observatoire des nouvelles technologies et les jeunes, et je reste encore fasciné par ces enseignants de bonne foi qui se font bananer par leur inconscient et sans attendre la réponse des élèves positionnent leurs questions pour avoir les réponses qu'ils veulent entendre pendant que les jeunes se mettent automatiquement dans une réponse automatisée qui correspond justement à la réponse qu'attend l'adulte, la communication est totalement biaisée. Depuis, j'en viens à m'interroger sur mes propres pratiques, est ce que ce que je fais a réellement du sens ou je le fais de façon inconsciente, ne serait-il pas le temps de faire le tri entre ce qu'on nous a appris et ce qu'il faut réellement faire ?
Enfant, adolescent, la sortie du cahier, le recopiage, éventuellement la prise de notes, a toujours fait partie des rituels. Déjà, comment conserver la trame de l'enseignant autrement que par ce biais, quand il y a plus de 20 ans la photocopie était un véritable luxe, aujourd'hui on pourrait envisager la transmission de ce savoir de façon complètement différente en tout cas d'un point de vue matériel. Avec des élèves de quatrième et de troisième de l'enseignement agricole, on peine aujourd'hui sur des choses qui paraissent pourtant évidente : avoir un stylo, une règle, le cahier, de la colle, avoir la capacité alors que le cours est intégralement écrit au tableau ce qui est le cas dans ma matière de le prendre proprement et sans faute. Ajoutons à cela des problèmes d'absences réguliers, et on se dit que le polycope règlerait certains problèmes et en créerait d'autres. Le fait d'écrire au tableau, d'effacer au fur et à mesure, même si c'est une pratique centenaire a pour intérêt de forcer l'élève à regarder dans une direction, est ce qu'avec le polycope sous les yeux, avec l'utilisation alors d'autres outils, peut être plus attractifs qu'un gros chauve qui écrit, arrivera-t-on à focaliser l'attention des élèves qui peuvent se dire qu'à partir du moment où ils ont le cours sous les yeux ce n'est pas la peine de suivre.
Un peu plus loin. Avec les années, avec le profil des élèves, nous cédons, nous cédons encore. J'évoquais le problème matériel, le "sortez une feuille", m'a posé quelques soucis, que faire quand les élèves n'ont rien ? Ils prennent le cahier et arrachent des pages, ce qui a pour incidence d'avoir des copies dégueulasses qu'on peut refuser et mettre zéro, de ramener le cahier des élèves à des peaux de chagrin. Dans ces classes, j'ai aménagé mes interrogations de façon à ce que les élèves puissent écrire directement sur l'énoncé et régler ainsi le problème de papier. Pourtant, malgré cette baisse d'exigence permanente, encore des élèves se débrouillent pour ne pas mettre leur nom et leur prénom dans la cartouche prévue à cet effet, où se trouve donc cette fichue limite entre ce que nous devons accepter, ce que nous devons mettre en place pour faciliter le travail des décrocheurs.
Jusqu'à quel point faut il baisser le niveau ou avoir la sensation de le baisser car nos pratiques sont intimement liées à ce que nous avons vécu en tant qu'élèves. Aujourd'hui passer la parte d'une salle de classe pour un professeur c'est écouter quelque part la clochette d'un Pavlov matérialisée par de si nombreuses années passées à écouter nos maîtres. Par extension, ne serait-il pas l'heure de faire le tri dans les méthodes du passé, valider ce qui fonctionne, oublier ce qui fonctionne moins et ouvrir ainsi la porte à de nouvelles méthodes d'apprentissage liées par exemple aux nouvelles technologies.
Lors des réunions de fin d'année, j'insisterai lourdement sur l'attachement que j'ai pour la tenue de cahier, et ce que je ne tolèrerai pas l'an prochain. Avec un an derrière moi dans l'établissement, connaissant désormais ma nouvelle machinerie, je verrai s'il est possible de régler ce problème matériel, c'est à dire que chaque élève possède ses affaires, un cours à jour. Si en se donnant les moyens, on y arrive, c'est bien, je pense pour ma part que le temps de l'écriture permet de poser du calme dans une salle de classe, facilite l'attention des élèves qui peuvent utiliser la mémoire visuelle et auditive. Parallèlement je pense, j'essaierai pour certains cours de travailler autrement, voir si le polycope fonctionne, même si cela me révulse profondément, preuve que mes "maîtres" ont su ancrer en moi des habitudes qui perdurent, sont elles pourtant encore les bonnes en 2012 ?
A propos
Je m'appelle Cyrille BORNE et au moment où j'écris ces lignes j'ai 36 ans, je suis professeur de mathématiques au Lycée Agricole le Cep d'Or de Clermont L'Hérault, accessoirement j'en suis aussi le dictateur informatique.Vous trouverez sur ce blog de la documentation, mes expérimentations, mes échecs et mes gloires, de la pédagogie, de la mauvaise foi, du franc parler, des Linux, des salles informatiques sous Linux, des mamans sous Linux et bien d'autres choses encore.
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